Essats (1588 ct 95), liv. II chap. xxvn
2 Brantome, édit. Lalaune, t. VI, p. 322.
arrivé par exemple faict à Rome, du temps du pape Grégoire dernier, entre deux autres gentilshommes françois qui estoient la Villate, le baron de Saligny, et Matecolom et Esparezat, gascon et escuyer de la grande escuÿerie du roy!. Ils s'assignérent le combat à quatre mille de Rome. Esparezat, auteur de la querelle?, se batit contre la Villatc son adversaire ; Matecolom second d'Esparezat, se battit contre le baron de Salligny ; et chascun s’estant mis à part assez loing de l’autre de quelques trente pas, après avoir faict leur devoir advint que Matecolom le premier tua son ennemy, et voyant que son second Esparezat estoit long à tuer le sien, encore qu'il fust fort jeune garcon (ainsi que dist Francisco tireur d'armes: Qu'’erano puti*, comme estoit aussi Salligny) s'en vint ayder à Esparezat, et tous deux tuèrent la Villate, je crois non pas sans grand'peine, encores que le jeune homme crioit qu'il n’y avoit raison de se mettre deux surun. Matecolom réplicquoit : « Que sçayje aussi? quand tu aurois tué Esparezat tu me viendrois à tuer si tu pouvois, et me viendrois donner de l'affaire où jc ne m'y veux mettre plus que j'y suis et en puis sortir. » Et voylà comment alla ce combat... »
Il est bien probable que c'est durant ce voyage, quelque temps après le départ de son mentor (15 octobre 1581), que Matecoulon s'engagea dans ce duel*. L'amitié que Paul de
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1. Peut-être Jean de Durfort, fils naturel de François de Durfort seigneur de Born... et d’Esparzac; il fut légitimé en 1555 ct il vivait en 1572 (le P. Anselme).
2. Ou plutòt « deffendeur », comme dit Montaigne. 3. Que c'était des enfants.
4. Lud. Lalanne, d'après le P. Anselme (t. VII, p. 158, de l'édit. de 133), le date du 6 juin 1583, ce qui prolonge un peu trop le séjour du jeune homme à Rome, et ne concorde peut-être pas avec cette réflexion de Montaigne : « Nous allons apprendre en Italie à escrimer : et l'exerçons aux despends de nos vies, avant que de le sçavoir. » — Du reste la phrase du P. Anselme manque de netteté : « Louis de Saligny, baron de Rousset, nâquit le 29. juillet 1565 et mourut à Rome d'une blessure qu'il avoit reçûüë dans un combat particulier le 6. juin 1583. » Il semble que ce soit la date de sa mort et nop celle de la rencontre.
Foix, l'ambassadeur du roi, professait depuis longues années pour Montaigne, dut hâter sa délivrance et son retour au pays. Il y demeura désormais paisible, devint gentilhomme ordinaire de la chambre d'Henri IV, épousa en 1591 Charlotte d'Eymar, nièce d'un président au parlement de Bordeaux, qui lui donna une fille unique, et il survécut dix ans au moins à son glorieux frère.
‘ On pense généralement que le sieur de Caselis, l’autre compagnon de voyage de Montaigne, était ce Bernard de Cazalis, écuyer, seigneur de Freyche, qui venait d’épouser, il n'y avait pas un an, sa plus jeune sœur, Marie de Montaigne!. Mais il quitta la compagnie à Padoue, et s'arrêta en pension dans cette ville, sans un seul laquais, comme un écolier en droit ou comme s'il voulait suivre « les escoles d’escrime, du bal, de monter à cheval? ». Ce devait ètre un tout jeune homme, sans femme et sans état, peut-être un parent de Bernard de Cazalis. Ce dernier, il est vrai, perdit sa femme de bonne heure, on ne sait en quelle année : il mariait en 1600 une fille qu'il avait eue d'un second mariage. Si c’est lui vraiment qui alla étudier à Padoue, on peut supposer qu'il était déjà veuf de Marie de Montaigne.
Charles d’Estissac, qui fit ce voyage accompagné d'un gentilhomme, M. du Hautoy*, et de plusieurs domestiques, était fils de cette dame d’Estissac à laquelle Montaigne avait dédié son chapitre « De l'affection des peres aux enfants ».
Louise de la Béraudière, jadis fille d'honneur de Catherine de Médicis, et appelée à la cour « la belle Rouet », y
1. Le 28 septembre 1579. Malvezin, p. 163. — La première phrase du Journal mentionne un écuyer avec lequel Montaigne a depescha en poste » Matecoulon pour visiter un certain comte grièvement blessé : c'était un écuver de ce seigneur qui nous est inconnu.
a. Journal, p. 164 ct 170. .
3. Le Journal nomme toujours M. du Hautoy en dernier lieu, et ne donne sur lui aucune indication. C'était un gentilhomme lorrain, s'il faut en croire le premier éditeur. « M. le Comte du Hautoy, ajoute-t-il, qui vit actuellement en Lorraine est de cette famille. » Simple supposition. — La terre du Hautoy, selon M. d'Ancona, faisait partie du duché de Bar, bailliage de Pont-à-Mousson,
avait été la maitresse d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et lui avait donné un fils, Charles de Bourbon, qui devint archevêque de Rouen. Brantòme, son cousin, l'avait aimée et chantée dans ses vers!. Elle était veuve, depuis 1565, de Louis de Madaillan, seigneur de Lesparre, baron d'Estissac, gouverneur du pays d’Aunis, et de la Rochelle. « ... Parmy vos autres grandes qualitez, lui dit Montaigne?, celle de l’amitié que vous avez montrée à vos enfans, tient l'un des premiers rengs. Qui scaura l'aage auquel Monsieur d'Estissac [vostre mari] vous laissa veufve, les grands et honorables partis, qui vous ont esté offerts, autant qu'à Dame de France de vostre condition, la constance et fermeté dequoy vous avez soustenu tant d'années et au travers de tant d’espineuses difficultez, la charge et conduite de leurs affaires, qui vous ont agitée par tous les coins de France, et vous tiennent encores assiegée, l'heureux acheminement que vous y avez donné, par vostre seule prudence ou bonne Fortune : il dira aisément avec moy, que nous n'avons nul exemple d’affection maternelle en nostre temps plus exprez que le vostre. Je loué Dieu, Madame, qu'elle est si bien employée : car les bonnes esperances que donne de soy Monsieur d'Estissac [vostre fils], asseurent assez que quand il sera en aage, vous en retirerez l’obeissance et reconnoissance d’un tres-bon fils. Mais d'autant qu’à cause de son enfance, il n'a peu remerquer les extremes offices qu'il a receu de vous en si grand nombre, je veux, si ces escrits viennent un jour à luy tomber entre-mains, lors que je n'auray plus ny bouche ny parole qui le puisse dire, qu'il reçoive de moy ce tesmoignage en toute verité... qu'il n'est Gentil-homme de France, qui doive plus à sa mere qu'il fait, et qu’il ne peut donner à l'advenir plus certaine preuve de sa valeur, et de sa vertu, qu’en vous reconnoissant pour telle. »
Au mois de janvier de cette année 1580, pendant que s’imprimaient les Essais, ou peu de temps avant, cette maîtresse femme s'était remariée avec Robert de Combaut, premier
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