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Aux quatre angles ou coins

Soubs mesme peinne est defendu à tous user envers les dames, damoiselles et autres fames et filles, estans ausdits beings, d'aucuns propos lascifs ou impudiques, faire aucuns attouchemens deshonnestes, entrer ny sortir desdits beings irreveremmant contre l’honnesteté publique.

Et parceque par le benefice desdits beings, Dieu et nature nous procurent plusieurs guerisons et soulagemans, et qu'il est requis une honneste mundicité et pureté, pour obvier à plusieurs contagions et infections que s’y pourroint engendrer ; est ordonné expressemant au maistre desdits beings, prendre soingneuse garde et visiter les corps de ceux qui y entreront, tant de jour que de nuict, les faisant contenir en modestie et silence pendant la nuict, sans bruict, scandal, ny derision. Que si aucun personnage ne lui est à ce faire obeissant, il en face prompte delation au magistrat pour en faire punition exempleiremant.

Au surplus est prohibé et defendu à toutes personnes venans de lieus contagieus, de se presenter ny approcher de ce lieu de Plommieres, à peine de la : vie; enjoingnant bien expressemant aus mayeurs et gens de justice d'y prendre soingneuse garde, et à tous habitans dudict lieu de nous donner billets, contenans les noms et surnoms et residence des personnes qu'ils auront receus et logés, à peine de l'emprisonnemant de leurs personnes.

Toutes lesquelles ordonnances cy dessus declarées ont esté cejourdhui publiées audevant du grand being dudit Plommieres, et copies d'icelles fichées tant en langue françoise qu’allemande, au lieu plus proche et plus apparent du grand being; et signé de nous Bally de Vosges. Donné audit Plommieres le 4°. jour du mois de Mai l'an de grace Notre Seigneur mil cinq cens...

Le nom du Bally.

Nous arrestames audict lieu depuis ledict jour r8°. jusques au 27°. de Septembre. M. de Montaigne beut onze matinées de ladicte eau, neuf verres huict jours, et sept verres trois jours, et se beingna cinq fois. ll trouva l’eau aysée à boire et la randoit tous-jours avant disner. Il n’y connut nul autre effect que d'uriner. L’appetit, il l'eut bon; le sommeil, le ventre, rien de son état ordinaire ne s'empira par cette potion. Le sixiesme jour il eut la colicque tres vehemente, et plus que les siennes ordineres, et l'eut au costé droit, où il n'avoit jamais senty de doleur q'une bien legiere à Arsac, sans operation!. Cette ci lui dura quattre heures, et en sentit evidemmant l'operation et l’ecoulement de la pierre par les ureteres et bas du ventre. Les deux premiers jours, il rendit deux petites pierres qui estoint dedans la vessie et depuis par fois du sable. Mais il partit desdicts beings estimant avoir encore en la vessie et la pierre de la susdite colicque, et autres petites, desquelles il pensoit avoir senty la descente. Il juge l'effect de ces eaus et leur qualité pour son regard fort pareilles à celle de la fontaine haute de Banieres où est le being. Quant au being, il le trouve de tres douce temperature; et de vray les enfans de six mois et d'un an, sont ordinairement à grenouiller dedans. Il suoit fort et doucement. Il me command, à la faveur de son hostesse, selon l'humeur de la nation, de laisser un escusson de ses armes en bois, qu'un pintre dudit lieu fit pour un escu, et le fit l’hostesse curieusemant attacher à la muraille par le dehors.

1. Arsac, village du Médoc, au nord-oucst de Bordeaux. appartenant À Thomas de Beauregard, frère de Montaigne, par suite de son mariage avec Jaquette d'Arsac, belle-fille de La Boètic, Th. Malvezin, P. 137. |

2. « Je porte d'azur semé de trefles d'or, à une pate de lyon de mesme, arméc de gueules, mise en facce. v Æssais (1580), liv. I, chap. XLVI.

