‹ Journal de zoologieChapitre 97 sur 130 · PLACENTA DES LÉMURES · texte numérisé non relu

PLACENTA DES LÉMURES

]a corne gravide ; le chorion qui les enveloppait était intact et adhérait à la muqueuse. Une légère traction suffit pour le séparer de cette membrane et cette opération qui s'effectua sans qu'aucune partie n*ait eu à en souffrir.

Chez les trois exemplaires, la surface libre de la muqueuse utérine présentait des plis sur une partie considérable de son étendue, mais ils étaient moins proéminents que chez le Propithëque. Les plis et les sillons étaient creusés d'une multitude de cryptes.

La muqueuse, dans le tiers postérieur de Tutérus, était, pour la plus grande partie, lisse et privée de cryptes. On voyait également une autre surface libre, d'une certaine étendue, sur la muqueuse qui tapissait la corne gravide. Cette surface partait de Torifice du tube de Fallope et s'étendait dans cette corne. Dans l'exemplaire C, cette surface lisse était de forme ovoïde et mesurait un pouce sur six dixièmes de pouce. Dans les exemplaires B et D, elle était presque circulaire et avait environ un pouce de diamètre. On voyait, en outre, dans la partie plissée et crypteuse de la muqueuse, de petites aires irrégulièrement allongées, lisses, déprimées, en nombre à peu près égal à celles décrites chez le Propithèque. Ces surfaces étaient complètement dépourvues de cryptes et n'avaient pas un aspect aussi tendu et aussi chiffonné que chez ce même Propithèque. Les cryptes ressemblaient d'ailleurs, comme disposition et structure, à ceux que j'ai décrits chez le Propithèque.

La muqueuse, chez le Lemur rufipeSj par cela même qu'elle était plus mince et plus translucide que celle du Propithèque, était plus propre à l'examen des glandes utriculaires. Observée sous un faible grossissement, la surface libre de cette membrane laissait parfaitement distinguer les glandes tubulaires situées au-dessous des cryptes et moins nombreuses que ces derniers.

Quelques-unes de ces glandes étaient très-tortueuses, mais la plupart d'entre elles étaient droites ; elles se bifurquaient parfois dans leur trajet et quelques-unes donnaient naissance à de courts diverticules. Aucune de ces glandes ne s'ouvrait dans les cryptes. Celles qui étaient situées sous ces organes convergeaient vers les surfaces lisses de la muqueuse et s'ouvraient à la surface par des ouvertures annulaires. Dix. vingt et même un plus grand nombre de ces glandes, variant avec l'étendue de la surface débouchaient ainsi dans une seule aire et s'ouvraient généralement par des orifices indépendants. Quelquefois cepen-

dant, deux glandes se réunissaient avant de déboucher à la surface, et plus rarement trois de ces organes s'associaient et s'ouvraient par une seule et large ouverture. Les orifices glandulaires étaient dirigés obliquement à la surface et limités par par un repli muqueux grêle.

Les ouvertures des glandes étaient souvent disposées par groupe de cinq ou six et entre les groupes adjacents se voyaient des aires lisses, sur lesquelles on ne constatait aucune ouverture.

Des glandes droites et tortueuses se voyaient en nombre considérable sous la surface lisse de la muqueuse entourant l'ouverture utérine, sous l'aire lisse située dans le fond de la corne gravide et sous la muqueuse lisse qui tapissait la corne non gravide. Dans chacun de ces points, les glandes s'ouvraient sur la surface lisse et libre. Un grand nombre de cellules épithéliales étaient contenues dans les tubes des glandes.

Ces cellules ne formaient pas un revêtement continu, mais étaient divisées en masses distinctes. Le nombre des tubes glandulaires dans la couche la plus profonde de la muqueuse, était plus grand que près de la surface, de telle sorte que chaque tube, au moment où il s'approchait de la surface, devait avoir reçu la sécrétion d'un certain nombre des tubes situés plus profondément.

Le chorion occupait la cavité du corps de l'utérus et la corne gravide, et donnait naissance, par son p61e céphalique, à un court prolongement ayant l'apparence d'un diverticuium et qui passait dans la cavité de la corne non-gravide et l'occupait.

Ce diverticuium était mieux marqué dans l'exemplaire B, chez lequel il mesurait huit dixièmes de pouce en longueur, de telle sorte qu'on peut décrire le chorion comme s'étendant du sommet d'une corne, en passant à travers le corps de l'utérus, au sommet de l'autre corne.

