VI
Macrotkéridéf.
1*— Conformément à l'opinion de Cuvier, j'ai autrefois rapproché des Manidés le genre Macrothérium (1) établi par Lartet pour le grand Edenté fossile dans le miocène d'Europe, dont le premier de ces naturalistes avait décrit, sous le nom de Pangolin gigantesque» une phalange onguéale qui lui avait en effet paru devoir être attribuée à un animal éteint de cette famille. Mais le Macrothérium parait avoir différé sensiblement des Pangolins et des Phatagins, actuellement existants en Afrique et en Asie. Il n'a pas les mêmes proportions, et s'il était exclusivement marcheur, il ne Tétait pas à la manière de ces animaux. Son humérus n'avait pas de perforation au-dessus de Tépitrochlée ; son radius et son cubitus étaient plus longs que ceux des Pangolins, et ils tendaient vers la forme particulière à ceux des Paresseux, ce qui indique un animal capable de grimper ou tout au moins de s'accrocher aux branches des arbres ou à d'autres corps pour s'aider dans la marche et faciliter la recherche de ses aliments. En outre, il était pourvu de dents, et l'on ne peut arguer de la présence d'oi^anes de cette sorte chez l'animal dont il s'agit, pour le rapprocher de TOryctérope, attendu que les dents du Macrothérium n'avaient pas la structure qui distingue celles du genre d'Edentés africains que nous venons de citer* Aussi ai-je pensé qu'il était préférable de faire du genre Macrothérium le type d une famille à part (2), à laquelle je crois devoir rapporter
(1) Lartet, Notice iur la colline de Sansane, p. 22. — De Blainville, OeléO' liraphie : Édentée^ g. Macrothérium.'^ P. Gerv., ZooU et Pal. gén.j p. 25S,
pl.XLIIl.
(2) NoweUêi Archivée du Mueéum d'hist. nal., t. V, p. 11.
an PkVk GUTAIS.
le genre Ancylotherium de M. Gaudry (1), ainsi que ceux nommés par moi Schizotherium (2) et Pernatherium (3).
On ne possède encore que très-peu de notions au sujet de la composition des pieds chez les Macrothéridés. C'est ce qui m'a engagé à revoir les pièces relatives à ces parties du squelette qu'a reçues notre collection et à en donner des figures après avoir essayé de recomposer les membres auxquels elles ont appartenu*
Ces remarques porteront à la fois sur le Macrothérium et sur rAncylothérium ; ce qui a trait aux deux autres genres ne pouvant qu'être une répétition de ce qui a été déjà imprimé à leur égard, soit dans ce Recueil, soit dans la deuxième partie de mon ouvrage sur la Zoologie et la Paléontologie gé^ nérales.
Les pieds du Macrothérium sont grands et forts ; ils sont tridactyles antérieurement (4) aussi bien qu'en arrière (5] ; chacun de leurs doigts a ses trois phalanges séparées les unes des autres, et la dernière de ces phalanges, pour chacun d'eux, est la plus forte des trois ; elle devait être munie d'ongles puissants ; sa partie libre est marquée par une fissure plus profonde encore que celle de la plupart des autres animaux de la même grande division chez lesquels on constate ce caractère. On ne trouve ni en dedans, ni en dehors, qu'il s'agisse du membre antérieur, ou du membre postérieur, les traces du premier et du cinquième doigts, soit sous la forme de facettes d'articulations destinées à ces doigts latéraux, soit sous la forme de métacarpiens ou de métatarsiens rudimentaires ou soudés aux grands doigts existants.
(i) Animaux foisiles de VAUxqut, p. 129, pi. xix à zxi.
(%) Zool. €t Pal. gén.^ L II, p. 59.
(3) Journal da Zoologie^ t. V, p. 424, pi. xvm.
|4) PI. lî, flg. 2.
(5) Fig. 2.
