‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 114 sur 293 · OFFICIERS BLESSÉS · texte numérisé non relu

OFFICIERS BLESSÉS

complais pouvoir jouir de quelques jours de repos, et voilà qu’il faut retourner dans la boue, la malpropreté, ia vermine, la faim et la détresse. Il n’y à rien à Osterode:; on s’y arrache des pommes de terre et le pain n'y est plus connu. Nous emporterons des vivres et ferons comme nous pourrons. Mes collaborateurs vont de porte en porte demander à acheter des bottes de rencontre et ne peuvent en trouver.

Il à fait un temps superbe.

1° mars. — Bonne nuit, bon repos. Le temps est assez doux, quoiqu'il ait gelé. C’est aujourd’hui dimanche: nos chevaux sont déferrés; impossible d’avoir un maréchal. Après avoir fait des offres séduisantes à plusieurs, il a fallu recourir à la force militaire et la besogne a été faite sous Ja pointe de la baïonnette.

J'ai extrait ce matin la balle au général Heudelet : entrée au côté gauche, elle s’était arrêtée sous l’aponévrose et la région lombaire à droite. J'ai encore couru la ville, vu des blessés et visité notre chirurgien-major Laurenchet, dont la maladie est jugée; sa langue s’est détergée et mouillée: sa connaissance est revenue; tout enfin annonce une prochaine convalescence. Les blessés arrivent toujours à force, et plus de place pour les recevoir, point de moyens de transport pour les faire aller plus loin. On construit un

pont sur la Vistule, derrière Thorn, et un autre derrière Marienwerder. Nous verrons ce dont il sera question à - Osterode, si toutefois nous y rencontrons encore le quartier général; on dit que des envoyés russes et prussiens y sont arrivés, mais qu'y feront-ils? Je ne vois pas d'espoir de faire la paix; l’armée est inquiète et, pour mon compte, … je suis décidé à m’en aller au 1° mai.

Il existe à Thorn plus de quarante fractures compliquées et plus de trente amputations qui, malgré les fatiques et la misère incroyable d’un voyage très long, sont en assez

bon état. Il n’y a point de caisses d’instraments à Thorn : M. Tissot s’en plaint avec raison. Ce chirurgien principal fait beaucoup de bruit ; il dicte des lois, fait imprimer des dispositions réglementaires, affiche sur la porte des hôpitaux les devoirs des chirurgiens, se remue, s’agite, va vingt fois par jour chez les commissaires et a une peur terrible de retourner au 6° corps, où il n’a pas encore vu brûler une seule amorce. M. le principal Beauquet, dont le 7° corps a été supprimé, doit le remplacer et il ne sera pas aisé de mettre de côté le tenace Tissot.

Ordre de retourner au grand quartier général; je laisse

le service en chef à M. Beauquet, que j'installe dans mon

logement; M. Tissot nest pas content de cela. Nous sommes arrivés de bonne heure à Gotleube.

3. — Notre voyage commence sous d’heureux auspices. Ce matin le temps est superbe. Nous faisons raccommoder une roue de la voiture, ce qui nous donne le temps de

bien déjeuner ; notre gîte a été excellent. C’est un jour de |

printemps ; il fait chaud ; le soleil est brillant; les oiseaux chantent; les chemins sont bien ressuyés.

Nous avons traversé la forêt de quatre lieues et y avons rencontré plusieurs petites colonnes de prisonniers russes anciennement pris.

J'ai appris que les Russes, à leur arrivée à Eylau et Landsberg, s'étaient bien comportés envers les blessés

laissés en ces deux villes et principalement dans la der- *

nière ; ils ne sont pas barbares, comme on s'attache à le

publier en leur attribuant des actes de cruauté dont au- :

cune nation de l'Europe actuelle n’est plus capable.

Nous avons fait nos huit lieues très agréablement à « cause du beau temps et de la variété du paysage avant et «

après la forêt. On nous a logés dans une bonne maison,

n° 207 ; le commandant Pepin m’a donné un bon diner; «

tout cela me raccommode, On parle ici de paix, dont les

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