L'extension du chorion dans la corne non-gravide n'a pas été constatée par M. A. Hilne Edwards dans les exemplaires qu'il a examinés, de telle sorte que, en regardant à juste titre la partie qui enveloppe l'extrémité caudale du fœtus comme un pôle, il supposait que la portion de cette membrane voisine de l'ouverture utérine, était l'autre pôle, mais, par le fait, les vrais pôles du chorion sont les extrémités situées dans les cornes utérines, tandis que la partie recouvrant la tête du fœtus n'est pas le vrai pôle mais la portion du chorion la plus voisine du museau de tanche.

La plus grande partie de la surface du chorion était couverte de sail* lies villeuses analogues à celles décrites chez le Propithèque, tandis

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qae les portions de cette membrane en contact avec les surfaces lisses de la muqueuse ne montraient aucune villosité. Ainsi, il existait au p61e caudal du chorion, dans le fond de l'utérus, une de ces surfaces lisses, tandis qu'il en existait une semblable sur cette partie du chorion qui, enveloppant la tête du fœtus, est située à Topposé de Touverture utérine. Les parties du chorion qui étaient opposées aux aires irrégulièrement allongées, lisses et placées au milieu de portions crypteuses, étaient également non-villeuses. Le chorion avait la structure qu'offre habituellement cette membrane et était recouvert d'une couche épithéliale distincte. Je n'ai pu réussir à injecter les vaisseaux ombilicaux, mais il n'est pas douteux que les villosités ne fussent trèsvasculaires, et, d'après ce que j'ai constaté chez d'autres animaux possédant des villosités diffuses sur le chorion (Truie, Jument, Orque, Narval, Dromadaire], il est aussi probable qu'un plexus capillaire se distribuait sous les parties intervilleuses de la membrane.

Le chorion de l'exemplaire G fut incisé et le sac de l'allantoïde mis à nu. Il avait 4 pouces de long et s'étendait du p61e caudal jusqu'à la tète du fœtus, mais ne passait pas dans le court diverticulum du chorion qui occupait la corne non-gravide. A l'opposé de la face abdominale du fœtus, au point où les vaisseaux ombilicaux se rendent au chorion, la paroi externe du sac de l'allantoïde se réfléchissait sur la surface interne du chorion. La membrane allantoïdienne, se réfléchissait également, le long d'une ligne opposée au dos et à la tète du fœtus, sur la surface externe de l'amnios, de façon à former la paroi interne du sac de l'allantoïde. Ce sac était ainsi divisé en deux parties presque égales, dont l'une correspondait à chacune des faces latérales de l'embryon ; mais comme la ligne de réflexion opposée à la face abdominale n*égalait pas la longueur du sac, les deux moitiés communiquaient librement entre elles sur les côtés opposés. L'amnios formait un sac bien défini entourant le fœtus; ce sac, égal en longueur à celui de l'allantoïde, ne s'étendait pas non plus dans le court diverticulum de la corne non-gravide.

Le fœtus était bien développé et mesurait entre 5 et 6 pouces de la pointe du museau à la racine de la queue. La tète, au lieu d'être placée en avant, sous le thorax, était tordue de telle sorte que la mâchoire inférieure reposait sur le dos. La queue, qui avait 4 pouces de long, était repliée sous le ventre. Les membres postérieurs étaient fléchis aux hanches, aux genoux et aux jointures des pieds. Les jointures des membres antérieurs étaient également fléchies. La peau était re* couverte de poils et les on|]es étaient développés.

366 W. TURMBR.

Lorsque j'ouvris l'utérus de Texemplaire A» je constatai que la corne non-gravide communiquait avec le corps de l'utérus à un pouce et un douzième à partir de l'ouverture utérine. Le corps de l'utérus» sur une longueur d'un demi-pouce à partir du museau de tanche, se présentait sous la forme d'un tube étroit dans lequel la muqueuse était plissée longitudinalement, comme dans l'utérus non-gravide. A partir de ce point, l'utérus se dilatait, de telle sorte que la muqueuse était moins plissée, tout en ne présentant pas de cryptes. La muqueuse qui tapis* sait la corne non-gravide était lisse et également dépourvue de cryptes.

