Le jeudi
3. Le maréchal Strozzi fut tué d’un coup de mousquet au siège de Thionville, le 20 juin 1558. Il était cousin de Catherine de Médicis. « Les plus rares hommes que j'aye jugé, par les apparences externes. c'ont esté, pour le faict de la guerre, et suffisance militaire, le Duc de Guyse, qui mourut à Orleans, etle feu Mareschal Strozzi. » Zssais (1580), liv. II, chap. xvn. « On recite de plusieurs chefs de guerre, qu'ils ont eu certains livres en particuliere recommandation, comme le grand Alexandre, Homere... Mais le feu Mareschal Strossy, qui avoit pris Caesar pour sa part, avoit sans doubte bien mieux chpisi : car à la verité ce devroit estre le breviaire de tout homme de guerre, comme estant le vray et souverain patron de l'art militaire. v Essais (1580), liv. II, chap. xxxrv. « Pour plus grande preuve que j'aye jamais veu de mondict sieur le mareschal, nous dit Brantòme (t. II, p. 241), de son sçavoir, ç'a esté les Commantaires de Cesar qu'il avoit tournées de latin en grec, et luy-mesmes escrites de sa main, avec des commantz latins, aditions et instructions pour gens de guerre, les plus belles que je vis jamais, et qui furent jamais escrites. y On sait que Strozzi était chrétien à peu près comme Jules César. Lorsqu'il fut blessé à mort, le duc de Guise « luy remémorant le nom de Jésus : « Quel Jésus, dist-il, mort-Dieu ! venez-vous me ramentevoir icy? Je regnie Dieu. Ma feste est finie. » Et redoublant le prince son exhortation, luy dist qu'il pensast en Dieu, et qu'il seroit aujourdhuy devant
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Hanequins à Pars faisoit inte D'otce en La dite eue de laquelie îi est abbé- : car S'estoit anni le jour dela feste de N. Dame Je Sertemb.
M. de Mortiigne 210cosm ez ladite eglise apresli messe M Maidonat. Jhesu':e iuque! ie rom est far: fameux, à cause de son eruldition en theologie et rh:losophie, et eurent plusieurs propos de savoir ensamble lors et l'apres dinée au logis dudit sieur de Montaigne, où ledit Maldonat le vint trouver‘. Et
sa face. « Mort-Dieu! respondi:-:l. je serar où sont tous les aultres qui sont morts depuis six mille ass. » Le tout en lasgage italien... » Mémoires de Vieilleville. lit VII, chap. n.
1. Aymar Hennequin. archevèque de Reims en 1404, grand ligueur, mort en 159%.
a. Jean Maldonat (Maldonado), jésuite espagnol. nè en 1434, nt ses études à Salamanque, et il y enseigna la philosophie, la théologie et le grec avant d'entrer dans la Société de Jésus, dont il prit l'habit à Rome en 1563. A Paris, l'année suivante, au collège de Clermont que les Jésuites venaient d'obtenir, il fut professeur de philosophie. puis de théologie. On l'envoya soutenir quelques disputes contre des ministres calvinistes à Poitiers et è Metz. Dans ce dernier voyage, il s'arrêta à Sedan, sur la prière du duc de Montpensier qui s'efforgait en vain de faire abjurer le protestantisme à sa fille, la duchesse de Bouillon. Les leçons de Maldonat attiraient une foule d’auditeurs; mais deux affaires fâcheuses y mirent fin. D'abord il fut accusé de captation d'héritage, accusation qu'Antoine Arnauld rappelait en ces termes, lorsqu'il plaidait en 1594 pour l'Université contre les Jésuites : « Rien n'en sort, tout y entre, et 26 tnfestat, et par les testamens qu'ils captent chacun jour. mettans d'un costé l'effroi de l'Enfer en ces esprits proches de la mort, et de l’autre leur proposans le Paradis ouvert à ceux qui donnent à la Societé de Jesus : comme fit Maldonat au President de Montbrun S. André, tirant de lui tous ses meubles et acquests par une confession pleine d’avarice et d'imposture, de laquelle M. de Pibrac appella comme d’abus en pleine audience. » Pourtant le parlement le déclara innocent de ce crime. En 1574, la Faculté de théologie de Paris l’accusa d'hérésie parce qu'il enseignait, contrairement à la croyance de la Faculté, « qu'il n'était point de foy que la Sainte Vierge eut été conçue sans peché originel ». Il comparut au tribunal de Pierre de Gondi, évêque de Paris, qui, approuvant
entre autres choses, parce qu'il venoit des beings d'Aspa qui sont au Liege, où il avoit esté avec M. de Nevers, il lui conta que c'estoint des eaus extrememant froides, et qu’on tenoit là que les plus froides qu'on les pouvoit prendre c'estoit le meilleur. Elles sont si froides qu'aucuns qui en boivent en entrent en frisson et en horreur; mais bientost apres on en sent une grande chaleur en l'estomach. Il en prenoit pour sa part cent onces; car il y a des gens qui fournissent des verres qui portent leur mesure selon la volonté d'un chacun. Elles se boivent non seulement à jeun, mais encore apres le repas. Les operations qu'il recita sont pareilles aus eaux de Guascogne. Quant à lui, il disoit en avoir remarqué la force pourle mal qu’elles ne lui avoint pas faict, en ayant beu plusieurs fois tout suant et tout esmeu. Il a veu parexperience que grenouilles et autres petites bettes qu'on y gette se meurent incontinent ; et dit qu un mouchouer qu'on mettra audessus d'un verre plein de ladite eau, se jaunira incontinent. On en boit quinze jours ou trois sepmaines pour le moins. C'est un lieu auquel on est tres bien accommodé et logé !, propre contre toute obstruction et gravelle. Toutefois ny M. de Nevers ny lui n’en estoint
sa doctrine, excommunia le doyen et le syndic de la Faculté (1575). Maldonat, retiré à Bourges, étudia en repos dans le collège de la Société, et écrivit un Commentaire sur les quatre Evangiles. Il fut appelé à Rome par Grégoire XIII pour travailler à l'édition de la Bible grecque, et il y mourut en 1583. Il avait écrit plusieurs ouvrages de théologie, imprimés après sa mort. Dict. de Bayle. Montaigne le retrouva à Rome.
