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L'UNITÉ DE TYPE DU PLACENTA

DANS LES BfAMMIFÈRES ET DANS l'ESPÈGB HUMAINE

AINSI QUE SUR l'uNITÉ PHYSIOLOGIQUE DE LA NUTRITION FOETALE

DANS l'ensemble DES VERTÉBRÉS (1) ;

PAB

m. ercoeiJlivi,

Le travail de H. Ercolani est divisé en deux parties. Dans la première, il réunit et décrit une série de faits nouveaux tendant à démontrer que, dans Tutérus des Rongeurs appartenant aux genres Lepus^ Mus et Cat;ta, il se forme dans les points où Tœuf s'arrête, et cela dès le commencement de la grossesse, un travail de destruction qui porte sur la muqueuse utérine, s'étend à toute la couche du tissu connectif sous-jacente, et comprend les glandes utriculaires, les vaisseaux et les ner&, de telle sorte que la face interne de cette muqueuse se trouve mise à nu. Ce fait est très-important, en ce qu'il démontre que Topinion des anatomistes qui veulent que le placenta résulte de la pénétration des villosités fœtales dans les glandes utriculaires, ou bien encore, que cet organe ne soit qu'une tuméfaction ou une

(1] Communiqué à VJeadémie des sciences de VlnsHM de Bologne, dans la séance du 30 novembre 1876. (Analyse faite par Taoteur; traduction de M. R. Boolart.)

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transformation des éléments préexistants de la muqueuse utérine, est erronée. Il montre, au contraire, d'une façon trèsnette, que les parties nouvelles qui s'observent dans l'utérus pendant la période de la grossesse, c'est-à-dire la caduque et le placenta, dérivent d'un processus néoformatif. Sf. Ercolani suit minutieusement, principalement chez le Rat, les phases des deux processus de destruction et de néoformation, depuis les premiers moments de la chute de l'œuf dans l'utérus jusqu'à la formation du placenta. Il décrit, chez l'Agouti, un fait qui n'a encore été observé chez aucun autre animal, celui de la présence, chez ce Rongeur, sous l'apparence d'un placenta unique et discoïde, de deux formes de placentas, nettement distinctes bien que réunies chez cet animal. L'une de ces formes est celle qui s'observe chez les Ruminants, tandis que l'autre est commune à un certain nombre d'animaux dont le placenta est unique et montre un entrecroisement délicat des vaisseaux de la mère et de ceux du fœtus.

Après avoir établi que le premier processus, qui a lieu à la surface de la muqueuse utérine, dès le début de la grossesse, est un processus de destruction, plus ou moins étendu, mais toujours indispensable à l'établissement du néoplasma placentaire, H. Ercolani démontre que ce processus, très-important et profond chez les Rongeurs, a un résultat final à la fois identique et constant, lors même que c'est l'épithélium seul de la surface interne de la cavité de l'utérus qui est attaqué ; dans un cas, comme dans l'autre, c'est la surface interne de la muqueuse utérine qui reste dénudée.

On ne connaissait pas jusqu'ici d'une manière exacte, l'origine des cellules de la caduque et du placenta ; les observations que M. Ercolani a réunies, en étudiant les premières phases du développement du placenta chez le Lapin et le Chien, démontrent que ces cellules proviennent d'une élaboration de la paroi externe des vaisseaux placentaires, qui

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8ont, enlièrement, de formation nouvelle. Ces vaisseaux sont également le résultat d'un processus néoformatif et on en trouve la preuve dans leur structure. Ils sont, en effet, revêtus d'une couche de cellules spéciales, cellules déciduates, et diffèrent complètement, comme structure, dans Tintérieur du placenta, des vaisseaux normaux de l'organisme chez les Mammifères ; quel que soit leur calibre, qu'ils soient artériels ou veineux, ils ne ][)résentent jamais, qu'une simple paroi endothéliale. C'est à cause de cela que d'illustres anatomistes ont cru que chez la femme, les parois endothéliales des vaisseaux utérins se perdaient daus la cellule de la decidua serotina.

