ESPÈCE DE TERMITE
cendiées par les colons. La personne qui m'accompagnait répondit à ma qnestion en me disant que c'était une < bormiguera, > une fourmilière. Après un examen, je reconnus, non des fourmilières, mais bien des termitières. Ces petites buttes, élevées de 35 à 30 centimètres audessus du sol, assez nombreuses, sont dispersées sans ordre au milieu de la prairie, quelquefois très-rapprochées, d*autres fois espacées de plusieurs centaines de mètres. Leur surface, dépourvue de toute espèce de végétation, est grisâtre pendant les temps secs, et devient noirâtre pendant les temps humides. La pluie ne fait que mouiller l'extérieur sans humecter les couches profondes ; la terre qui les compose est imperméable. Elles sont peu adhérentes au sol, puisque un homme seul en faisant, il est vrai, un effort assez énergique, peut les arracher. Cest le moyen qu'on emploie pour en débarrasser les terrains cultivés. Les colons les font ensuite rouler avec leurs pieds jusqu'à ce qu'ils les aient rejetées sur un terrain inoccupé. Chacune de ces masses peut peser de 40 à 50 kilog., peut-être davantage. Lorsqu'elles sont en place, elles s'enfoncent à peine de un décimètre dans le sol. Autour d'elles, sur une épaisseur de 2 à 3 centimètres, la terre est meuble, légèrement humide, pulvérulente comme de la cendre, puis elle reprend ensuite la consistance qu'elle a partout dans la prairie. Leur surface est recouverte d'une multitude de petits tubercules gros comme des pois qui leur donnent une apparence chagrinée. J'ai cherché vainement une ouverture soit à la surface extérieure, soit sur la face enfouie. Lorsque j'examinais ces sortes de sphères, nous étions à la fin de mai, c'est-à-dire au commencement de l'hiver. Il est probable que, à cette époque, les Termites hibernaient (je n'en rencontrai aucune dehors), et avaient fermé toute ouverture. Je demandai aux colons si, pendant l'été, ils avaient vu les animaux sortir. Leur réponse fut si vague que je conclus qu'ils ne s'en étaient jamais occupé.
Cette masse de terre est extrêmement résistante. Je montai sur une, je me laissai plusieurs fois retomber de tout mon poids sur elle, en sautant, je ne pus l'écraser. C'est à peine si les talons de mes chaussures récorchèrent un peu. Dans la suite, je fis plusieurs expériences qui montreront combien est grande la consistance de la terre agglomérée. Une première fois, à 5 mètres, je déchargeai mon fusil sur une de ces termitières. La poudre de la charge était abondante. Le plomb, du n* 6, fit balle et détruisit en épaisseur environ S centimètres de la paroi qui tombèrent en poussière. Je retrouvai tous les grains de plomb au pied
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de la masse ; ils étaient déformés» quelques-uns, même, aplatis en lames minces. Sur une autre, à dix pas, je tirai une balle. Le projectilei rond, s*enfonça de 4 5 centimètres environ, et fut retiré complètement déformé. Il était devenu une lentille bi-convexe dont Tépaisseur était réduites à la moitié du diamètre primitif. Au point où la balle 8*était arrêtée, la terre était réduite en poussière sur une profondeur de 2 à 3 centimètres.
