‹ Journal de VoyageChapitre 39 sur 294 · Edit. orig. : de leur horologe fortuite · texte numérisé non relu

Edit. orig. : de leur horologe fortuite

4. « Quelques uns, dit S. Miinster, ont pensé que la ville de Basle fust ainsi appellée a cause d'un passage qui estoit en ce lieu là... il avoit plus de raison de l'appeller Passel que Basel. » En effet, le mot allemand est pass.

terus), et François Hottoman !. Ces deux derniers vindrentsoupper avec Messieurs, lendemein qu’ils furent arrivés. M. de Montaigne jugea qu'ils estoint mal d’accord de leur religion, pour les responses qu'il en receut: les uns se disans Zvingliens, les autres Calvinistes, et les autres Martinistes; et si futaverty que plusieurs couvoint encore la religion romene dans leur cœur. La forme de donner le sacremant, c'est en la bouche communément : toutefois tend la main qui veut, et n'osent les ministres remuer cette corde de ces differences de religions.

Leurs eglises ont au dedans la forme que j'ay dict ailleurs. Le dehors est plein d'images et les tumbeaus antiens entiers, où il y a prieres pour les ames des trespassés. Les orgues, les cloches, et les crois des clochiers, et toute sorte d'images aus verrieres y sont en leur entier et les bancs et sieges du coeur. Ils mettent les fons baptismaus à l’antien lieu du grand autel, et font bastir à la teste de la nef un autre autel pour

1. Il y avait plusicurs savants du nom de Grynaeus : Samuel Grynaeus (1539-1599), professeur d'éloquence, puis de jurisprudence à Bâle: ct les quatre fils qu'avait laissés Thomas Grynaeus, professeur de grec et ministre protestant, cousin-germain de Samuel: Théophile, Simon, Jean-Jacques et Tobie, « qui se distinguérent par leur Savoir ». Dict. de Bayle. — Théodore Zwinger (1533-1588), auteur du Zhcatrum vitae humanae, professa le grec, la morale cet la médecine théorique. — François Hotman (Hotomanus), un des plus savants jurisconsultes du xvi* siècle, né en 1524 à Paris, embrassa tout jeune la Réforme, se retira à Lausanne, où il enseigna les Belles-Lettres, puis à Strasbourg, où on lui offrit une chaire de jurisprudence, à la cour du roi de Navarre qui le chargea d’une mission diplomatique en Allemagne et le nomma conseiller d'Etat. Etant professeur à Bourges, il échappa au massacre de la Saint-Barthélemy, sauvé, dit-on, par ses écoliers, et il se réfugia à Genève, et à Bâle, où il enscignait lc droit; il y mourut en 1590. Dans un de ses ouvrages, la Franco-Gallix, il essaie de démontrer que le véritable souverain est le peuple. Det. de Bayle. Montaigne lui écrivit de Bozen, avant de quitter l'Allemagne.

leur cene : celui de Basle est d'un tres beau plan. L’eglise des Chartreus, qui est un tres beau bastimant, conservée et entretenue cuneusemant ! ; les ornemans mesmes y sont et les meubles : ce qu'ils alleguent pour tesmoingner leur fidelité, estant obligés à cela par la foy qu'ils donnarent lors de leur accord. L'Evesque du lieu qui leur est fort ennemi, est logé hors de la ville en son diocese, et maintient la pluspart du reste en la campaigne en la religion antienne, et il jouit de bien 50000 livres de revenu de la ville, et se continue l’election de l’evesque?.

Plusieurs se pleinsirent à M. de Montaigne de la dissolution des fames et yvrogneries des habitans. Nous y vismes tailler un petit enfant d'un pauvr'home pour la rupture *, qui fut treté bien rudemant par le Chirurgien. Nous y vismes une tres belle librerie publicque sur la riviere et en tres belle assiette. Nous y fumes toutle lendemein, et le jour apres y disnames et prinsmes le chemin le long du Rhin deux lieues ou environ; et puisle laissames sur la main gauche suivant un pais bien fertile et assés plein *.

Ils ont une infinie abondance de fonteines en toute cette contrée : il n'est village ny carrefour où il n'y en aye de tres belles*. Ils disent qu'il y en a plus de trois cens à Basle de conte taict. Ils sont si acoustumés aus galeries mesmes vers la Lorrene, qu'en toutes les maisonsils laissent entre les fenestres des chambres hautes des portes qui respondent en la rue, attendant

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