La corne gauche gravide qui mesurait 2 pouces et tô de son sommet au corps de l'utérus, était dilatée et contenait l'œuf. Le revêtement muqueux était, dans le voisinage de la cavité utérine, lisse et dépourvu de cryptes, mais il présentait, sur la plus grande partie du reste de son étendue , des plis et des cryptes comme dans les autres exemplaires du Lemur rufipes. Il existait cependant une surface ovoïde et dépourvue de cryptes, entre l'orifice du tube de Fallope vers le fond de l'utérus. Cette surface mesurait environ 4 pouce sur son long diamètre. On voyait également au milieu des portions crypleuses de la muqueuse, d'autres aires allongées, déprimées et lisses, aires à la surface desquelles venaient s'ouvrir les bouches des glandes.

Le chorion était ovoïde. Il mesurait 4 pouce et r^ de longueur et ne s'étendait ni dans le corps de l'utérus ni dans la corne non-gravide. La plus large extrémité de l'œuf était située dans le fond de l'utérus, et la plus petite extrémité se prolongeait dans le corps de ce même organe.

La surface du chorion était presque uniformément villeuse. On remarquait cependant une petite aire lisse au pôle dirigé vers le corps de l'utérus. Une semblable surface, mais plus large, occupait également le pôle du chorion et était opposée à la surface lisse de la muqueuse qui tapissait le fond de la cavité utérins. On voyait aussi par place, des aires lisses correspondre aux parties lisses et déprimées de la muqueuse dont nous avons déjà parlé. Il est donc évident que le corps de l'utérus et la corne non*gravide ne se dilatent pas dans la première période du développement et que le chorion ne s'y développe qu'à mesure des progrès du fœtus. La portion villeuse du chorion était, dans cet exemplaire» plus grande, par rapport à la portion non-villeuse, que dans les spécimens B, C, et D.

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UxiRUS GXAYIDB D*Ilf]>EI8 EREYIGAUDATUS.

La cavité de Tutérus de Texemplaire examiné fut mise à nu par une incision pratiquée à travers sa paroi postérieure, ce qui permît de voir Touverture de la plus petite des deux cornes, ouverture qui était située à ^ de pouce du museau de tanche et dont le revêtement muqueux était plissé longitudinalement. L'ouverture de la corne dilatée était marquée par des plis comparativement plus larges, disposés transversalement autour de la plus grande partie de cette ouverture. La muqueuse qui tapissait la corne gravide présentait également des plis bien développés et des sillons intermédiaires. Ces plis étaient, pour la plupart, longitudinaux, mais ils étaient beaucoup plus tortueux, plus subdivisés et plus proéminents que ceux du corps de Tutérus.

Je n'ai pu, malheureusement, étudier Tœuf dans cet exemplaire. Sous l'action du sel dans lequel il avait été conservé, Tutérus s'était considérablement contracté et les tissus de Tœuf avaient été détruits.

ObSBIYàTIONS GÉNBBàLBS SUE LÀ PLàGBNTATION DBS LtHDEBS.

Plusieurs éminents zoologistes, qui se sont basés, pour classer les Mammifères, sur les caractères qu'offre le placenta, ont rangé les Lémures à côté des Insectivores, des Rongeurs, des Chéiroptères, des Singes et de THomme, dans le groupe des Discoplacentaires> mais aucun n'a donné, à l'exception de H. A. Hilne Edwards^ la description d'une dissection opérée sur un utérus gravide de Lémure. Se basant sur les caractères qui rapprochent les Lémures des Singes, caractères qui résident dans la présence d'incisives, de canines, de prémolaires et de molaires, dans la position des mamelles dont deux au moins occupent la région pectorale, et dans la forme du pouce et du grand doigt qui sont opposables l'un à l'autre, les zoologistes ont pensé, se fondant également sur l'analogie qui existe sous le rapport des dents molaires entre les Lémures et les Insectivores, que les premiers de ces animaux devaient, comme les Singes et les Insectivores, posséder un placenta discoïde. Les observations, que j'ai été à même de faire à cet égard, me permettent d'avancer que, non-seulement le placenta des Lémures n'est ^ pas discoïde, mais qu'on peut le regarder comme une modification du placenta zonaire.

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Les observations de M. A. Milne Edwards ODt, du reste, démontré que le placenta des Lémures n*est pas discoïde, et bien que cet anatomiste lui ait appliqué le terme de campaniforme, il ressort de ses conclusions que cet organe a des affinités avec le placenta zonaire des Carnassiers.