Dans la seconde partie de son travail, H. Ercolani rappelle les récents travaux de M.Turner sur le placenta, travaux dans lesquels l'illustre anatomiste anglais confirme, sur des ani^ maux de différentes espèces, les premières observations que M. Ercolani avait faites dans les cas de placentas multiples et diflus et arrive à cette conclusion importante qu'on ne peut se faire une idée exacte du placenta qu'en le considérant comme formé de deux surfaces en rapport, l'une sécrétante et l'autre absorbante.

Le manque de cette connaissance a entraîné un des histologistes les plus remarquables, KôUiker, à considérer, à tort, comme dépourvu de placenta des animaux chez lesquels ces deux surfaces existent, et qui possèdent, par suite» un véritable placenta. La conception, physiologiquement exacte de Turner, conception qui a été émise antérieurement par M. Ercolani, peut être formulée d'une façon plus claire et tout aussi anatonûque, en donnant aux surfaces sécrétante et absorbante, la forme déterminée d'une simple villosité propre à l'une comme à l'autre de ces surfaces. Cette villosité sera absorbante dans la portion fœtale et sécrétante dans la portion maternelle. Après avoir établi que cette forme est typique et fondamentale dans tous les placentas des Mammifères,

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y compris l'espèce humaine, H. Ercolani rappelle que dans les placentas diffus les plus simples, comme celui de la Truie, on a, dans les yillosités du chorion, la forme typique précise qui est assignée aux vlllosités de la portion fœtale ou absorbante, tandis qu'on trouve, dans les grandes villosités qui se développent dans Tutérus gravide de quelques Poissons vivipares, la forme typique assignée aux villosités de la portion maternelle ou sécrétante.

Résumant, donc, les connaissances que Ton possède, tant sur les placentas diffus, que sur ceux qui sont multiples ou pluricotylédonaires, M. Ercolani démontre que les villosités maternelles ou sécrétantes en se multipliant, ou en se groupant, sur la surface interne de l'utérus, conservent leur forme typique, lors même que de leur union, résulte la formation de cryptes ou de follicules glandulaires simples, ou même, comme chez let^ Ruminants, la formation d'organes glandulaires composés. De même aussi, les villosités fœtales conservent leur forme typique ; elles sont, seulement, tantôt isolées, tantôt réunies en touffes ou même arborescentes.

Dans ces différentes formes de placenta, le rapport entre les villosités constituant les deux parties fondamentales, se réduit à celui d'un simple voisinage, et, par suite, dans toutes ces formes, la structure glandulaire est toujours claire et manifeste. La villosité sécrétante, dans les formes progressives qu'elle assume, conserve toujours celles de ces formes qui sont communes aux organes sécrétants de l'organisme.

Dans les cas où le placenta est unique^ qu'il soit do forme zonaire ou discoïde, le rapport entre les deux parties fonda* mentales ne change pas; il devient seulement plus intime par cela même que la villosité maternelle et la villosité fœtale se joignent plus étroitement Tune à Tautre. Par suite de ce rapport intime, l'anse vasculaire de la villosité fœtale perd son épitbélium, de façon à pouvoir, au contact de l'épitbélium

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de la villosité sécrétante, absorber plas facilement et plus rapidement. Dans tous les placentas uniques, on trouve donc toujours une portion sécrétante et une portion absorbante, mais leur rapport intime est un obstacle à ce qu'on discerne immédiatement la structure glandulaire, laquelle reste masquée dans ces sortes de placentas, tandis qu'elle est très-manifeste dans les placentas plus simples.

Quel que soit le mode de distribution des vaisseaux fœtaux et maternels dans Tinlérieur du placenta unique, il reste toujours, comme un fait constant, l'union intime de la villosité fœtale sans épithélium propre, avec Tépilhélium sécrétant de la villosité maternelle. Aux observations que nous venons de rapporter, M. Ërcolani ajoute celles que lui a fourni le placenta de l'Agouti, animal chez lequel ce fait se manifeste clairement.