1. Dans ses Mémoires (édit. Guessard, p. 109), la reine de Navarre, Marguerite de Valois, qui y fitun voyage en 1577. sous prétexte de guérir un érysipèle. dit au contraire : « Les eaues de Spa n'estants qu'à trois ou quatre lieues de là (de Liège), n'y ayant aupres qu’un petit village de trois ou quatre meschantes petites maisons, madame la princesse de La Roche-sur-Yon fust conseillée par les medecins de demeurer à Liege. et d'y faire apporter son eaue, l'asseurant
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devenus guieres plussains. Il avoit avec lui un maistre d'hostel de M. de Nevers, et donnarent à M. de Montaigne un cartel imprimé sur le sujet du different qui est entre MM. de Montpansier et de Nevers, affin qu'il en fut instruit et en peut instruire les gentil'hommes qui s'en enquerroint!.
Nous partimes de là le vendredy matin et vinsmes à
CHaaLons, sept lieués. Et y logeasmes à la Couronne qui est un beau logis, et y sert-on en vesselle d’argeant, et la pluspart des lits et couvertes sont de soie. Les communs battimans de toute cette contrée sont de croye, coupée à petites pieces quarrées, de demi pied ou environ, et d'autres de terre en gason de mesme forme.
Le lendemein nous en partimes apres disner, et vinsmes coucher à
Virri LE FRANGOIS, sept lieues. C'est une petite ville assise sur la riviere de Marne, battie depuis trente cinq ou quarante ans, au lieu de l’autre Vitri qui fut bruslé . Ell'a encore sa premiere forme bien proportionnée et plaisante, et son milieu est une grand place quarrée des plus belles de France.
qu’elle auroit aultant de force et de vertu estant portée la nuict, avant que le soleil fust levé. »
1. Au mois de mai précédent, le duc de Montpensier avait rapporté au duc d'Anjou, frère du roi, quelques mots dédaigneux pour ce prince dits par le duc de Nevers. Ce dernier lui envoya un démenti. « Le dimanche 12° juin, le duc de Nevers, adverti que le duc de Montpensier estoit aux environs d'Orléans avec douze ou quinze cens chevaux et vouloit venir à Paris pour v démesler leur querelle, s'en alla ou fist semblant d'aller aux baings à Plombieres (lisez : à Spa), se retirant sagement et à point, selon la maxime qui dit : Vir fugiens denuo pugnabit. » L'Estoile, t. I, p. 360 et 362; Brantôme, t. V, p. 23.
2. Vitry-le-François fut fondé en 1545 par François Is, qui lui donna son nom, l'année après l'incendie. par Charles-Quint, de Vitry-en-Perthois ou Vitry-le-Brùlé, à une lieue de là.
Nous apprimes là trois histoires memorables. L'une que madame la douairiere de Guise de Bourbon, aagée de quatre vingt sept ans, estoit encor’ vivante, et faisant encor’ un quart de lieuë de son pied.
L'autre, que depuis peu de jours il avoit esté pendu à un lieu nommé Montirandet?, voisin de là, pour telle occasion : Sept ou huit filles d’autour de Chaumont en Bassigni complottarent, il y a quelques années, de se vestir en masles, et continuer ainsi leur vie par le monde. Entre les autres, l'une vint en ce lieu de Vitry soubs le nom de Mary, guaignant sa vie à estre tisseran, jeune homme bien conditionné et qui se rendoit à un chacun amy. Il fiança audit Vitry, une femme qui est encor vivante; mais pour quelque desacord qui survint entre eux, leur marché ne passa plus outre. Depuis estant allé audit Montirandet, guaignant tousjours sa vie audit mestier, il devint amoureux d'une fame laquelle il avoit épousée, et vescut quatre ou cinq mois avecque elle avec son contentement, à ce qu'on dit; mais ayant esté reconnu par quelcun dudit Chaumont, et la chose mise en avant à la justisse, elle avoit esté condamnée à estre pendue : ce qu'elle disoit aymer mieux souffrir que de se remettre en estat de fille, et fut pendue pour des inventions illicites à supplir au defaut de son sexe.
L'autre histoire, c'est d’un homme encore vivant nommé Germain, de basse condition, sans nul mestier
1. Antoinette de Bourbon, veuve de Claude de Lorraine, duc de Guise, mourut le 20 janvier 1583 à quatre-vingt-neuf ans. Elle avait eu onze enfants, entre autres François de Guise le Balafré, les cardinaux de Lorraine et de Guise, et Marie, reine d'Ecosse, mère de Marie Stuart. Ils étaient tous morts, sauf une fille, abbesse de Saint- Pierre de Reims.