(jomme forme et comme structure, le placenta des Lémures est, sans aucun doute, un placenta diffus, et pour rendre cette manière de voir plus claire, j'établirai sommairement les faits qui militent en sa faveur.

a. A l'aide d'une faible traction, les saillies et les villosités du chorion peuvent être isolées des sillons et des cryptes de la muqueuse utérine, de telle sorte que les parties fœtale et maternelle du placenta peuvent être complètement séparées Tune de l'autre, comme cela a lieu chez la Truie, la Jument et les Cétacés, tandis que cela n'existe pas dans les placentas discoïdes ou dans les placentas zonaires des Carnassiers.

6. Le chorion se prolonge de l'extrémité d'une corne, à travers le corps de l'utérus, jusqu'au sommet de la corne opposée, comme cela se passe chez la Jument et les Cétacés, contrairement à ce qui a lieu chez les Phoques, où il est limité au côté de l'utérus dans lequel le fœtus s'est développé.

c. De ce que les villosités ne sont pas uniformément distribuées sur la surface entière du chorion chez les Lémures, on ne doit pas conclure que le placenta de ces Mammifères n'est pas un placenta diffus, car, chez les différents animaux à placenta diffus que j'ai examinés (Truie, Jument, Orque, Narval^ Balénoptère, Dugong et Dromadaire), je n'ai jamais remarqué que la surface entière du chorion fbt recouverte de villosités. Dans les différents genres de Lémures que j'ai été à même d'étudier, sous le rapport de leur placentation, il existe, comme cela a lieu dans les genres Lépilémure, Hapalémure et Chéirogale, décrits par H. A. Milne Edwards, à l'opposé du museau de tanche» une surface dépourvue de villosités, surface qui correspond à la partie du fœtus en présentation.

Chez la Jument, l'Orque et le Narval, j'ai également observé qu'il existait en ce point une surface libre, qui^ chez le Narval, mesurait 6 pouces dans un sens et 4 dans l'autre ; chez l'Orque et la Jument, cette surface était plus petite. Dans les exemplaires du Lemur rufipes que j'ai eus en ^ma possession, j'ai également trouvé un petit espace libre au pôle du chorion situé dans la corne utérine, mais ce caractère n'est pas spécial à ces animaux, car je l'ai retrouvé chez l'Orque, la Jument et le Narval.

PLACENTA DBS LÊÉURES. 369

(SiflE ce deroier animal, la portion du chorion qui occctpait la corne non-gravide, présentait un espace nu de 5 pouces à partir du pôle ; on pouvait même distinguer, en raison de l'irrégularité que présentaient les villosités dans leur situation, de petites places nues bien définies sur une longueur de 40 à 12 pouces, à partir du pAle, et des petites bandes, également dépourvues de villosités, qui rayonnaient sur l'extrémité du chorion logée dans la corne gravide, à 1 pouce environ du p6Ie. Ghes fat Truie, animal pluripare » les pôles du chorion sont, comme l'a fait remarquer de Baër, dépourvus de villosités ; mais j'ai remarqué^ de plus, sur un chorion que j'ai examiné, qu'il existait une petite surface non-villeuse s'étendant à partir de chacun des pôles sur une longueur de 3 pouces.

Les espaces nus, les plus petits, qui chez les Lémuriens se voient au milieu de la surface yilleuse, ne sont pas sans homologues dans les autre formes de placenta diffus. Chez le Narval, les points dépourvus de villosités qui varient comme diamètre derô^rô ^^ pouce, et sont entourés par des touffes de villosités, sont quelquefois situés sur la surface villeuse du chorion et correspondent à des points de la muqueuse utérine, lisses et dépourvus de cryptes. Chez la Jument, il existe de petites bandes lisses sur le chorion, qui sont opposées à des saillies également lisses de la muqueuse utérine. Chez le Balénoptère et le Dromadaire, j'ai constaté qu'il existait également des surfaces non-villeuses sur le chorion, mais n'ayant pas eu Tutérus de ces animaux, je n'ai pu déterminer leur rapport avec la muqueuse utérine. Dans le Dugong, on . observe, comme le fait remarquer M. Sharpey, une bande dépourvue de villosités qui se dirige longitudinalemeut le long de la concavité du chorion, et à laquelle correspond un espace nu sur la surface de la muqueuse utérine.

d. La brièveté des villosités et le peu de profondeur des cryptes situés dans la muqueuse, sont des caractères communs à tous les placentas du type diffus que j'ai examinés. C'est en raison de cette disposition particulière que la séparation des placentas fœtal et maternel peut facile ment s'effectuer.

e. La forme et la disposition des cryptes, ainsi que la distribution des vaisseaux sanguins dans leurs parois, rappellent à un tel point ce que j'ai vu chez l'Orque et le Narval, que les préparations placées côte à côte, ne se distinguent que difficilement les unes des autres.

f» Chez les Lémuriens, les glandes s'ouvrent non dans les cryptes,

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mais à la sorface des pe(itea aires liaaes ei déprimées de la maquense utérine eotoarées par les cryptes.

