CHIRURGIE DE BATAILLE
de pénurie, de détresse, de honteux et cruel dénuement où nous nous sommes vus. La chirurgie fait tout : Sa Majesté le sait bien; elle est bien informée que nous n'avons ni administrateurs, ni infirmiers pour nous aider. Pendant le siège de Dantzig, où nous avons eu seize cents blessés et deux mille malades, nous n’avons pas eu un sac à paille, pas une seule demi-fourniture, point d’écuelles, point d’infirmiers, personne enfin. Étant à la tranchée, j'ai fait remarquer à messieurs les généraux que, pour meltre un blessé hors de ja portée du canon, il fallait au moins six soldats ou grenadiers, ce qui dégarnit bientôt les lignes. Pourquoi ne pas nous donner des servants de chirurgie de bataille? Il nous en eût fallu tous les Jours vingtcinq de garde à la tranchée avec nos chirurgiens. Le jour où lassaut devait avoir lieu, il aurait dû s’en trouver cent et plus dans les lignes pour relever les blessés et écarter les morts. Nous avons à l’armée plus de cinq cents soldats qui ont perdu ou se sont coupé un doigt; dernièrement il y en avait cent soixante-deux ainsi mutilés dans les hôpitaux de Posen ; il faudrait mettre ces gens-là à notre disposition pour en faire des servants de chirurgie.
« Notre service est affreux ; il est barbare. Sa Majesté a bien eu raison de dire que nous étions au-dessous des Cosaques pour la partie des hôpitaux. J’offre le moyen le plus expéditif et Le plus simple d’assurer les secours dus aux blessés et malades de l’armée agissante : faites done
. ensorte, monsieur le grand-maréchal, qu'il soit adopté.
C’est tout ce qu’on peut faire à présent, car vouloir tout améliorer ensemble, tout recréer à la fois, c’est achever
de tout perdre et s’exposer à n’avoir plus aucune espèce de service.
« J'ai l'honneur... »
. Notre homme à la hernie étranglée va bien ; elle est en partie rentrée.
31. — La journée a été très belle; c’est dimanche ; chacun se promène. Il y a eu grande parade. Jai vu chez lui M. le général Rapp, qui n’a parlé avec la plus vive indignation de Tissot. Je lui ai présenté le major directeur et le chirurgien en chef des hôpitaux prussiens, en l’invitant à leur être favorable; je les ai présentés aussi à l'ordonnateur en chef Mathieu-Faviers. L’armée assiégée, à ce qu'ils ont dit, a perdu huit mille hommes de blessures, de maladies, ou ayant été tués, sur lequel nombre ont été quatre-vingt-huit officiers : les plus distingués de ceux-ci étaient le général du génie Delaurentz, qui a été écrasé par un blindage mal assuré, et le major Boussemard, qui à été tué d’un coup de feu à la tête. Il reste encore quatorze cents malades prussiens et cent soixantehuit russes ; les deux tiers sont blessés. Sa Majesté est arrivée à Oliva à quatre heures ; elle veut qu’il y ait place pour deux mille malades à Dantzig; cela ne fera pas le compte de M. le général Ménard, commandant la place, lequel disait hier à nos chirurgiens, qui lui présentaient une invitation de ma part pour les loger, qu’on se portait bien à Dantzig et qu’il n’y fallait pas d'officiers de santé, Cest un sot, dont chacun se moque : on dit tout haut que, le jour où l’on devait donner l'assaut, il fit son testament
et demanda à plusieurs officiers si c’était une chose bien.
périlleuse qu’un assaut.
Un officier d'artillerie est mort ce matin, le huitième jour de sa blessure ; il avait été frappé au front d’une balle qui avait enfoncé et étoilé los. On eût dû appliquer une large couronne de trépan pour enlever toute la portion déprimée, sous laquelle, selon la coutume, il y avait des pointes aiguës de la lame vitrée. Desault, dégoûté du trépan, qui ne lui
réussissait jamais à l’Hôtel-Dieu, a proscrit très imprudem-
ment ce secours el a cru pouvoir le rendre inutile à force
de boissons stibiées. C’est une erreur meurtrière, qui as pris de dangereuses racines parmi nos jeunes chirurgiens.
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