Chez quelques Mammifères comme les Quadrumanes et l'espèce humaine, il existe une particularité intéressante dans la forme de la villosité maternelle, particularité qui consiste en une dilatation de son anse vasculaire. C'est par le moyen de cette dilatation, véritablement énorme chez la Femme, que les cellules de la villosité sécrétante, c'est-à-dire les cellules qui revêtent les vaisseaux placentaires dilatés, se mettent en contact et revêtent les villosités fœtales ; mais à part la dilatation des vaisseaux qui, chez la Femme, apparaît sous forme de lacune, le rapport de la villosité fœtale avec Tépithélium de la villosité maternelle est, dans ce cas, identique à celui qui s'observe dans les autres Mammifères possédant un placenta unique.

Après avoir suivi, avec soin, le processus de dilatation des vaisseaux placentaires de la decidua serotina chez la Femme, M. Ërcolani étudie ensuite le placenta humain arrivé à son développerTiCnt et démontre que les anatomistes n'ont pu se rendre un compte exact de sa structure, par cela même qu'ils

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ont commis deux erreurs : celle de croire que les yillosités fœtales baignent dans le sang maternel, contenu dans les lacunes, et celle de penser que répilhélium qui revêt les villosités appartient au fœtus et non à la mère.

La doctrine physiologique, universellement acceptée, que la nutrition du fœtus des Mammifères s'opère par un échange osmotique entre le sang de la mère et celui du fœtus, se rattache à l'inexactitude du fait que, chez la Femme, les villosilés, fœtales baignent dans le sang maternel, tandis qu'au contraire, elles sont séparées de celui-ci par l'enveloppe cellulaire qui forme la paroi externe des vaisseaux placentaires, comme cela s'observe facilement dans les placentas uniques des Mammifères chez lesquels l'anse vasculaire de la villosité maternelle ne subit pas de dilatation. En supposant même que ce fait fût vrai, la doctrine physiologique qu'on enseigne sur la nutrition du fœtus ne serait applicable et ne pourrait être démontrée exacte que pour les Quadrumanes et pour la Femme, chez lesquels ce fait a un semblant de vérité, mais est démenti par l'élargissement des vaisseaux.

Cela n'empêche pas que Vidée préconçue tirée d'un examen imparfait du placenta humain ait été si enracinée, qu'on enseigne encore aujourd'hui, comme une vérité générale, le processus osmotique entre les deux sangs, même pour ceux des Mammifères à placentas diffus et multiples, chez lesquels les Yillosités fœtales baignent dans un liquide spécial dont nous connaissons, chez quelques-uns d'entre eux, la composition chimique, et que les anciens désignaient sous le nom de lait utérin.

Quant à ce qui touche à la placentation, tant chez les Quadrumanes que chez la Femme, elle ne se soustrait pas à la loi générale et commune à tous Tes Mammifères dont le placenta est unique, c'est-à-dire le contact du vaisseau de la villosité absorbante avec l'épithélium de la villosité sécrélanle ; les

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formes typiques des deux parties restent les mêmes dans les Mammifères et dans l'espèce humaine. Chez tous les Mammifères aussi bien que chez la Femme, un organe élaborateur des matériaux qui servent à la nutrition du fœtus dans l'utérus de la mère, ne fait jamais défaut, qu'il ait une forme glandulaire manifeste comme dans les cas où le placenta est multiple et diffus, ou que cette forme soit, au contraire, masquée comme dans tous les cas de placentas uniques, ou bien encore que les deux formes existent réunies entre elles comme on l'observe dans l'Agouti.

Dans tous les cas, les matériaux nutritifs sont fournis par la mère, et le fœtus pourvoit aux moyens de se les approprier. À ce point de vue général, la même loi physiologique régit la nutrition des fœtus chez les ovipares, avec cette différence que dans la classe des Mammifères, les matériaux dont les fœtus ont besoin pour croître, sont fournis petit h petit par la mère, tandis que chez les ovipares, les mêmes matériaux, tout en étant également fournis aux fœtus par la mère, sont émis en masse sous forme de vitellus, dans la quantité nécessaire au développement de ces fœtus. Les formes extérieures changent, mais les lois générales et communes de la nature qui régissent la nutrition des fœtus des vertébrés ne changent pas.

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