Chez la Traie, la Jument et quelquefois ches le Narval» les glandes ne s'ouvrent pas dans les cryptes mais l»en sur les surfaces intermédiaires de la muqueuse. Chez les Lémuriens, les ouvertures des glandes sont agglomérées sur une seule surfacOi tandis que chez la Truie et le Narval, autant que j'ai pu le constater, il ne s'ouvrait qu'une seule glande sur chaque aire lisse. Chez la Jument, les bouches des glandes s'ouvrent, à intervallesi sur les saillies qui séparent les aires crypteoses les unes des autres. La structure du placenta des Lémuriens corrobore donc les conclusions qui ont été tirées par le professeur Ercolani et par moi-même, de l'étude des différentes formes de placentas, à savoir que les cryptes qui reçoivent les villosités ne sont pas produits par une dilatation des glandes, mais sont de nouveaux organes qui se développent pendant la grossesse et proviennent de l'hypertrophie et de la plicature de la partie interglandulaire de la membrane muqueuse.

Pour faire mieux comprendre la disposition des glandes utriculaires chez les Lémuriens, je relaterai plusieurs observations que j'ai pu faire il y a quelques mois sur la muqueuse d'un utérus non-gravide du ATycticebus tardigradus. La muqueuse présentait, dans chaque corne, six plis longitudinaux distincts. Elle était aussi épaisse que la couche musculaire et était recouverte d'une couche d'épithélium en colonne. Dans la partie la plus profonde de cette muqueuse, on voyait les glandes devenir branchues et donner naissance à un nombre considérable de tubes.

Sur des sections verticales pratiquées dans l'épaisseur de la muqueuse, ces tubes se montraient coupés les uns en travers, les autres obliquement ou longitudinalement. Ces tubes ramifiés ne donnaient naissance qu'à un petit nombre de conduits glandulaires qui se dirigeaient obliquement, pour venir s'ouvrir à la surface de la muqueuse* La rareté des glandes tubulaires, près de la surface libre de la muqueuse, comparée au nombre de ces organes que présentait la partie la plus profonde de cette membrane, s'accorde avec ce que j'ai vu dans l'utérus gravide du Lemur rufipes.

Dans l'utérus de la Truie, de la Jument, de l'Orque et du Narval, un conduit glandulaire est également formé par la jonctioa de plusieurs glandes.

Chez les Lémuriens, comme aussi chez les autres Mammifères placeo-

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taires, les cryptes sont, sans aucun doute, des organes sécréteurs. L*épîthélium cylindrique qui les limite a les caractères d'un épîthélium sécréteur et le plexus capillaire» compact et sdus-épithélial, fournit une grande quantité de sang qui détermine la sécrétion. La concentration des bouches des glandes utriculaires sur des surfaces spéciales, sépare leur sécrétion de celle des cryptes. Les villosités qui pénètrent dans les cryptes sont les parties du chorion qui absorbent cette sécrétion, tandis que les sur&ces non-villeuses et lisses du chorion qui sont opposées aux aires lisses de la muqueuse, servent à absorber la sécrétion des glandes»

Ciomme le placenta chez les Lémuriens a la disposition et la structure d'un placenta difius, il est présumable qu'il est tout aussi bien nondédduate que celui des autres animaux qui possèdent la mémo forme de placenta, car la portion fœtale de cet organe chez les Lémuriens, comme celle des non-déciduates, peut se séparer de la portion maternelle sans rien entraîner de la membrane utérine. La démonstration du caractère diffus et non-déciduate du placenta des Lémuriens est chose très-importante pour la classificatiun de ces animaux. Gomme il me parait utile de dire quelques mots sur ce sujet, je rappellerai brièvement les opinions émises par les différents zoologistes sur la position que les Lémuriens doivent occuper dans la classe des Mammifères.