PIEDS VÊS iMWÉS. S88
Il y a encore eette aufre différence , avec les Paresseux aotaels, que tous les os de la main et aussi tous ceux du pied sont séparés les uns des autres. Nous possédons les deux rangées du carpe, qui n'étaient formées que de sept os en tout au lieu de huit^ comme c'est le cas le plus fréquent pour la classe des Mammifères ; cependant, le pisiforme nous manque^ mais une facette du pyramidal indique qu'il existait, et nous 1 ayons d'ailleurs pour V Ancylotherium. Ces os sont, pour le procarpe, outre le pisiforme, le scapboïde le plus petit des trois, le semilunaire, le plus gros, et le pyramidal intermédiaire aux deux autres par sa grosseur. Au mésocarpe il y a un trapézoide, un grand os et un unciforme ; celui-ci est plus gros que les deux précédents. Il n'y a pas de trapèze et, ce qui montre bien que la saillie descendante du scaphoïde des Bradypidés mérite d'être regardée comme représentant cet os, c'est qu'elle n'existe pas chez l'espèce qui nous occupe ; il est vrai que nous ne connaissons pas à cette espèce de rudiment du pouce, pas même de métacarpien appartenant à ce doigt; tandis qu'il y en a un chez les Âïs et les Unaux, et que les Bradypidés mégathéroides ont un pouce rudimentaire ou, tout au moins, un indice de ce doigt. Nous ayons, d'ailleurs, yu que le trapèze constitue un os séparé du scaphoïde chez les Pangolins, chez les Oryctéropes et chez les Dasypidés» animaux dont le pied de devant est pentadaclyle.
Les trois métacarpiens sont longs de O'^.IB à 0'',19; c'est Tinteme qui est le moins grand et l'externe qui l'est le plus; ils ne sont pas terminés à leur articulation digitale comme ceux des Bradypidés, mais régulièrement conyexes, ce qui est en rapport ayec la forme^de la première phalange des doigis, laquelle est courte et excayée en cupule à sa facette mé^ taearpienne et ayec la gorge de sa poulie répondant à la deuxième phalange. Celle^i a sa face correspondante di-^ râée en deux par une saillie qui en parcourt de haut en bas
9Ak PAUL GERVAI8.
la concavité ; elle est en demi-poulie à son extrémité dislale. La facette proximale de la phalangette est également partagée en deux par une crête, laquelle entre dans la poulie de la pbalangine; elle remonte supérieurement, de manière k donner plus de jeu aux mouvements de cet os sur lequel l'ongle prend une insertion mais dont la base ne présente pas de gorge d'insertion servant à l'encapuchonnement de son ongle, comme cela a lieu chez les Paresseux. Des trois doigts, c'est l'externe qui est le plus fort ; sa phalange onguéale mesure 0",10. Celle provenant d'Eppelsheim, que Cuvier a décrite, est d'un sujet plus fort que celui de Sansans.
La forme particulière de la surface d'articulation des métacarpiens avec ta première phalange, indique que les doigls pouvaient se relever et se rabattre plus ou moins sur la face supérieure du métacarpe.
Le pied de derrière est moins long ; il mesure cependant 0'',36 de l'extrémité achilléenne du calcanéum jusqu'au sommet de la phalange onguéale du doigt médian, au lieu de 0°',43, longueur du pied de devant, depuis le bord radial du semi-lunaire, jusqu'à l'extrémité du doigt du milieu.
Le calcanéum et l'astragale rentrent dans les formes ordinaires, mais la surface par laquelle le premier de ces deux os est en rapport avec le cuboïde, est élargie et sa facette d'articulation avec le scaphoïde est partagée en deux parties imt l'interne, allongée transversalement, est un peu excavée et en forme de triangle à angles subarrondis, tandis que l'externe est convexe. L'astragale représente, par sa surface d'articulation avec le tibia, une poulie élargie à gorge peu excavée et dont les deux saillies latérales sont élargies. En outre, son apophyse d'articulation avec le scaphoïde est très-courte, et sa surface d'attache antérieure divisée en deux facettes très-inégales entre elles, dont la première répond au naviculaire et la plus petite au cuboïde. Les cunéiformes nous manquent : ils de-