Il à fait un vent épouvantable pendant la nuit et
le froid à été très piquant. Nous avions suspendu une oie - pesant plus de vingt livres hors de notre croisée ; ce malin, elle n’y était plus; le vent ou nos brigands l'avaient enlevée et Je ne pourrai de longtemps réparer celte perte. J'ai - médiocrement dormi. Après avoir pris une soupe de campagne, je suis allé faire ma tournée dans la ville. Sa - Majesté a ordonné que tous les blessés en fussent évacués - dans la journée sur Heilsberg, à sept lieues d'ici, où M. Boudet, pharmacien principal du 3° corps, présent
sur les lieux, m'a mandé qu’on pouvait en placer quinze cents dans le château seulement ; déjà il y a quatre cents lits dans ce château. L'Empereur nous a fait procurer seize grands caissons et plus de soixante traineaux, sur lesquels on à chargé un peu à la hâte quatre cent quatrevingt-quatorze blessés, dont plusieurs amputés et malheureux affectés de fractures. Cette évacuation devait être terminée à midi. J’ai pris vingt Russes prisonniers et valides pour faire porter les blessés sur les moyens de transport. C'était un spectacle déchirant : il n’y a point eu de paille; à peine a-t-on pu trouver,un peu de litière pour mettre sous ces pauvres gens qui, selon un propos faussement attribué à Sa Majesté, devaient être chargés au nombre de dix sur chaque caisson découvert. Cet entassement n’a pas même élé possible et jamais je n’eusse consenti à my prêter. Le cœur me saignait lorsque je voyais élever sur une échelle ces infortunés, par-dessus les parois du caisson, pour les déposer presque à nu sur les planches : cela ressemblait presque au supplice de la roue. Je n'ai pas épargné à nos blessés partants les plumons ni Îles oreillers : s’ils voyagent durement, ils n’auront pas froid; on leur a donné du bouillon et huit de nos chirurgiens ont accompagné la colonne que formaient les caissons et les traîineaux. Sa Majesté, voyant par sa fenêtre passer, vers. les trois heures, quelques traîneaux vides, a crié, disant qu’on n'avait pas assez activé les évacuations et a donné des ordres pour qu’on en reprit le cours. Malgré Pétat de. fatique et d'épuisement où se trouvent nos chirurgiens, ils ont repris la triste corvée qu'ils avaient interrompue; mais cela n’a pas empêché qu’il ne restât encore dans la ville près de quatre cent cinquante blessés, qui sans doule auront leur tour demain. Quand tous seront partis, que fera-t-on de ceux des villages à une, deux ou trois lieues d’'Eylau ?
Tout annonce qu'il y aura bientôt un mouvement : les"