Linné place dans les Primates l'Homme» les Singes, les Lémuriens, et les Chéiroptères. Boddaert, en 4 785» a proposé de désigner les Singes et les Lémuriens sous le nom de Quadrumanes, pour exprimer la fonction de leurs membres. Blumenbach, en 4795, et un peu plus tard Cuvier, séparèrent les Singes et les Lémuriens de l'Homme et des Chéiroptères, et créèrent pour eux, sous le nom de Quadrumanes» un ordre distinct.

Cette classification, à part quelques variations dans le mode de subdivision de Tordre, fut adopté par Geoffroy Saint-Hilaire, Waterhouse, H. Milne-Edvards, Owen, Yrolik, Van der Hoeven et Giebel. De Blainville préféra, au contraire, conserver l'ordre des Primates, dans lequel il plaçait les Singes et les Lémuriens.

Cette classification a été adoptée, avec quelques modifications dans le mode de subdivision de Tordre, par J. E. Gray, Saint-Georges Hivart et Huxley.

Plusieurs zoologistes ont cependant jugé que les différences anatomiques qui existent entre les Singes et les Lémuriens étaient suffisantes pour que ces animaux ne fussent pas placés dans le même ordre. Eo

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4830| Wagler proposa de former avec les Singes Tordre des Simiens, et avec les Lémures celui des Lémuriens. Gratiolet sépara également les Lémures des Singes et les plaça en tête des Chéiroptères et des Insectivores. H. Paul Gervais est égllement de Topinion qu'ils doivent former un ordre distinct. H. A. Hilne-Edwards, dans le Mémoire dont nous avons déjà parlé, ajoute quelques raisons militant contre la réunion des Singes et des Lémuriens dans le même ordre» et propose de créer peureux Tordre des Lémuriens, ordre qui, suivant lui, a déplus grandes affinités avec celui des Carnivores qu'avec les Singes, les Chéiroptères et les Insectivores. Haeckel, Victor Carus et Clans, pensent que les Lémures ont des caractères aoatomiques suffisamment tranchés pour former un ordre à part, et adoptent pour désigner cet ordre le terme employé par Brisson, naturaliste qui, en 4756» avait créé pour eux Tordre des Prpsi^ miens. Haeckel et Carus regardent les Lémures comme étant le groupe le plus ancien des Mammifères disco-placentaires.

Tous ces naturalistes, à Texception de M. Â. Mil ne-Edwards, qu'ils placent ou non les Lémures dans des ordres distincts, regardent ces animaux comme ayant pour les Singes, les Inëectivores et les Ghéiroptèresy beaucoup plus d'affinités que pour les autres Mammifères.

La structure du placenta des Lémures introduit un nouvel élément dans la discussion de la position que ces animaux doivent occuper dans la classe des Mammifères. Si, comme le veulent plusieurs éminents zoologistes, la forme et la structure du placenta peuvent être prises comme guide dans la classification des Mammifères, on ne peut, plus longtemps, associer les Lémures avec ceux des ordres qui possèdent ud placenta déciduate.

Les Lémures, non-seulement en raison de la forme et de la structure de leur placenta, mais aussi à cause du grand volume que prend le sac de TallantoYde, se rapprochent beaucoup plus des Périssodactyles, des Porcins et des Cétacés, que de tout autre groupe et doivent, par conséquent, si on considère le placenta comme dominant dans la classification, être placés à côté de ceux-ci.

Il reste à se demander si les caractères tirés du placenta ont, pour la classification, une valeur supérieure à ceux fournis par les autres systèmes organiques. La même question s'est présentée, lorsque, dans le cours de mes recherches sur la placentation des Paresseux, je démontrai que, dans le Cholépus, le placenta était multilobé, discoïde et déciduate, tandis que le D. Sharpey avait constaté, antérieurement à mes re*

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cherches, que, chez le Hanis, le placenta était diffus et non déciduate, de telle sorte que» si Ton prend le placenta comme base de la classification, le Manis et le Gholépus ne peuvent être regardés plus longtemps, conmie faisant partie tous deux de Tordre des Edentés. Pour ce qui est des Lémuriens, la plupart des zoologistes seront, je crois, d'avis que les caractères des dents, la configuration générale du squelette, la forme des doigts qui sont unguiculés et celle des membres, la présence d'une fissure dans le cerveau et la position que deux des mamelles au moins occupent sur la poitrine, sont des caractères qui indiquent que les Lémures se rapprochent davantage des ordres de Mammifères avec lesquels on a coutume de les associer, que des Périssodactyles, des Porcins et des Cétacés. Pour moi, ces caractères envisagés collectivement doi-» vent être regardés comme plus importants dans la recherche des afGni» tés, que la présence chez les Lémures d'un placenta diffus non-déciduate, pourvu d'un vaste allantoYde, caractères indiquant qu'il existe entre eux, les Singes et les Insectivores, des différences anatomiques, bien que chez ces derniers le placenta soit déciduate et discoïde, et que l'allântoYde avorte.

