DES COTES DE CALIFORNIE
PAR
H. P. ^. TANT BEMBDEIV ( 1 ).
CoPB, Proceed. Academy naU sctences. Philad.f 1868, p. 225. CopB, On the Cetacea; Proceed. Acad. nat. 9c. Philad.^ 1869,
p-12. Prchuel-Lobschs, Wale und Walfang. Dos Awland^ 1871,
SaMMON, The marine ammah. San Francisco, 1874 ; in-4.
La découverte la plus remarquable faite depuis longtemps dans le groupe des Baleines est celle du Demi fish des baleiniers. Cet animal a la longueur et plusieurs caractères des plus grands Cétacés^ mais il n'est ni Baleine, ni Balénoptère, ni Mégaplère. Il a plus ou moins la courbure du rostre des vraies Baleines ; sans nageoire dorsale, il a les fanons courts et porte un sillon de chaque côté sous la mandibule ; la tête a les proportions ordinaires des Cétacés et la peau est parsemée de taches grisâtres qui suffiraient seules pour le faire reconnaître, n loge sur le dos et sur les nageoires des Cirrhipèdes d'un genre particulier comme les Baleines des régions tempe-
(1) Présenté à l'Académie royale de Belgique le 2 février 1877.
Sk p. J. VAN BENEDfiN.
rées, en même temps que des Gyames comme la Baleine franche des glaces polaires.
Cet animal, dont M. Cope a parlé pour la première fois en 1868, habite les côtes de Californie et se rend au nord du Pacifique jusqu'au détroit de Behring.
M. Cope a donné la première figure de Tanimal complet ; Pechuel-Lœsche (Plankenau) en a publié ensuite une autre qui reproduit exactement les mêmes caractères. La figure qui nous parait avoir le mieux rendu les caractères propres de cet animal singulier, c'est celle du capitaine Scammon qui représente à côté de Tétat adulte deux embryons d'âges difiCérents.
Le capitaine Scammon figure aussi le Cyamu$ Scamnumi^ DalK, parasite par lequel ce Cétacé se rapproche, comme nous Tenons de le dire, de la Baleine franche, et le Cirrhipède, Gryptolepas rhachianecti, par lequel il se rapproche des Baleines tempérées et des Mégaptères. On sait que les Balénoptères ne portent pas de Cirrhipèdes.
Jusqu'à présent aucun os de cet animal remarquable n'a été figuré et Ton n'en possède, que je sache, aucun dans les musées d'Europe. Je viens de recevoir, par l'obligeante intervention du docteur Finsch, direc.teur au musée de Brème, la photographie d'une tète qu'il a vue à San Francisco et que H. Dali a bien voulu faire reproduire sur sa demande.
Les seules pièces de Rhachianectes connues en Europe sont les fanons. Le professeur Sleindachner en a rapporté de Californie pour le musée de Vienne et il a eu l'extrême obligeance de m'en donner plusieurs. Ils ont, comme nous le dirons plus loin, des caractères particuliers.
Nous l'avouons volontiers, les caractères qui avaient étéat* Iribués à ce Demi fUh avant d'en avoir vu les fanons, nous paraissaient si extraordinaires que nous ne pouvions croire à l'exactitude des observations. Nous ne pouvions nous persuader que les animaux observés étaient dans leur intégrité.
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Comme nous le disions plus haut, la première mention qui ait été faite de cet animal ne date pas de dix ans. Le professeur Cope lui a donné d'abord, en 1868, le nom d'Agaphelui glaucus (1), et l'année suivante, dans un Mémoire qui a pour titre On the Cetaceaj il a abandonné le premier nom pour celui de Rhachianectes glaucm.
M. Cope, en parlant des Cétacés de la côte ouest du Nord-> Amérique (2), fait mention de trois espèces de Baleines, dont une , indiquée par Chamisso, est sans doute à supprimer.
Il parait que ce n'est qu'en 1816 que Ton a commencé la pèche des Rhachianectes, dans le voisinage des côtes de Californie.
Ce Cétacé se rend aussi dans la mer d'Okhotsk et jusqu'à rOcéan arctique, mais il était rarement poursuivi par les baleiniers. Il n'y a guère que les Esquimaux qui le chassaient avec leurs moyens tout primitifs.
