‹ Journal de VoyageChapitre 98 sur 294 · Edit. orig.: mesmes /es contre fenestres · texte numérisé non relu

Edit. orig.: mesmes /es contre fenestres

sons. Aiant la riviere d'Eysoc sur notre mein gauche, passames au travers une petite Villette, où il y a plusieurs Artisans de toutes sortes, nomée Clause* : de là vinsmes disner à

Cormax?, trois lieues, petit village où l'Archiduc a une maison de pleisir. Là on nous servit des gobelets de terre peinte parmy ceus d'arjant, et y lavoit-on les verres*avec du sable blanc ; et le premier service fut d'une poilc bien nette, qu'ils mirent sur la table à tout un petit instrumant de fer, pour l’appuyer et lui hausser la qué. Dans cete poile, il y avoit des ceufs pochés au burre.

Au partir de là, le chemin nous serra un peu, et aucuns rochiers nous pressoint, de façon que le chemin se trouvantetroit pour nous etlariviere ensamble, nous etions en dangier de nous chocquer, si on n’avoit mis cntr'elle et les passans, une barriere de muraille, qui dure en divers endroits plus d’une lieue d’Allemaigne. Quoyque la pluspart des montaignes qui nous touchoint là, soint des rochiers sauvages, les uns massifs, les autres crevassés et entrerompus par l'ecoulemant des torrans, et autres ecailleus qui envoyent au bas pieces infinies d’une étrange grandeur (je croy qu'il y faict dangereux en tems de grande tourmente), come ailleurs nous avons aussi veu* des forets entieres de sapins, arrachées de leur pied et amportans avec leur cheute des petites montaignes de terre, tenant à leurs racines : si est-ce que le paisest si peuplé, qu’audessus de ces premieres montaignes, nous en voyions d'autres plus hautes cultivées et logées, et avons aprins

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. Klausen.

. Kolmann.

. Peut-être : les vitres.

. Edit. orig. : grandeur, je crov qu'il y faict dangereux en tems de grande tourmente, come ailleurs. Nous avons aussi veus.

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qu'il y a audessus des grandes et belles pleines qui fournissent de bled aus villes d’audessous, et des tres riches laboureurs et des belles meisons. Nous passames la riviere sur un Pont de bois, de quoy il y en a plusieurs, et la mismes à notre mein gauche. Nous descouvrimes, entr'autres, un Chateau à une hauteur de montaigne la plus eminente et inaccessible qui se presantat à notre veue, qu'on dict etre à un Baron du pais, qui s’y tient et qui a là haut, un beau pais et belles chasses. Audelà de toutes ces montaignes, il y en a tous-jours une bordure des Alpes : celles-là, on les laisse en paix, et brident l'issue de ce detroit, de façon qu'il faut tousjours revenir à nostre canal et ressortir par l'un des bouts. L’Archiduc tire de ce conté de Tirol, duquel tout le revenu consiste en ces montaignes, trois çans mille florins par an; et a mieus de quoi de là, que du reste de tout son bien. Nous passames encore un coup la riviere sur un Pont de pierre, et nous rendismes de bonne heure à

BoLzan !, quatre lieues?. Ville de la grandeur de Libourne, sur ladite riviere, assés mal plesante au pris des autres d'Allemaigne ; de façon que M. de Montaigne s'ecria, qu'il connoissoit bien qu'il commançoit à quiter l’Allemaigne : les rues plus estroites, et point de belle place publicque. Il y restoit encore fonteines, ruisseaus, peintures, et verrieres.

Il y a là si grande abondance de vins, qu'ils en fournissent toute l’Allemaigne. Le meilleur pein du monde se mange le long de ces montaignes. Nous y vismes l'Eglise qui est des belles. Entre autres, il y a des orgues de bois; elles sont hautes, pres le Crucifix, davant le grand Autel; et si? celui qui les sone se

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