Bien que je sois d'avis que les affinités générales des Lémures sont telles qu'on peut les laisser avec les Singes et les Insectivores, je crois cependant, d'un autre côté, que la présence chez ces animaux d'un placenta diffus et non-déciduate, est un caractère suffisant pour créer pour eux un ordre à part. Je partage donc la manière de voir des zoologistes qui séparent les Lémures des Singes et, aux caractères distinctifs tirés des dents du squelette, etc., j'ajoute ceux fournis par le placenta et les membranes fœtales.

En résumé, ce n'est pas sans intérêt qu'on constate combien le caractère du placenta des Lémures bat en brèche la théorie d'Haeckel qui veut que les Prosimiens soient les animaux dont seraient descendus les différents ordres de Mammifères à placenta déciduate.

En construisant sa généalogie des Mammifères, Haeckel, tout en reconnaissant qu'il est difficile de résoudre la question, penche à croire que les Mammifères placentaires se sont, à l'origine, séparés en deux groupes : celui des adéciduates ounon-déciduateset celui des déciduates.

Les adéciduates ont,* pour lui, donné naissance aux Ongulés et aux Cétacés, avec leur placenta diffus ou cotylédonaire, tandis que des deciduates seraient descendus les Insectivores, les Carnivores, les Chéiroptères, les Rongeurs, les Hyracoidiens, les Proboscidiens, les Lémures,

les Singes et rHomme, avec ud placenta zonaire ou discoïde, en même temps que les Prosimiens, dont les Lémures sont aujourd'hui les représentants et les descendants, seraient la forme primordiale commune i tous les déciduates.

Le principe qui a guidé Haeckel dans la construction de sa généalogie des Mammifères, Ta forcé à admettre que les Lémures possèdent un placenta déciduate, de telle sorte qu'ils pussent être considérés comme le groupe ayant donné naissance aux Mammifères déciduates. Mais j'ai montré que, chez ces animaux, le placenta est diCTus et non-déciduate, et, par conséquent, les Lémures doivent être placés dans le groupe des adéciduates; par conséquent, aussi, la théorie d'Haeckel qui veut que les déciduates et les adéciduates aient eu une origine distincte, ne se trouve pas justifiée.

Quoi qu'il en soit, il me semble que les conditions de la théorie de la descendance, en tant qu'elles sont basées sur la considération des caractères placentaires, offrent plus de poids lorsqu'elles s'appuient plutôt sur la supposition que le placenta déciduate provient du placenta adéciduate, que sur l'hypothèse d'une séparation abrupte de ces deux formes de placenta. Personne ne mettra en doute, je l'espère, que le placenta diffus est la forme la plus simple et que la distribution des villosités à la surface du chorion se rapproche beaucoup de la disposition embryonnaire primordiale, tandis que le placenta discoTde est celui qui s'éloigne le plus du chorion villeux et diffus de l'embryon primordial. Le placenta de forme discoïde est non-seulement concentré sur une surface limitée, mais sa structure intime est encore beaucoup plus compliquée, car la diminution dans la proportion relative de la surface du chorion, nuisant à la fonction du placenta, a rendu nécessaire la complication dans la fbrme des villosités et dans la plicature de la muqueuse utérine correspondant à la surface placentaire. Il me semble donc plus logique d'admettre que le placenta complexe dérive du simple, que de supposer, comme le veut Haeckel, que l'un et l'autre proviennent d'une sous-classe de Mammifères non-placentaires.

J'ai rapporté ailleurs des observations, sur la structure du placenta, qui montrent que la ligne de démarcation entre les adéciduates et les déciduates, n'est pas aussi tranchée qu'on veut bien le supposer et que ces deux formes de placentas passent de l'une à l'autre par une disposition intermédiaire, celle du placenta difltis, chez lequel aucune portion du tissu maternel ne se détache pendant la parturition conduisant aux pla-

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