SQUELETTE
Les différentes observations que nous possédons sur le genre de monstruosité qui nous occupe, ne nous donnent que peu de détails sur la disposition du squelette des deux sujets qui composent les monstres hétéradelphes.
Le squelette de V Autosite peut ne présenter aucune ano* malie ; cela s'observe dans ce que Ton pourrait appeler le degré le plus simple de l'Hétéradelphie, c'est-à-dire lorsque le sujet acéphale, greffé sur la région épigastrique de l'Autosite, est réduit à un bassin et à des membres inférieurs seu« lement. Mous voyons, en effet, dans ce cas, les restes du petit sujet accessoire être réunis h Tappendice liphoïde du sujpt
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principal, soit par une bandelette fibreuse^ soit par la peau seulement, de telle sorte que Von peut, en saisissant ces parties âurajoutées avec la main, les faire mouvoir dans tous les sens et les retourner de manière à présenter, en avant, les organes génitaux et la face interne des cuisses, mouvement que certains Hétéradelphes se plaisaient à exécuter avec la plus grande facilité.
Gomme premier degré d'anomalie du squelette de VÀutosite, nous aurions, d'après certains auteurs, Tappendice xiphoïde et le cartilage des côtes asternales soudés avec un noyau osseux représentant, d'après eux, les deux omoplates et peutêtre les clavicules. Percival décrit ainsi cette région dans son Hétéradelphe de Hébus. L'Hétéradelphe de Bénais aurait présenté une disposition à peu près analogue, mais nous ne pouvons accepter^ comme exacte, la description de Percival, ainsi que celle de Ramburg et Orye, descriptions qui sont en pleine contradiction avec la loi des homologues, et qui, basées simplement sur un examen par la palpation, n'ont jamais été vérifiées par la dissection.
Suivant WinsW, la régioiï inférieure du sternum du Parasite aurait été en continuité avec la partie supérieure d'un tronçon de colonne vertébrale dans l'Hétéradelphe de l'Hôpital général. Winslow, ayant pu faire Taulopsie de son sujet et ayant, par conséquent, vérifié par la dissection ce que la palpation semblait lui révéler, passe toutefois sous silence cette singulière disposition anatomique dans le reste de son observation ; nous hésitons donc à l'admettre, malgré l'autorité de ce grand anatomiste, et, ce qui nous engage à considérer cette assertion comme inadmissible, c'est que, comme nous le verrons plus tard, en décrivant le squelette du Parasite dans les Hétéradelphes, aucun de ces sujets monstrueux n'a présenté de trace de colonne vertébrale.
Comme second degré d'anomalie résidant dans la régiou
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sternale de T Autosite, nous verrions, suivant Busseui), les pièces, constituant cette partie du squelette, s'écarter d'abord dans les régions médiane et inférieure, comme cet auteur a pu l'observer dans THétéradelphe de Chine, dont il nous a transmis la description, Hétéradelphe qui était parvenu à l'Age adulte. Busseuîl nous dit, dans la communication qu'il envoya h l'Académie, que l'adhérence, entre le Parasite et son Autosite, se faisait entre les cartilages costaux depuis la quatrième paire jusqu'à la huitième. Mais c'est encore en observant à travers la peau et aidé seulement par le toucher, que Busseuil fonde son jugement; nous ne pouvons donc accepter le fait comme certain.
Nous arrivons, enfin, à un troisième degré d'anomalie du squelette de l'Autosile, confirmé, cette fois, par la dissection. Les pièces qui constituent le sternum, depuis le manubrium jusqu'à l'appendice xiphoïde, sont ici séparées sur la ligne médiane, et chaque moitié, rejetée en dehors, laisse entre elle et celle du côté opposé une large fissure qui grandit le diamètre transversal de la cavité thoracique, et donne aux côtes de TAutosite une direction tout à fait anormale.
Les clavicules elles-mêmes, suivant la déviation des côtes, sont rejetées en dehors, et leur extrémité interne s'articule, par l'intermédiaire des deux moitiés du sternum, avt l'extrémité interne des clavicules du Parasite, extrémité devenue externe par suite du rapprochement des omoplates soudées entre elles.
Telle était la disposition du squelette de la cage thoracique dans l'Hétéradelphe de Wirtensohn, ainsi que chez notre Hétéradelphe de Yervins.
