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FIÉVREUX ET DIARRHÉIQUES 185
- chirurgien qui était occupé d'aller lui-même chercher le . pain pour les malades, n'ayant point de servants avec lui, - etles voituriers ne pouvant quitter leurs chevaux. Le pas- - sage de ous ces infortunés qui n’avaient pu être pansés depuis plusieurs jours laissait une longue trace d’odeur - cadavéreuse. Chacun les regardait et personne ne Jeur «offrait ni secours, ni consolation. On avait seulement Pair de les plaindre. Quelques amis ou camarades ont fait cuire - des pommes de terre qu’ils leur ont distribuées. I] passait “une multitude d’hommes ayant la fièvre ou la diarrhée. Ils élaient maigres et si débiles qu’on ne conçoit pas com- -ment ils pouvaient marcher. Ils étaient hâves, ridés, jaunes, couverts de boutons et d’un aspect qui faisait peine. Trois cent cinquante blessés sont restés à Lands- - berg, faute de voitures pour les transporter. On à laissé - avec eux {rois chirurgiens... »
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…. Suite du 21. — ... Je le console, lui donne un peu l'eau-de-vie et de pain, et recommande à ses camarades “de faire entrer sous un hangar le chariot. Un capitaine était sous ce hangar ou dans cette écurie; il venait d’arriver dans un traîneau qu'il n’a pas encore quitté depuis qu'il a été opéré; il y est couché sur la plume et couvert de plumons, ayant eu la jambe emportée par un boulet; un chirurgien, n'ayant pu se procurer des instruments pour Pamputation, avait enlevé les lambeaux et les esquilles “avec un simple bistouri. Bientôt après la caisse à amputalions vint et on lui fit celle de la cuisse. Ce brave officier est bien; il a de la sécurité, du courage; il quérira. Je lui ai donné la moitié d’une poule bouillie, un peu de pain blanc et une bouteille de vin blanc; il sera demain à Osterode, où je le panserai. | … On traverse presque en partant de ce village, pour aller à Osterode, une superbe forêt de sapins qui représentent
des colonnades sans fin; la route est belle, large et, à ce qu’il paraît, entretenue; mais la neige, le verglas, le passage de beaucoup de chevaux et de voitures l’ont rendue presque impraticable. Nos chevaux sont tombés vingt fois : les pieds leur manquent à chaque pas; ils font des écarts et des glissades qui les fatiguent autant qu'ils tourmentent ct affligent ceux qui en sont témoins. La forêt a trois lieues et demie de long : quel supplice! On rencontre très souvent des chevanx mourant d’inanition ou s’étant cassé une jambe en tombant; ils respirent encore, et on leur passe sur les jambes avec les voitures, qui les écrasent, sans tuer tout à fait ces pauvres animaux. Enfin on sort du bois. Alors on aperçoit Osterode. Le vent est insupportable ; il déplace la neige et couvre les chemins. Notre cocher n'ayant pas reconnu la route, il nous a versés dans un fossé comblé de neige, et notre chute a été très douce, mais très
froide; nous sommes tombés à gauche, moi sur mon
neveu, et sans sortir de la voiture, que nous avons évacuée comme nous avons pu; elle a été relevée sans peine et sans dommage; on y a remis les paquets, et nous nous sommes acheminés vers Osterode. Un de nos chirurgiens était à la porte de la ville pour nous mener à notre loge ment, que M. le grand-écuyer, à ce qu’il nous a dit, nous
disputait. Il nous est pourtant resté; on l’a bien nettoyé du
fumier et des ordures dont il était plein; cinq bonnes bottes de foin y étaient déjà réunies; le poêle était chaud ; tout cela m’a délassé et réjoui. Nous avons fait fondre deux
grosses tablettes de bouillon, que mon hôte de Varsovie «
m'avait données, dans un grand pot d’eau bouillante :
j'ai trouvé cette soupe bonne et savoureuse. On a étendu
la paille, mes draps dessus, ma couverture, etc., et je me
suis couché en remerciant le ciel de m’avoir secouru et
protégé jusqu’à ce jour et en faisant de tristes réflexions sur noire position.