La première masse que j'assayai d'ouvrir me donna beaucoup de peine. Je n'avais, pour faire ma besogne, qu'un couteau de poche. Après un travail de plus d'un quart d'heure, alors que je n'avais fait qu'une petite entaille profonde de 7 à 8 centimètres, je fus obligé de m'arréter, tellement j'avais la main fatiguée, et plus j'avançais, plus je trouvais la matière composante dure. Je pus me procurer une hache; avec plusieurs coups bien appliqués, je partageai la sphère en cinq ou six morceaux. Je trouvai son intérieur criblé d'une multitude de petites cellules qui lui donnaient l'apparence d'une éponge. Ces cellules qui commençaient à apparaître à â centimètres environ de la surface extérieure, étaient irrégulières, flexueuses, longues de 4 à 2 centimètres, cylindriques, à diamètre transversal de quelques millimètres seulement. Rares d'abord, elles devenaient de plus en plus nombreuses, de plus en plus irrégulières, puis finissaient par s'aplatir. Un peu au-dessous du centre de figure, il y avait plusieurs cellules de 2 à 3 centimètres dans les deux sens, et de 4 à 5 millimètres seulement dans le sens transversal. Chacune de ces cellules communiquait avec les voisines par de petites ouvertures très-étroites ayant des dimensions de 4 à 2 millimètres, ne pouvant donner passage qu'à un animal à la fois. Les cellules corticales n'avaient que deux ou trois ouvertures; celles du centre en avaient bien plus, jusqu'à une disaine. Chacune de ces petites chambres était habitée, mais plus ou moins. Ainsi les chambres extérieures ne renfermaient que deux, trois, quatre sujets, tandis que dans le centre, les parois cellulaires en étaient couvertes; on pouvait en compter cinquante, soixante et plus dans la même cellule. Les parois qui séparaient chacune de ces petites cavités étaient plus ou moins épaisses, beaucoup moins au centre que dans les parties excentriques ; mais partout, leur surface était lisse, propre et résistante. Ces caractères furent les mêmes dans les dix termitières que j'ouvris, dans celles qui avaient été arrachées et roulées, et dans celles qui, situées dans la prairie, n'avaient jamais été inquiétées.
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Toates ces demeures étaient habitées chacune par plusieurs milliers d'individus, parmi lesquels je distinguai trois types seulement. Voici leurs caractères :
Tous sont d'une couleur blanchâtre, d'une consistance molle, s'écrasent au moindre choc, à la moindre pression, et, à l'exception du troisième type, ressemblent beaucoup à des Fourmis.
Les uns, les ouvriers, les plus petits et de beaucoup plus nombreux, ont une longueur de 4 millimètres. Leur abdomen, composé de cinq ou six anneaux, a environ 3 millimètres et demi de longueur ; la tête et le thorax n'ont que 4 millimètre et demi. La tête, très-petite, porte deux antennes filiformes très-courtes.
Le second type, bien moins nombreux que le premier, se distingue par un développement plus considérable du céphalo-thorax, et par la présence sur la partie antérieure de la tête, de deux appendices semblables aux aiguillons du rosier, mais bien plus grêles, s'éloignant ou se rapprochant l'un de l'autre à la façon d'une pince et se présentant leur concavité. Ces individus armés sont les soldats ; leur proportion est de un pour quinze ou vingt ouvriers. La consistance de leur céphalothorax est un peu plus grande que celle de la partie correspondante des travailleurs, et la coloration de ces régions est brunâtre.
Dans ces deux types, l'abdomen blanchâtre est transparent, laisse voir dans son intérieur une ligne noire qui n*est autre chose que l'intestin rempli, et coloré par de la terre délayée dans des liquides intestinaux. Le sol de la prairie est noir, très-chargé d'humus.
Le troisième type difière beaucoup des deux autres ; les sujets ne ressemblent en rien aux précédents. Extrêmement peu nombreux, je n'en ai rencontré que dans deux habitations. Dans la première, j'ai trouvé un sujet seulement ; dans l'autre, deux qui habitaient la même cellule^ une des grandes chambres du centre. Il y en avait, sans doute, dans toutes les habitations que j'ai détruites ; mais, comme je ne me suis pas attaché à ouvrir toutes les cellules (je le regrette aujourd'hui), ce qui aurait été très-long, elles m'ont échappé. Peut-être que dans celle où j*en ai trouvé deux, d'autres sont demeurés cachés. Voici les caractères de ce troisième type. Le céphalothorax, bien que de plus grande dimension, ressemble à celui des neutres. On distingue deux petites antennes filiformes et trois paires de pattes grêles. Mais ce qui les différencie, cest un abdomen énorme, long de 40 millimètres, irrégulièrement cylindrique, de 2 à 3 millimètres de diamètre environ.