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Journal des campagnes du Baron Percy

naquit à Montagney-lez-Pesmes (1) le 28 octobre 1754 (2). Son père, Claude Percy, était originaire du village de Parcey (3); il

exerçait à Montagney les humbles fonctions de chirurgien; la

maison qu il habitait existe encore et une inscription gravée sur une plaque de marbre la signale à l'attention des passants (4). Suivant certains auteurs, les Percy seraient venus en France à la suite des Stuarts; mais cette assertion ne repose que sur une

plaisanterie du duc de Northumberland appelant, sous la Res-

tauralion, l’ancien chirurgien en chef des armées de Napoléon mon cousin Percy, car les registres paroïssiaux de Parcey nous

(1) Village du département de la Haute-Saône, arrondissement de Gray.

(2) « Pierre-Frantois, fils du s° Claude Percy et de damoiselle Anne Gaillemin, a été baptisé le vingt-huit 8?" de l'an mil sept cens cinquantequatre. Le parrain a été Pierre-François Fouillot, la marraine, Jeanne Jannerot, illitérée. » Signé : « J.-B. Pxor, prêtre curé de Montagney, P. Fou:icor. » (Archives communales de Montagney.)

(3) Village du département du Jura, arrondissement de Dole.

(4) Cette plaque de marbre a été posée par les soins de la municipalité

- de Montagney en 1896. L'inscription qu’elle porte est la suivante :

DANS CETTE MAISON EST NÉ LE 28 OCTOBRE 1754 PIERRE-FRANÇOIS PERCY BARON DE L'EMPIRE CHIRURGIEN EN CHEF DES ARMÉES FRANÇAISES MEMBRE DE L'INSTITUT

La maison natale du baron Percy appartient actuellement à l’auteur de cette notice.

apprennent que le trisaieul de celui-ci prit femme en Franche-

Comté douze ans avant que Jacques IT abandonnät l'Angleterre,

et l'éminent académicien eût été le premier à en sourire, lui qui avait écrit : « Les savants n’ont pas besoin d’ancêtres; ils appartiennent à l'univers (1). »

La situation de fortune de Claude Percy était modeste. De son mariage avec la fille d'un cultivateur de Montagney il eut dix enfants, dont cinq moururent en bas âge. Pierre-Francois était le sixième enfant de l’'honnête chirurgien. Son enfance s'écoula tout entière au village, et il y prit cet amour des champs qui ne le quitta jamais. Rien de plus riant d'ailleurs que le cadre de ses premières années. De l'enclos paternel il pouvait voir l'Ognon serpenter dans une prairie entourée de grands bois; sur les coteaux, la vigne alternait avec le blé, le sarrasin, le maïs; la

terre était fertile et d'abondantes récoltes payaient les peines du

vigneron et du laboureur.

Les heureuses dispositions que le jeune Pierre-François mon-

trait décidèrent ses parents à l'envoyer à Besançon avec son frère aîné; sa mère et la plus âgée de ses sœurs vinrent à tour de rôle s'établir dans cette ville, où il suivit comme externe les cours du collège royal. Ses humanités achevées, sa famille songea pour lui au corps du génie, et il parut destiné à porter l’habit gris à parements et retroussis de velours noir des ingénieurs militaires, mais les mathématiques n'étaient point son

fait; la capitale de la Franche-Comté comptait parmi les membres …

de son Université des médecins distingués, et la chirurgie ne tarda pas à attirer les regards de l'adolescent. Il eut à vaincre sur ce point la répugnance de son père : ancien chirurgien-major du régiment de Tallard-infanterie, Claude Percy s'était retiré mécontent du service, et on l'avait souvent entendu dire qu'il aimerait mieux étrangler ses enfants que de les voir embrasser une carrière qui lui avait valu de nombreux déboires. Recon-

naissant néanmoins dans les instances de son fils l'indice d’une:

(1) Éloge historique d'Anuce Foës, p. 47.

INTRODUGTION Li

vocation sérieuse, le vieux praticien finit par le laisser libre de | suivre son penchant. Pierre-l'rançois répondit à la conliance paternelle en redoublant d'ardeur au travail, et sa connaissance … de l'anatomie lui valut bientôt d'être nommé prévôt de salle; si - rapides furent ses progrès, si nombreuses les couronnes qu'il . remporta dans les concours ouverts par la Faculté de médecine, qu'en 1775 il fut admis presque gratuitement aux épreuves du doctorat. ù Trop sensé pour s’abuser sur l'étendue de ses connaissances, … le jeune docteur résolut de se rendre à Paris afin d’y compléter ses études. C'était l’époque où, sous l'impulsion de savants de premier ordre, le chirurgie se relevait du discrédit dans lequel … elle avait longtemps langui. Lorsque, en 1749, le célèbre Louis avait, comme on disait alors, passé son acte dans la langue de . Cicéron, un gazelier s'était écrié : « Tout est perdu, on parle le latin à Saint-Côme! » À quoi Louis XV, qui venait de parcourir la thèse en question, avait finement répondu : « Et qui pis est, on le comprend. » D'importants travaux paraïissaient sous les aus- pices de l’Académie royale de chirurgie. Secrétaire de ce corps . depuis 1764, Louis jouissait de la plus grande considération … dans le monde scientifique, et lui être recommandé fut une vraie - bonne fortune pour Percy. L'ancien chirurgien en chef des * armées du roi devina-t-il un successeur dans le jeune homme qu en lui présentait? Rien n'est moins probable ; mais ce qui est # certain, c'est que, séduit par l'application et l'ouverture d'esprit du studieux Franc-Comtois, il s’interessa à ses recherches et se manifesta bientôt l'intention de lui prêter l'appui que lui-même avait recu à ses débuts de La Peyronnie.