A part les anomalies du squelette résultant de Taccolement des deux sujets par la face antérieure de leur région thoracique, l'Autosite peut, en outre, être atteint de dififérentes anomalies n'ayant aucun rapport avec celle qui constitue le
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genre de monstruosilé double dont nous nous occupons. Mentionnons seulement pour ne pas sortir de noire sujet, THëtéradelphedu musée de Berlin, décrit par Waller et Rosensthiel, qui était atteint de triocéphalie, et aussi un Chat, que nous avons pu nous-même observer au muséum de Paris, et dont FAutosite était atteint de cyclocépbalie. Enfin, un Chien hétéradelphe, conservé dans les collections du même établissement, avait le membre supérieur droit uni sur toute sa longueur, depuis Tépaule jusqu'au carpe, avec le membre gauche de son parasite ; ces membres se terminaient inférieurement par une double patte pourvue de dix doigts.
Le squelette du Parasite des Hétéradelphes , a, sans contredit, de très*grands rapports comme organisation avec celui des monstres unitaires Acéphales; ain^ que chez ces derniers, il est toujours privé de tête. Lorsqu'il possède des membres supérieurs et inférieurs, il correspond au premier genre des monstres Acéphaliens, c'est-à-dire aux Acéphales; c'est là le degré le plus complet de THétéradelphie. Un second degré de cette monstruosité correspond au second genre des monstres Acéphaliens, c'est-à-dire aux Peracéphales ; le Parasite, dans ce cas, ne possède point de membres thora- ^iques ; il est réduit à la partie inférieure de son tronc et à les membres abdominaux. Enfin, le dernier degré de la monstruosité double, dont nous nous occupons, et dans lequel nous voyons le Parasite réduit à un bassin très-mal conformé portant des membres inférieurs plus ou moins développés, pourrait être comparé au troisième genre des monstres Acéphaliens unitaires, chez lesquels nous ne trouvons qu'une masse charnue, ne présentanti le plus souvent, que des çiembres rudimentaires. Mais, pour que notre comparaison, entre les Acéphales Hétéradelphes et les Acéphaliens unitaires, fût exacte, il faudrait que chez les monstres Hétéradelphes, le sujet accessoire pu Parasite possédât, sinon une colonne
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vertébrale complète, du moins un rudiment de cet aie osseux. Or, malgré robservàtion de Gantwel, dans laquelle cet auteur nous dit avoir constaté dans VHétéradelpbe de Crémone, Texistence d'une colonne yertébrale composée de ses régions cervicale et dorsale; malgré celle de Busseuil faite sur le chinois A-Ke, chez lequel il prétend avoir remarqué la pré* sence de yertèbres cervicales; malgré celle de Ramburg et Orye, où ces auteurs ont cru trouver la trace de vertèbres danw un noyau osseux, de chaque côté duquel s'inséraient les membres du Parasite, et enfin celle de Scoutetten qui a cru voir cette colonne commençant à la septième vertèbre cervi* cale, nous ne pouvons admettre l'existence d'une colonne vertébrale, car toutes ces observations n'ont point été con*^ trôlées par l'autopsie. Et ce qui nous porte à nier l'existence de cette partie du squelette, c'est que dans tous les sujets où la dissection a pu être faite* avec soin, comme dans les cas décrits par Serres, Wirtensohn et Mayer, il n'a jamais été trouvé de trace de cet organe. C'est aussi ce que nous consta-* tons pour l'Hétéradelphe de Yervins.
La présence des côtes chez les Parasites hétéradelphiens et celle du sternum, portions osseuses qui existent quelquefois chez les monstres Acéphaliens, n'ont pas non plus été constatées.
Le squelette du Parasite, chez les monstres dont nous nous occupons, se trouve donc réduit aux deux paires de membres, les membres thoraciques et les membres abdominaux. Dans^ les cas les phis compliqués, ces deux paires de membre» existent ; il n'y en a qu'une seule dans les cas les plus simples, et ces sujets sont ceux qui ont le plus de chance de vivre.
§2- Mcmbra supérieun. — Lorsque les membres supérieurs
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existent, ils sont le plus souvent réunis au thorax de l' Autosite par une paire de clayicules. Ces os prennent alors une direction tout à fait inverse de celle qu'ils ont à Vétat normal; leurs extrémités internes se trouvent rejetées en dehors et vont s'insérer sur la face supérieure latérale et interne de chaque moitié du sternum de l'Âutosite, se mettant ainsi en rapport avec l'extrémité interne de la clavicule de ce sujet. Nous avons là un exemple frappant de l'union des deux sujets par leurs parties similaires, et qui nous prouve que la loi de la réunion par les organes homologues est aussi vraie pour les monstres doubles parasitaires que pour les monstres doubles autositaires.