Le Rha4Aianecte$ glaucus est ainsi synonyme à'Agaphelut glaucus, et porte plusieurs noms sous lesquels il est connu des habitants de la côte et des baleiniers. On l'appelle Devil fish, Teufelfisch, Gray*back, Graurucken, Califomischer Wal, Hart* head, Mussel-digger, Rip-sack.
Contrairement aux autres Baleines, la peau est d'un gris bigarré, quelquefois pâle, d'autres fois noire, dans le mâle comme dans la femelle.
Longueur du mâle comme de la femelle de 40 à H pieds. La femelle varie moins que le mâle.
Un animal de la baie de San Diego a donné les mesures suivantes :
(i) Prœeed. Aead. fuU. tcieneeê Philadelphiaj p. 325.
(2) Tk$ Citacêa of ihé Weêi of North-America. Philadelphie, 1S6§.
M p. J. VAN BENEDEN.
Longueur totale 32 pieds.
Queue, largeur 9 —
Nageoires, longueur. . . 5 —
— largeur. . . 2 —
Les caractères de la tête sont aussi remarquables que ceux tirés de l'extérieur de ranimai.
Le rostre ressemble beaucoup au rostre d'un fœtus de Bakma myrticetus ; c'est la même courbure et le même développement des intermaxillaires comme des maxillaires.
Le crâne proprement dit se rapproche davantage des Balénoptères ; le frontal est élargi et se dirige directement en dehors au lieu de se diriger d'avant en arrière et de former une bande le long du maxillaire ; la voûte orbilaire est bien plus étendue d'avant en arrière que dans les vraies Baleines.
Le frontal n'est point réduit à l'épaisseur d'un bourrelet entro l'occipital et les nasaux, mais occupe ici un espace égal à la moitié de la longueur des os nasaux.
L'intermaxillaire s'élève au-dessus du maxillaire comme dans les Baleines, et leur écartement pour les orifices nasaux tient aussi de ces dernières. Il remonte jusqu'au milieu des os nasaux.
Le maxillaire est élargi à la base, mais à en juger par la photographie, la branche montante est rudimentaire de manière que l'encadrement des os nasaux a lieu par le frontal.
L'occipital, par ses échancrures à côté des condyles articulaires, ressemble plus à celui des Balénoptères, mais par toute sa partie supérieure aux genres fossiles des Aulocétes et des Hétérocétes. Il se termine en pointe au-dessus du frontal et se creuse profondément.
Cette tête offre un intérêt particulier pour l'étude des Cétacés à fanons fossiles des environs d'Anvers.
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Les fanons des Rhachianectes que le professeur Steindachner a rapportés offrent un intérêt d'autant plus grand, qu'ils lui ont été remis par le capitaine Scammon en mains propres. Ils ont de quatre à seize pouces, au plus haut dix*huit et sont de couleur paille comme ceux du Balœnoptera rostrata. Mais ce qui les distingue principalement de tous les autres, c'est leur surface lisse et sans crasse, leur grande épaisseur, surtout au bord interne, et le grand espace qui les sépare. Les soies qui forment la barbe sont également plus épaisses que dans les autres fanons.
Les commensaux Cyames et Cryptolèpes, dont nous parlons plus haut, qui les rapprochent plus des Baleines que des Balénoptères, vivent chez les deux sexes sur la tête et sur les nageoires.
Le capitaine Scammon estime le nombre des Rachianectes, de 1853 a 1856, & trente ou quarante mille individus pour les côtes de Californie ; aujourd'hui ce nombre ne dépasse plus, d'après lui, huit ou dix mille.
Gomme les vraies Baleines, le Rhachianectes a ses quartiers d'hiver et d'été bien déterminés ; il passe de novembre à mai sur la côte de Californie, et les autres mois dans la mer d'Okhotsk ou dans l'Océan arctique.
La femelle met bas pendant l'hiver sur les côtes de Californie. Sa gestation est de douze mois. Le mâle se tient au large.
M. Pechnel-Loesche Ta vu souvent en été dans le détroit de Behring et dans le golfe d'Anadyr, jamais dans l'Océan glacial, quoiqu'il puisse s'y perdre quelquefois. Il confirme qu'en hiver il gagne la côte de Californie.