L'EMPEREUR ET LES ASTRES
je lui avais demandé en croix, en grades et en gratifications pour nos chirurgiens de Preuss-Eylau. Jamais nouvelle ne m'avait tant flatté. L'Empereur a mis une grâce charmante dans cet acte de bienveillance : MM. Beauquet, Le Vert, Mornac, Laurenchet, Tainturier, Thomas, Béclard et Affré, chirurgiens-majors, ont la décoration; cinq aidesmajors sont nommés chirurgiens-majors et quatre sousaides sont nommés aides-majors ; quarante chirurgiens de tous grades ont trois cents, deux cents ou cent francs chacun de gratification; c’est un grand triomphe pour la chirurgie de l’armée. MM. Ribes et Yvan, chirurgiens à la suite de la maison de Sa Majesté, mais supposés servir avec nous, ont eu aussi la croix, ce qui fait dix. « Sa Majesté, est-il dit dans le préambule du décret, voulant récompenser les services qu'a rendus la chirurgie de la Grande Armée, particulièrementdans cette campagne, etc.»
J'ai renvoyé vingt chirurgiens à Thorn. M. Coste en réclame quinze pour Varsovie et il à fait jouer un rôle à M. l’intendant général dans cette réclamation singulière, à laquelle j’ai répondu. Jai écrit des détails sur le service à M. Daru, qui, m’en donnant beaucoup sur certains objets de ma compétence, semblait me reprocher mon silence.
Nos garcons sont allés fourrager et ont rapporté ou ramené de quoi nourrir nos chevaux pendant six jours; on pense qu'au bout de ce temps on partira d’ici; nous sommes approvisionnés pour deux bonnes semaines. Mon appétit a diminué; je tousse et suis pris du nez et de la gorge. On me fait mon lit dans la chambre du poêle, où il fait bon. J'ai bu toute la soirée de l’eau sucrée et du lait.
7. — Mauvaise nuit : je n’ai dormi que jusqu'à deux - heures. La toux sèche m'a fort fatigué; mes yeux sont col- - lés; j'ai un engorgement catarrhal dans toute la tête. Je me suis procuré vingt-quatre grains de jalap en poudre;
j'en ai pris la moitié, qui nv’a parfaitement purgé; l’autre moitié sera pour demain.
Dans la matinée, après le départ du chirurgien-wajcr Louetier, logé avec nous et qui a le cœur gros d’avoir été oublié, j'ai mis le ruban à la boutounitre de sept de nos nouveaux chevaliers ct leur ai donné l’accolade. Beauquet recevra demain ma lettre d’avis avec son petit bout de ruban. J'ai formé six divisions de chirurgie et en ai envoyé de suite deux cantonner à trois lieues d'ici, où il y a encore un peu de vivres et de fourrages.
Mon pelit purgatif m'a bien fait. La soirée a été orageuse : j'ai loussé beaucoup et ai eu des accès d'impatience dont j'élais honteux pour moi; la crainte de tomber sérieusement malade, si loin de chez moi et dans un si misérable pays, m’a causé cette morosilé passagère.
Les bienfaits et la justice de Sa Majesté envers la chirurgie font grande sensation à l’armée. La proposition de l'ordonnateur en chef Lombard en faveur de deux commissaires des guerres el de deux hospitaliers a été écartée, d’où à dù uaitre une grande jalousie contre nous ; mais, sans insuller au malheur de personne, nous allons notre L'ain et nous neus préparous à faire encore mieux, s’il est possible.
Il nous est vouu des biessés de Gulistadt et du 6° corÿ:s, qui s’y est ballu. L’enneini est tout autour de nous; il manœuvre à lorce; il a des projets sur le 5° corps, qui est du côté de Wittenberg ou d'Ostrolenska; mais notre Empereur l’a sûrement deviné et nous manœuvrons de notre côlé en conséquence. |
Nous sommes assez bien ici : les vivres n’y manquent plus; nous y avons du fourrage; on déinolit les granges pour avoir du bois; notre hôtesse nous blanchit; nous sommes couchés sur du bon foin, Quand j'irai mieux, nous serqus Lous bien ,o\eux,