La présence des clavicules a été constatée par Busseuil, chez l'Héléradelphe de Chine ; notre Hétéradelphe de Vervins en était également pourvu.
Les omoplates très-rapprochées l'une de l'autre par suite de l'absence de colonne vertébrale, se soudent toujours chez le Parasite ; elles sont unies par leur bord spinal et constituent, pour ainsi dire, un seul os.
Avec les cavités glénoïdes de ces omoplates, cavités plus ou moins déformées, comme le reste de l'os provenant de leur union, s'articulent les humérus, presque toujours inégalement développés en longueur et plus ou moins bien conformés.
Dans THétéradelphe de Delalande (Chat), les deux humérus étaient soudés entre eux, sur toute leur longueur.
Le cubitus, qui existe quelquefois seul, est la plupart du temps très-raccourci, et si Tavant-bras possède un radius, cet os est très-souvent soudé avec le cubitus; quant aux mains, elles sont le plus souvent incomplètes par suite de l'absence d*un ou de plusieurs des métacarpiens, absence qui entraine celle des doigts correspondants.
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Mendrres inférieurs. — Chez tous les Hétéradelphes observés, le bassin du Parasite était formé par la réunion des deux os iliaques seulement, le sacrum ne s'étant pas développé. Percival, dans sa description du monstre de Hébus, et Ramburg , qui avait cru à l'existence de vertèbres cervicales chez THétéradelphe deBénais, attribuent à tort, suivant nous, un os sacré à ces deux monstres doubles ; leur assertion n'ayant pas été confirmée, nous nous croyons autorisé à la rejeter.
Les os iliaques, à part leur union antérieure, par la symphyse pubienne, sont soudés en arrière par leurs surfaces auriculaires, quelquefois même par la face interne des régions cotyloïdiennes, convertissant ainsi les deux échancrures sciatiques en un vaste trou, par où sortent les vaisseaux et les nerfs fessiers, ainsi que les nerfs de la partie postérieure de la cuisse. Dans quelques cas, ces os sont simplement maintenus en contact par des ligaments assez résistants ; le plus souvent ils sont complètement soudés, comme nous l'avons constaté chez THétéradelphe de Vervins.
La surface interne de ces os, ordinairement très-aplatie dans la portion coxale, constitue supérieurement un grand bassin très-ouvert ; sur la surface antérieure de sa paroi postérieure s'applique le rein du Parasite.
Inférieurement nous voyons un petit bassin, la plupart du temps, très-rétréci et ne présentant aucune trace d'excavation. Ce bassin est toujours de petite dimension, ainsi que les membres inférieurs qui y sont insérés et qui le plus souvent, composés du même nombre d'os qu'à l'état normal, n'offrent rien de particulier. Signalons pourtant l'absence constante de la rotule.
Les articulations des différents os constituant le squelette du Parasite, ne jouissent que de mouvements très-limités; le plus souvent même elles sont comme ankylosées.
APPAREIL DIGESUF.
L'appareil digestif de TÂutosite, dans les monstres Hétéradelpbes, est rarement exempt d'anomalies.
Le plus souvent, il communique comme nous le verrons tout à l'heure, vers le tiers inférieur de son intestin grêle avec l'intestin grêle du sujet Parasite. Nous aurons cependant à citer trois de ces monstres chez lesquels le tube digestif de rAutosite était indépendant de celui de son Parasite.
Lorsque le tube digestif de l'Àutosite communique avec celui de son Parasite, toute la portion de ce tube s'étendant de la bouche au tiers inférieur de Tiléon, ne présente généralement rien de bien particulier, sauf quelques anomalies de rapport pour l'estomac, qui prend quelquefois, comme nous l'avons vu dans THétéradelphe de l'hôpital général et dans celui de l'Inde, un volume beaucoup plus considérable qu'à l'état normal. La communication entre les intestins des deux sujets, se fait généralement vers le tiers ou le quart inférieur du trajet de l'iléon de l'Àutosite. A cet endroit l'intestin qui présente quelquefois un petit diverticulum se ren* dant à l'ombilic, augmente généralement de volume, puis se bifurque en deux branches, dont l'une, celle de l'Àutosite continue son trajet normal pour aller se jeter dans le gros intestin de ce sujet, tandis que l'autre, généralement plus courte et d'un calibre moindre, gagne le gros intestin de son Parasite. Dans notre Hétéradelphe de Yervins, cette portion parasitaire de l'intestin grêle au lieu de diminuer de volume prenait, au contraire, à mesure qu'elle approchait du gros intestin un diamètre plus considérable, de telle sorte, que la
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démarcation entre lui et le colon aurait pu offrir quelque difficulté, sans la présence, à cet endroit, d'un cœcum précédé d'un faible étranglement.
