‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 124 sur 293 · SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC

7. — Le vent d'ouest a soufflé toute la nuit. Hier, à huit heures du soir, ne pouvant plus résister au besoin de dormir, je me couchai sur mon foin et mon sommeil fut si prompt et si profond que mon jeune compagnon, M. Mayot, m’ayant apporté du thé, croyant me frouver encore lisant, l’a laissé sur ma chaise et ne m'a pas éveillé. Il pleut, mais c’est une pluie de végélation; elle n’est pas froide et dans quelques jours tout va pousser. Hélas! que poussera-t-il dans ces tristes contrées? Rien n'y a été semé; les pauvres habitants vont y mourir de faim. En 1710, le passage et le voisinage des armées russes, suédoises, brandebourgeoises, ayant épuisé les denrées, la diselte se joignit aux maladies épidémiques et il périt un liers de la population. Frédérie [*, roi de Prusse, perdit deux cent mille âmes, faute d’avoir fait distribuer quelques secours dans ce pays infortuné, et, pendant que ses Etats se dépeuplaient, il se livrait dans sa cour à toutes les extravagances de la plus somptueuse représentation.

Nous sommes à présent sur le théâtre des guerres sanglantes qui ont eu lieu pendant le siècle dernier et dans les précédents. Frédéric-Guillaume y a laissé de grands souvenirs. Le premier jour de 1679, il partit de Berlin et, le 15 janvier, il passa la Vistule et se trouva, le 19, avec neuf mille hommes à trois milles de Tilse, où les Suédois avaient leur quartier ; il faisait voyager son armée sur des traineaux, par le golfe de Frische-Haff, et faisait faire à son

infanterie quinze et dix-huit lieues par jour. Il battit les Suédois, qui déjà avaient brûlé les faubourgs de Memel et menaçaient Kœnigsberg. Nous allons à Braunsberg, Marienbourg, Elbing, et dans toutes ces villes fameuses par les traités qui y ont été conclus ou les sièges qu’elles ont essuyés. Bientôt sans doute nous entrerons à Dantzig et Graudenz : c’est pour couvrir le siège bien lent et bien froid de ces places que nous restons ici. L'abbaye d’Oliva, célèbre en Prusse par un traité, est voisine de Dantzig.

M * ne +

Un feuillet est resté en blanc.

10 et 11. — Partis ce malin, à onze heures et demie, par un temps très froid ; la route est.par instants assez mauvaise. On traverse un bois de deux lieues de long dans lequel nous avons été à l'abri de la bise qui était glaciale; il y a sept lieues d'Osterode à Deutsch-Eylau. Nous sommes arrivés à cinq heures. Nous avons trouvé un bon logement; le général Ruffin m'a donné à diner. Nous avons fait la route de Rosenberg assez lestement, malgré de très mauvais pas et un assez mauvais temps. Le pays est pittoresque : on rencontre à chaque demi-lieue un lac, et toujours des forêts, dans lesquelles il y a beaucoup de chènes et de hêtres. Je suis bien logé à Rosenberg et y ai une bonne petite fable.

12 et 13. — J'ai un lit de camp avec des lits de plumes et beaucoup d’orcillers, ce qui m’empêche tout juste de dormir lorsqu'à Osterode, sur mon foin, je dormais si bien. Hier, j’eus une chambre très petile. Aujourd’hui, on m'en a donné, à côté, une très grande, où je me trouve infiniment mieux.

Il a plu beaucoup; le temps est actuellement extrêmement doux et beau ; la verdure, qui wa point encore para du tout, va poindre et nous montrer enfin que le printemps, en ces climats, n’est pas impossible.

Rosenberg est une jolie pelite ville, sur une hauteur, près un lac poissonneux ; les habitants sont bonnes gens ; les environs sont agréables. En se promenant sur les restes de l'enceinte, on jouit de plusieurs points de vue charmants ; les maisons sont propres et d’un bon goût; devant la plupart sont plantés quelques tilleuls en boule, qui font bon effet. On aime beaucoup les fleurs dans ce pays :

il n’est personne qui n’ait ses croisées garnies de pots de w

géranium, de rosiers, etc. J'ai vu hier un superbe œillet, de la julienne, de la violette double en fleur. ie

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