‹ Journal de VoyageChapitre 46 sur 294 · Ventouser · texte numérisé non relu

Ventouser

mais ils y viennent à fort grandes foules. L'usage en est fort antien, et duquel Tacitus faict mantion*, Il en chercha tant qu'il peut la maistresse source et n’en peut rien apprendre; mais de ce qu'il samble, elles sont toutes fort basses etau niveau quasi de la riviere. Elle est moins nette que les autres eaus que nous avons veu ailleurs, et charrie en la puisant certenes petites filandres fort menues. Elle n'a point ces petites etincelures qu'on voit briller dans les autres eaus soutfrées, quand on les reçoit dans le verre, et comme dit le seigneur Maldonat, qu'ont celles de Spa.

M. de Montaigne en beut lendemein que nous fumes arrivés, qui fut lundi matin, sept petits verres qui revenoint à une grosse chopine de sa maison; landemein cinq grands verres qui revenoint à dix de ces petits; et pouvoint faire une pinte. Ce mesme mardy à l'heure de neuf heures du matin, pendant que les autres disnoint, il se mit dans le bein, et y sua depuis en estre sorty bien fort dans le lict. Il n'y arresta qu'une demy heure; car ceus du pais qui y sont tout le long du jour à jouer et à boire, ne sont dans l'eau que jusqu'aus reins; lui s'y tenoit engagé jusques au col, estandu le long de son bein?.

Et ce jour partit du bein un seigneur Souisse, fort bon serviteur de notre couronne, qui avoit fort entretenu M. de Montaigne tout le jour precedant des

1. Tacite, Zfistoires, liv. I, chap. Lxvir. « Cecina (l'an 69 de notre ére) lève le camp, ravage le pays, livre au pillage un lieu qui, à la faveur d'une longue paix, s'était accru en forme de ville, et dont les eaux renommées par leur agrément et leur salubrité, attiraient une foule d'étrangers. » Traduction Burnouf. — Edit. orig.: mantion; il... — Z/ désigne Montaigne, que l'on verra partout chercher les sources des caux thermales.

2. « Le boirc n'est aucunement receu en Allemaigne. Pour toutes maladies, ils se baignent, ct sont à grenouiller dans l'eau, quasi . d'un soleil à l'autre... » Essazs (1582), liv. II, chap. xxxvu.

affaires du pais de Souisse, et lui montra une lettre que l'ambassadeur de France, fils du president de Harlay ! lui escrivoit de Solurre où il se tient, lui recommandant le service du roi pendant son absence, etant mandé par la Reine * de l'aller trouver à Lion, et de s'opposer aus desseins d'Espaigne et de Savoie. Le Duc de Savoie qui venoict de deceder *, avoit faict alliance il y avoit un an ou deux avec aucuns cantons, à quoy le Roy avoit ouvertemant resisté, allegant que lui estant des-ja obligés, ils ne pouvoint recevoir nulles nouvelles obligations, sans son interest : ce que aucuns des cantons avoint gousté, mesme par le moyen dudit Sr. Souisse, etavointrefusé cette alliance. Ilsrecoivent à la verité le nom du Roy en tous ces quartiers là, avec reverence et amitié, et nous y font toutes les courtoysies qu'il est possible. Les Espaignols y sont mal.

Le trein de ce Souisse estoit quatre chevaus. Son fils qui est desja pensionnere du Roy, come le pere, sur l'un, un valet sur l'autre, une fille grande et belle sur un autre, avec une housse de drap et planchette à la françoyse *, une male en croppe et un porte bonnet

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1. Edit. orig. : du Harlay (Acki//es). — Charles de Harlay, baron de Dolot, futemployé en diverses négociations en Allemagne, Pologne et Suisse, et mourut en 1617 sans avoir été marié. (Le P. Anselme, VIII, 799). Il était fils de Christophe de Harlay, président à mortier au parlement de Paris, mort en 1573. C'est par erreur que l'éditeur a cru qu'il s'agissait d'Achille de Harlay. Le fils unique du grand président fut bien ambassadeur. mais en Angleterre, et il était né au plus tôt en 1569.

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