Au commencement des gros intestins des deux sujets, lorsque les deux tubes digestifs communiquent comme nous venons de le dire, on a toujours constaté la présence d'un cœcum. Cet organe, chez TÀutosite, souvent reporté dans la zone ombilicale et placé au-dessous de l'estomac, présente une capacité ainsi qu'une configuration normale. Celui du Parasite, au contraire, souvent très-déformé ou réduit à un appendice vermiculaire, occupe généralement la fosse iliaque droite de TAutosite ; ensuite, il se continue par le colon, celui-ci contourné en spirale, dirigé presque verticalement vers le bassin où nous le voyons le plus souvent se terminer en cul-de-sac, au point où il devrait se continuer par le rectum, portion du tube digestif que nous avons vu manquer toujours chez le sujet acéphale, sauf pour THéléradelphe décrit par Wirtensohn, dont le tube digestif s'ouvrait au dehors, contrairement à ce que Ton a observé chez tous les autres Hétéradelphes, décrits jusqu'à ce jour, qui avaient l'anus imperforé.
Lorsque l'anus est imperforé, le rectum est généralement représenté par un ligament arrondi, s'insérant au fond d'une petite dépression située au sommet du cul-de-sac du gros intestin ; de là, ce ligament s'étend jusqu'à la petite dépression que l'on remarque sur la peau, à la face externe de la région périnéale du Parasite. Nous avons donc ici une véritable atrétie du rectum, telle qu'elle est décrite dans les Traités d'anatomie chirurgicale.
Dans un seul cas, ce ligament s'insérait sur la vessie, comme nous l'apprend Brossillon, dans la description de son Hétéradelphe de Tours. D'autres fois^ le gros intestin du Parasite, au lieu de se terminer en cul-de-sac, s'accole à la face postérieure et supérieure de la vessie et débouchant dans cet organe,
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forme ainsi une sorte de cloaque. L'Hétéradelphe de Winslow et celui de Mayer, étaient ainsi constitués.
Nous ayons dit que parmi les cas d'Hétéradelphie observés chez rhomme, on avait eu à constater, trois fois seulement, l'indépendance complète de l'appareil digestif de TAutosite de celui de son Parasite. Dans deux de ces cas (Hétéradelphesde Tours et de Bonn), l'intestin commençait par une portion rétrécie et fermée en doigt de gant; dans le troisième (Hétéradelpbe d'Iberdestk), outre cette portion inférieure du tube digestif, Zagorsky a observé un rudiment d'œsophage commençant supérieurement par une extrémité fermée en cul-desac et se terminant, inférieurement, par une portion renflée constituant un petit estomac.
Telles sont les principales particularités à signaler dans l'appareil digestif des monstres Hétéradelpbes, particularités sur lesquelles le degré de THétéradelphie n'a aucune influence, car des Hétéradelpbes cbez lesquels le Parasite était réduit à un bassin et à des membres inférieurs, différaient fort peu, sous le rapport de la disposition du tube digestif, de ceux dont le Parasite était pourvu des membres supérieurs et inférieurs.
Si nous passons maintenant à l'étude des glandes annexes de cet appareil digestif^ une seule de ces glandes, le foiej attirera notre attention. Cet organe présente toujours un volume considérable ; ses lobes sont à peu près égaux; le gauche l'emporte souvent en volume sur celui qui est placé du côté droit, ou bien nous lui trouvons des lobes supplémentaires.
D'autres fois il constitue un organe manifestement double, et pourvu de deux vésicules biliaires, dont les canaux cholédoques unis ou isolés, débouchent, tantôt séparément» tantôt par un canal commun, dans le duodénum.
Le foie de THétéradelphe de Yervins, à part ses deux vésicules biliaires, recevait, vers le bord antérieur de sa face supérieure, deux veines ombilicales pénétrantdans son parenchyme
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à peo de distance Tune de l'autre, mais se dirigeant aussitôt en sens inverse. Ce foie recevait, en outre, par sa face inférieure, une artère hépatique divisée en deux branches bien avant de pénétrer dans la glande.