Le séjour de Pierre-Francois à Paris dura peu, car, pour ne pas Gtre à charge à sa famille, il s'engagea dans la gendarmerie de France et fut nommé, en 1776, aide-major à la compagnie éco:saise. Cette compagnie tenait garnison à Lunéville : le roi Sta- - nislas n'etait plus; mais les jlaisirs dont sa petite cour avait été pie théâtre lui survivaient, et on pouvait craindre que le jeune aide-major ne cédàt à l'attrait des distractions mondaines, I

n’en fut rien : soutenu par une force de volonté peu commune, Percy ne songea qu'à étendre le champ de ses connaissances et jamais loisirs ne furent mieux employés que les siens. Il suivit les lecons du célèbre Lafosse, hippiâtre en chef du régiment (1). La gendarmerie de France lui dut l'invention d'une culotte antiherniaire dont elle fit usage avec succès. Une heureuse opération appela sur lui l'attention de l’Académie royale de chirurgie en prouvant la possibilité de la reproduction du maxillaire inférieur ou du moins d’une substance solide en tenant lieu. Il fit à cette compagnie diverses communications sur l'emploi du quinquina en poudre dans le traitement des bubons vénériens, sur l'engorgement des glandes du cou observé dans l'épidémie de 1780, etc. Enfin il profita du voisinage des Vosges pour étudier les procédés qu'une famille patriarcale du Val d’Ajol suivait dans la réduction des fractures et des luxations, et ne craïgnit pas de rendre hommage à la dextérité d'hommes que la médecine officielle traitait avec dédain de vulgaires rebouteurs. Entre temps, il avait publié deux brochures, l’une contre les pilules qu'un charlatan du pays débitait sous le nom de grains de vie; l'autre contre un médiocre ouvrage sur l’art des accouchements qui, chose curieuse, avait valu à son auteur un des plus hauts postes de la chirurgie militaire.

Au mois d'août 1782, Percy fut nommé chirurgien-major au régiment de Berry-cavalerie et quitta Lunéville pour se rendre à. Béthune. Dans cette dernière ville, il retrouva un de ses frères, religieux bernardin, attaché à son corps en qualité d’aumônier. Pour qui connaît sa nature affectueuse, il n'est pas douteux que cette circonstance ajouta à la joie que son avancement lui causait; entre les deux frères l'entente était parfaite et, bien des années après la mort du compagnon des jeux de son enfance, le grand chirurgien ne taira pas son émotion en retrouvant à l'abbaye d'Oliva des religieux de l'ordre de Saint-Bernard. Son pre-

(1) Peu d'années auparavant, Lafosse avait fait paraître la seconde édition de son Cours d'hippiatrique, superbe in-folio, orné d’un portrait et de 56 grandes planches hors texte.

ne mier Soin, après avoir pris possession de son poste, fut de se

nés Là A

iv rer à des recherches sur le site, l'air, l'eau et les conditions

oir été son livre de chevet (2).

- Le régiment de Berry-cavalerie ayant été envoyé en garnison à Strasbourg, le jeune chirurgien-major trouva dans la capifale de l'Alsace des ressources de toute sorte; la bibliothèque | publique et les bibliothèques particulières lui permirent de com- pléter son instruction et, par des lectures multipliées, il acquit - une érudition qui le mit à même de traiter avec une indiscutable compétence les sujets les plus divers. En 1783, il crut devoir

# un nouveau genre qu'il avait tentée, ef ce corps savant lui némoire lui valut, l’année suivante, les éloges Les plus flatteurs. …« Vous êtes au-dessus d’une petite médaille, lui écrivit Louis le LE février 1784; je vous proposerai pour correspondant et j'au-

: vos talents. » Et, le mettant en garde contre la défiance de po l'éminent chirurgien Rss & pe SR

( ù D pan à un de ses compatriotes un mémoire couronné par la ciété des sciences, belles-lettres et arts de Mäcon, Perey lui écrivait, le eptembre 1813 : « Peut-être serez-vous surpris d'y lire tant de traits de l'Ecriture sainte ; mais appr enez que la Bible fut de tout temps livre familier et que j'y ai puisé tout ce qu ‘il y a de plus pur et de © nsolant dans le peu d'instruction que j'ai pu acquérir dans ma vie: »

et

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