Ledit jour 27° de Septembre, apres disner, nous partimes et passames un pais montaigneus, qui retentissoit partout soubs les pieds de nos chevaus, comme si nous marchions sur une voute; et sembloit que ce fussent des tabourins qui tabourdassent autour de nous et vinsmes coucher à

ReMIREMONT, deux lieues. Belle petite ville et bon logis à la Licorne ; car toutes les villes de Lorrene (c'est la derniere) ont les hostelleries autant commodes et le tretemant aussi bon qu'en nul endroit de France.

Là est cette Abbaie de relligieuses si fameuse, de la condition de celles que j'ay dittes de Poussai. Elles pretendent, contre M. de Lorrene, la souveraineté et principauté de cette ville‘. MM. d'Estissac et de Montaigne les furent voir soubdain apres estre arrivés, et . visitarent plusieurs logis particuliers, qui sont tres beaus et tres bien meublés. Leur abbesse estoit morte, de la maison d’Inteville, et estoit on apres la creation d'une autre, à quoi pretendoit la sœur du conte de Salmes?. Ils furent voir la doiene qui est de la maison de Lutre, qui avoit faict cet honneur à M. de Montaigne, d'envoyer le visiter aux beings de Plombmieres, et envoier des artichaus, perdris, et un barril de vin”.

1. Elles prétendaient la tenir en fief du Saint-Empire, ct s'intitulaient « humbles abbesses et souveraines de Remiremont »: pourtant, le 13 juillet 1566, elles avaient reconnu le duc de Lorraine pour « leur souverain seigneur ». Histoire de Lorraine par dom Calmet, Nancy, 1745, t. V, p. 741.

2. Renéc de Dinteville était morte le 3 mai 1580. Barbe de Salm, fille du comte Jean de Salm, avait été élue en 1578 coadjutrice de la précédente. Elle était abbesse de l’abbaye du Lis, d'où elle fut transférée à Remiremont en 1586. Gallia Christiana,t. XIII, 2° partie, p. 1413. — Dans une lettre du 30 octobre 1581, Paul de Foix. ambassadeur de France à Rome, fait mention de « la Dame de Salm Abbesse » de Remiremont (le nom y est imprimé fautivement Salin).

3. Marguerite de Ludre fut élue coadjutrice le 9 octobre 1580. Gallia Christiana, ibid.

Ils apprindrent là, que certeins villages voisins leur doivent de rente deux bassins de nege, tous les jours de Pentecouste ; et à faute de ce, une charrette attelée ‘ de quatre beufs blancs. Ils disent que cette rante de nege ne leur manque jamais; si est qu'en la saison que nous y passames les chaleurs y estoint aussi grandes qu'elles soint en nulle saison en Guascogne. Elles n'ont qu'un voile blanc sur la teste et audessus un petit loppin de crépe. Les robes, elles les portent noires de telle etoffe et façon qu'il leur plaist, pendant qu'elles sont sur les lieux; ailleurs, de couleur; les cotillons à leur poste, et escarpins et patins; coeffées au dessus de leur voile. Comme les autres, il leur faut estre nobles de quatre races du coté de pere et de mere !. Ils prindrent congé d'elles des le soir.

Lendemein au point du jour, nous partismes de là. Comme nous estions à cheval, la doienne envoia un gentil'homme vers M. de Montaigne, le priant d'aller vers elle, ce qu'il fit; cela nous arresta une heure. La compagnie de ces dames lui dona procuration de leurs affaires à Rome. Au partir de là, nous suivimes longtems un tres beau et tres plaisant vallon, coutoiant la riviere de Moselle et vinsmes disner à

Bossan®, quatre lieues. Petit meschant village, le dernier du langage françois, où MM. d’Estissac et de Montaigne revetus de souquenies * de toile qu'on leur préta, allarent voir des mines d'argent, que M. de Lorrene a là bien deux mille pas dans le creus d'une montaigne. Apres disner, nous suivimes par les montaignes où on nous monstra, entre autres choses, sur

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1. Edit. orig. : de leur voile, comme les autres. Il leur faut... — Les autres : les religieuses de Poussay.

a. Bussang; ses caux minérales ne sont connues que depuis le xv siècle.

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