‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 105 sur 293 · CHIRURGIENS RUSSES · texte numérisé non relu

CHIRURGIENS RUSSES

carabiniers ont passé ce matin; on attend les grenadiers d'Oudinot et on assure que le maréchal Lefebvre marche à grandes journées avec trente mille hommes, tant Francais que Polonais.

J'ai reçu huit chirurgiens russes, un chirurgien-major prussien et deux popes, les uns et les autres ayant bonne mine et parlant tous latin et allemand. Je les ai conduits à l’église, où sont réunis les blessés de leur nalion ; ils ont reculé d’effroi et de répugnance en entrant dans ce lieu enfumé, infeet et encombré de corps tant morts que vivants. Voyant qu’ils hésitaient, je les ai menacés et consignés à la garde du poste, ce qui les a fort humiliés ; mais, comme il faut avoir des amis Jusque parmi les Russes, je me suis adouci et leur ai procuré trente livres de pain et une pinte de schnick, ce qui, en leur prouvant l’inlérêt que je prenais à eux, leur donnait un peu plus de courage. Mais ils n'ont pas rempli mon attente : à peine ont-ils épuisé le linge et les étoupes que je leur avais procurés, qu'ils se sont retirés dans une chambre, dont on venait d’évacuer les blessés, et s’y sont occupés de s’y loger et nourrir; je leur ai donné vingt-cinq livres du beau bœuf que j'ai fait abattre hier et que notre sous-aide Poté m'avait ramené des environs d’Eylau.

Par forme de distraction et en aîtendant la soupe, j'ai cousu des pièces de gros drap blanc à une paire de chausselles de laine grise dont le talon était usé. J’ai envoyé nos jeunes gens à la picorée ; ils ont rapporté du sucre, du café, du pain blanc, et je me suis procuré une pièce de bon via blanc découverte par hasard depuis une heure ou deux ; il ne me fallait pas moins que cette précieuse trouvaille pour me réfociller et donuer du cœur à tous mes collaborateurs abattus. Le soleil a été chaud et brillant aujourd’hui; plus de vent; il gèle ce soir.

… Demain je ferai enterrer quelques centaines de cadavres épars dans la ville. Il est parti à pied près de deux cents

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Russes, ce qui a donné du large à ceux de Péglise. Nous avons nourri vingt-cinq de ces malheureux dans une grange voisine, d’où aucun ne peut sortir pour aller chercher sa vie. C’est une chose effrayante que cette église où sont les Russes : on en a encore retiré dix cadavres ce soir. On nettoie un peu les rues, c’est-à-dire qu’on en ôte les corps qui gênent le plus. Encore quelques jours, et ce sera un cloaque affreux, un foyer pestilentiel; j'en ai fait avertir Sa Majesté. Partout des excréments, du fumier, des ventres de bestiaux, des chevaux écrasés, des débris pourris ct infects ; chaque maison oxhale l’odeur de la gangrène ; on sent l'hôpital dans toutes les rues. Nos chirurgiens se dévouent avec un zèle au-dessus de tout éloge ; on gémit de ne pouvoir secourir plus efficacement les pauvres blessés.

L’ambulance de la division Dupont, où est Vanderbach, a élé brülée la nuit dernière : voitures, chevaux, effets, caisses d'instruments, de charpie, lout a péri ; dix militaires ont perdu la vie et soixante chevaux ont été grillés dans l'incendie qui, d’une maison en feu, a gagné la grange où tous les hommes et animaux étaient retirés. Le lendemain, on nous à volé, devant un corps de garde, une de nos charreltes, sur laquelle étaient une pièce de vin, deux « barils de charpie et beaucoup d’autres effets.

13. — Le dégel a fait de grands progrès; la neige a déjà disparu en partie ; il fait un vent doux et le ciel est très couvert. La puanteur de la ville augmente d’une manière effrayante. J’ai mal dormi à cause du vent qui a élé très violent.

Ce matin, on a attelé quelques Russes après des {raineaux pour relirer le reste des morts; ces malheureux sont exténués et ressemblent eux-mêmes à des cadavres ; il eût été plus simple de se servir des chevaux qui vaguent autour de la ville et dont deux eussent fait plus de besogne

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