Se te 7 de
ARRIVÉE A OSTERODE 187 22. — Quoique couché sur un peu de paille qui m'a
préservé à peine de l’humidité excrémentielle d’un plancher souillé par les ordures et immondices de cent prisonnicrs russes, j'ai dormi passab'ement. Le vent a soufflé toute la nuit; il dégèle; ce contraste subit fait beaucoup de mal.
Je me suis rendu dans les trois maisons dites hôpitaux :
quels hôpitaux, grand Dieu! On y donnera du pain bis aux
blessés avec un peu de bouillon fait au galop; j'ai exigé qu’il y en eût toujours une chaudronnée de bien chaud, pour en distribuer aux blessés dont les convois défilent sans cesse devant la maison où lon fait la cuisine; cette
“lasse de bouillon les réchauffe, les console, leur fait voir
qu'on a pensé à eux. La plupart des chirurgiens affectés aux convois se sont industriés et ont procuré à leurs blessés du feu, un asile et du bouillon qu'ils ont fait euxmêmes ; le jeune sous-aide Lecat s’est particulièrement distingué par ses soins généreux et humains. La route est si glissante que les voitures ne peuvent arriver que séparées les unes des autres. Il n’est point de pain en ville, ni pour les blessés qui passent, ni pour personne; on en promet pour ce soir, mais en attendant on crie la faim et chacun souffre. On va établir vingt fours par ordre de Sa Majesté, qui doit rester quelque temps dans cette misérable ville d'Osterode, déjà tant de fois pillée et repillée. Je m'estime heureux d’y avoir un logement. Nous avons mis nos chevaux dans une chambre inhabitable à cause de la fumée; nous sommes assez bien, excepté qu’il n’y a ni loin, ni paille, ni pain, ni viande, rien enfin.
J'ai vu et fait panser plusieurs blessés, tels que le lieutenant-colonel Legrand, qui n’a pas quitté son chariot depuis la bataille du 8 : il a une fracture de la partie moyenne de la cuisse droite, sans déplacement, par un éclat d'obus qui a frappé la partie supérieure et latérale de celle cuisse sans produire autre chose que trois petites plaies; ce blessé va très bien. J’ai fait panser le capitaine
amputé de la cuisse que j'ai rencontré hier sur son trai- » neau; son moignon va bien; c'est le chirurgien-major « Lampet qui Pa opéré. Un certain aide-major avait voulu désarliculer le pied et avec une mauvaise scie avait scié les os à travers les lambeaux d’une jambe que le boulet avait emportée : il à fallu, pour sauver ce brave officier qui avait déjà tant souffert, lui amputer la cuisse le même jour ou le lendemain. Cet aide-major est un détestable chirurgien et un sujet à chasser pour son immoralité.
Il pleut; il tombe une neige fondue qui est glacée; le … dégel va grand Irain. On a essayé de faire emplette de riz, sucre, Café, elc.; on en vend chez un épicier dont la boutique er étomiitée ASIE dont la moilié ne paye pas.
On a eu à force d’importunités deux livres de sucre candi, qui a coûté près de cinq francs Ja livre; le riz a coûlé quatre francs et le café plus de huit. On se croit encore heureux quand on a pu, à force d'argent, se pro= curer un peu de ces denrées. è
Nos jeunes gens arrivent successivement, tout mouillés, « {ransis, m'annonçant que les convois auxquels je les ai attachés passaient ou allaient passer, ou qu’ils les avaient. perdus. Ceux-ci sont mal reçus : je les menace de destitution et les force à retourner sur leurs pas, jusqu’à ce qu'ils aient retrouvé leurs voitures. Ils ont bien du mal, ces bons jeunes gens, et il m’en coûte infiniment quand je. suis réduit à les brusquer. Je retiens beaucoup de chirurgiens près de moi et ai fait avertir ceux qui sont dispersés dans les villes d'étape, d’ici à Thorn, qu'en cas de déplacement du quartier général pour tout autre endroit que pour celte ville il fallait ‘qu ils se repliassent de bonne … heure sur moi. |
M. d'Albavie est parti après diner avec une instruction de moi très détaillée sur ce qui concerne le service de” TFhorn et de Varsovie, où il se rend.