‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 107 sur 293 · L'EMPEREUR DONNE SES VOITURES · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR DONNE SES VOITURES

qu'ils ont fournies dans la journée qu’on a évacué hier et aujourd'hui environ six cents blessés et qu'il en reste encore cinq cents dans la ville ; qu'on a fait trois cents amputalions; qu’il y a eu environ cinq cents fractures comminulives et deux cents blessures graves, à la tête, au basventre ou à la poitrine, soit par l'effet des armes à feu, soit par celui du sabre et de la lame.

M. Poté n’a ramené des environs deux bœufs vivants, dont un sera donné demain aux Russes. J'ai réuni dans une même chambre huit officiers de cette armée, parmi lesquels est un major : M. le grand-écuyer me les à fort recommandés et déjà je leur avais rendu toutes sorles de services.

Sa Majesté, causant avec M. le maréchal Soult, a loué avec une sorte d'enthousiasme la conduite des chirurgiens, qu'il a qualifiés d'êtres. …

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Ces derniers mots terminent le deuxième cahier du Journal de la Campagne de 1807 : le cahier numéro 3 est malheureusement perdu, la narration ne recommençant avec le cahier numéro 4 que par la suite de la journée du 21 février. Il y aurait donc une lacune absolue du 17 au 21, si M. le médecin principal Dionis du Séjour, bibliothécaire du Comité technique de Santé n’avait bien voulu faire connaitre au médecin inspecteur général Dujardin-Beaumelz que la Bibliothèque nationale possédait un extrait du Journal des campagnes relatif à la bataille d'Eylau. On y trouve, en effet, aux « Manuscrits français » sous le numéro 12315, un manuscrit original de 18 feuillets in-4, sans nom d'auteur, coté comme apparnant à M. Monteil et acquis le 3 mai 1837 par l'État. Il est intitulé : Notice chirurgicale sur la balaille de Preuss-Eylau. V’auteur présente cette nolice comme « extraite du journal que M. le baron Percy tenait exactement et que son amitié pour nous a bien voulu nous confier. »

On ne saurait douter que cet auteur anonyme ne soit Laurent, neveu et collaborateur du baron Percy, qui a publié, en 1827,

l’histoire de sa vie et de ses ouvrages. Elle commence, en effet, par

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ces mots : « Nous avons fait voir dans le dernier numéro de nos

Annales, à l'article Jubilé militaire combien la chirurgie des armées prussiennes a été honorée en la personne de M. Goercke, à l’époque où ce respectable vieillard venait d'accomplir sa cinquantième année de service ... » Si l’on veut bien se reporter aux pages 184-190 du quatrième volume des Annales des faits et des sciences mililaires, Paris, 1819, on y verra que l’article sur le Jubilé militaire du chirurgien général Goercke porte la signature de Laurent. La page de titre du volume mentionne Percy au nombre des collaboraleurs à [a rédaction des Annales, ce qui achève de donner une authenticité absolue à la notice que Laurent se proposait de publier dans le cinquième volume de ce recueil. Elle porte à la fois sur des extraits du deuxième, du troisième et du quatrième cahiers : nous croyons devoir suppléer, autant que faire se peut, à la perte du lroisième en reproduisant ici ce que nous en a conservé Laurent dans le manuscrit 12315 de la Bibliothèque nationale resté inédit.

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« Content du zèle et des efforts des chirurgiens, l'Empereur en fit témoigner par écrit sa satisfaction à M. le baron Percy, et le chargea de dire à ses collaborateurs qu'il avait trouvé tout en eux, courage, bravoure, zèle, dévouement, et par-dessus fout patience et résignation; qu’il pensait plus sérieusement que jamais à avoir une chirurgie bien organisée dans ses armées, et qu'il était disposé à accueillir tous les plans et projets qu’on pouvait lui présenter à ce sujet. Jamais circonstance n’avait peut-être été plus favorable pour apprécier la nécessité d’avoir beaucoup de bons chirurgiens. Ce sont eux qui ont presque tout fait à celte armée. Rien ne leur coûtait, rien ne les arrêtait pour mieux remplir leurs devoirs. Ils ont porté les blessés, se sont occupés de la paille, des vivres et leur ont souvent fait du bouillon. Enfin on peut dire que c’était parmi eux que l’humanité éperdue, que la pitié étouffée par

Pégoïsme et les privations personnelles semblaient s’être

retirées. Et pendant qu’ils s’efforcaient de consoler, de

secourir les infortunés auxquels, depuis leur blessure, ils tenaient lieu de parents, d’amis, de camarades, on leur volait leurs chevaux, leurs bagages, et jusqu’à leurs chapeaux.

L’évacuation se continua jusqu’au 17. On ne laissa que soixante blessés dans la ville d’Eylau et cinquante au château de Molwitz, parce que la gravité de leurs blessures ne permellait pas qu'on pût les transporter. Ils furent recommandés aux chirurgiens russes et prussiens. L'armée se retira sur Thorn.

« Arrivés à Landsberg, on trouva la ville pleine de blessés qu'il fallut évacuer. L'Empereur mit ses voitures à la disposition de M. Percy, ainsi que toutes celles qui passaient sur la route. On fit de suite charger les blessés dans les carrosses des officiers généraux et dans les voitures des cantiniers, et, malgré celte mesure violente, on ne parvint à en faire partir que deux cent cinquante. Il en sera resté à peu près le double.

« L'armée était presque entièrement affectée de la diarrhée, qu'on pouvait attribuer au froid des pieds, à l'usage de l’eau de neige, à l'abus de la viande, surtout de celle de cochon. Mais on ne pouvait rien proposer ni faire à des hommes qui manquaient de tout, qui cher-

chaient leur subsistance et se gorgeaient de pommes de

terre, lorsqu'ils en trouvaient, et qui restaient quelquefois vingt-quatre heures sans prendre autre chose que de l'eau des ravines ou des étangs. Il est mort quelques blessés sur les chariots et caissons; on en a versé dans la boue et dans l’eau, et l’on n'avait rien pour les sécher et nourrir.

« Arrivés à Liebstadt, les blessés les plus graves furent

pansés, et M. Percy lui même s’est occupé de leur distri-.

buer un pelit verre d’eau-de-vie et du pain en abondance, qu'ils dévoraient, bien qu’il fût de la plus détestable qua-

lité ; à chaque convoi de quinze voilures se trouvait un.

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