‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 148 sur 293 · HOSPITALISATION A DANTZIG · texte numérisé non relu

HOSPITALISATION A DANTZIG

Notre hernie est rentrée et le malheureux soldat est mort quelques heures après. On devait procéder à Pautopsie cadavérique ; mais, faute d’un coin dans un hôpital à peine établi, on n’a pu s’en occuper.

On voit sur la place de l’Arsenal une pièce de 27, par la bouche de laquelle un de nos boulets est entré lorsqu’elle était en batterie. Comme elle était chargée, le boulet intrus a tellement comprimé l’autre que les flancs de la pièce s’en sont élargis.

Sa Majesté est arrivée à quatre heures; elle loge à l'abbaye d'Oliva.

1° juin. — L'Empereur ne s’est couché qu'à quatre heures du matin. En voyant hier le maréchal Lefebvre, il lui dit: « Viens m'embrasser, Lefebvre ; je suis content de tes opérations de Dantzig et je te fais duc de ce nom. » Il a vu dans la matinée les travaux du siège et a fait son entrée en ville, à deux heures, aux acclamations générales. Je revenais des forts Wasser et Weichselmünde, où je comptais trouver des locaux pour des hôpitaux. Il ya bien dans le premier de ces forts de très grands magasins en bois pour blé et sel; ils sont planchéiés et il serait

- facile d'y pratiquer des croisées et de les mettre en état de

recevoir des malades ; c’est le vœu de la ville et du magistrat; mais le pays est insalubre, couvert d’eaux stagnantes, et les magasins sont sur le bord même de la Vistule, ce qui en rendrait le séjour humide, froid et puant. D'ailleurs, comment s’y approvisionnerait-on? Il y à une lieue

- et demie de la ville ; le fleuve serait commode pour éva- -cuer et amener les denrées, mais on serait exposé à être . négligé à une si grande distance. On pourra traiter mille . vénériens et galeux dans le fort Wasser : quant aux blessés «et fiévreux, il faut les avoir plus à la portée de la place et

en un lieu p'us salubre ; je. demande l’arsenal ; nous verrons si on nous l'accorde. Le temps est beau, mais les

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bords de la Baltique m'ont refroidi. Nous avons versé en allant et en passant un ravin profond ; personne n’a été blessé ; il est vrai que nous avions mis pied à terre. Le cocher à couru des risques : le train de devant s'est séparé ; les chevaux se sont effrayés; mais notre conducteur, qui avait été jeté à terre, s’est pendu aux guides et s’est laissé traîner, le ventre à terre, plutôt que de les lâcher, ce qui à arrêté les chevaux. Le Weichselmünde est curieux ; les ouvrages sont beaux, assez réguliers el d’ancienne date; la tour est de 1490, sous Casimir, roi de Pologne. On y a fait des cachots pour les prisonniers d'État ; il y en a tout autour dans un bâtiment cireulaire, qui ne Die entre la tour et lui qu’une cour étroite encore remplie de petits cachots en bois; dans ceux d'en haut sont des anneaux en fer pour attacher les prisonniers condamnés à ce surcroît de gêne ou qui s’y exposent par leur mutinerie. Si les ennemis se fussent mieux entendus et qu’ils eussent gardé ces forts, deux mois de siège ne nous les eussent peut-être pas fait rendre.

À notre retour, nous avons vu l’entrée de Sa Majesté à Dantzig. L’arsenal nous est accordé, à ce que je crois.

2. — Beau temps, bonne santé, bon courage : on boit ici de l'excellent vin. Je viens de terminer pour l'arsenal :

nous n’en aurons pas le rez-de-chaussée, Partillerie le

garde. Demain nous aurons des lits au premier étage. J'ai enlevé quelques armures de peu de conséquence; on les a toutes mises à ma disposition, mais il y a si loin d’ici en France que je ne puis profiter d’une offre si honnête;

je n’ai accepté que quelques articles, que je tâcherai

d'envoyer jusqu’à Berlin, d’où il sera plus facile de les

faire passer chez moi.

3. — Le temps s’est bien refroidi : j’ai été agité cette nuit. Ce matin nous sommes allés voir l’abbaye d’Oliva,

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