REPRISE DES HOSTILITÉS
réseau osseux, ou la substance réticulaire qui soutient la moelle, en à été très endommagé. Ordinairement cette masse ne contient que peu de moelle; c’est la tuméfaction de Ja membrane médullaire qui donne lieu au volume du champignon; mais presque toujours c’est le présage d’une exfoliation plus ou moins étendue, laquelle se fait en virole.
M. le général Ménard, commandant la place, est veuu chez moi avec le brave major badois qui a été de service de tranchée pendant tout le siège. Je lui ai proposé d’exiger des habitants aisés de la ville quatre cents couchettes garnies de leurs fournitures pour meubler en quarantehuit heures nos deux premières salles de l'arsenal ; ils ont adopté ce moyen expéditif et demain la réquisition sera en train.
Les pharmaciens sont accourus ici pour requérir des médicaments : ils vont, disent-ils d’un air content, en lever » pour cent mille francs ; mais j'entends que leur état soit vu et signé par noi, et ceci va un peu les déranger ; j’en- » tends encore qu'un de nos chirurgiens-majors assistera au . versement des articles et signera les procès-verbaux . d'expertise et de visite; nous y appellerons aussi un de - nos médecins.
6. — Il vient d’être expédié à M. le général Rapp une lettre de M. le major général annonçant que les Russes - ont attaqué partout el qu'ils ont été plus ou moins frottés; - elle invite le général à faire partir sur-le-champ tous les “officiers appartenant au quartier général, qui probable- -ment va faire un mouvement. Je me mettrai en route à cinq heures pour Rusoschin, où je coucherai ; aprèsdemain je serai à Riesenbourg; j’emmènerai mes divisions + d'ambulance ou de chirurgie de bataille. M. le major géné- . ral a bien voulu me comprendre dans une distribution de * rhum et de vin de Bordeaux qui sera faite à l’armée du
siège ; jy suis porté pour vingt-cinq pintes de rhum et ù
quatre cents de vin ; ce souvenir me flatte beaucoup et les denrées concédées me feront grand bien. On a été informé chez Son Altesse que je m'étais rendu au siège et que j’en avais dirigé le service chirurgical.
Sa Majesté a ordonné que tous les Russes et Prussiens restés malades dans la place en sortissent dans les vingtquatre heures pour être transférés dans le voisinage; mais où les mettre? J'ai proposé Praust, église et granges. Je n'osais pas parler d’Oliva ; le général Rapp a prononcé que ce serait dans cette abbaye qu’on les placerait, sauf à l'abbé et aux moines à s’industrier pour les mettre ailleurs. Ainsi l’évacuation commencera ce soir ou demain : cette nouvelle contente M. Lichtenberger, chirurgien-major prussien, qui avait bien peur d’aller trop loin. Le général Ménard proposait d'envoyer à Pillau tous ces malades ; mais, outre que les vaisseaux nous manquent, comment passerait-on sous Îes eroisières anglaises et que dirait-on d’une si terrible infraction à la capitulation.?
Je laisse ici tous les chirurgiens de la première légion du Nord, ceux de la garnison et une division de chirurgie à la suite : c’est plus qu’il n’en faut pour le service de la place. Nous nous arrangeons pour le transport de notre vin et du rhum; les voitures manquent, mais nous en aurons une. Je pars à cinq heures, laissant dans la maison de M. Weichbrot d'honnêles souvenirs et des regrets sincères. Je reverrai mon château de Rusoschin, à trois
pelites lieues d'ici; nous y coucherons ; les chevaux de .
notre hôte nous y conduiront dans une petite voiture assez jolie et neuve.
1. — Nous avons couché au château de Rusoschin, qui est totalement évacué. J'ai revu avec délices le beau jar-
din ; on nous a fait manger, à souper, des goujons lout frais
el qu'on pêche dans la petite rivière au bas du jardin; j'ai
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bien dormi et ce matin encore j'ai revu mon cher jardin. Encore d’excellents goujons à notre déjeuner. Nous sommes partis à huit heures et demie par un soleil bràlant et une poussière terrible. Jene me trouve pas mal sur mon petit vôgelé : le beau siège que j'y ai placé est commode et gentil ; je ne suis à l'abri ni du soleil ni de la poussière, mais je vais à la guerre et dans ce eas il ne faut pas être si délicat.
Nous sommes arrivés à Dirschau à onze heures et demie. Cette petite ville, dans laquelle il n’y a rien de remarquable, a été abimée et saccagée par les Polonais et la première légion du Nord, toute polonaise, dans le mois de mars, lorsque le maréchal Lefebvre se rendait à Dantzig.
» [n’y avait dans la place que cinq cenis Prussiens qui, à
l'approche de nos troupes, s’élaient retirés, mais qui, ayant su que ces troupes élaient des Polonais, étaient rentrés pour les battre. Dombrowski eût pu les chasser sans faire de mal aux habitants ; mais il calcula qu'il n’y aurait aucun mérite pour lui à remporter une telle victoire,
. etilaïma mieux faire du bruit et attaquer la ville à coups
de canon; il l’écrasa et, après lavoir canonnée longtemps, le général Ménard le secondant, à ce qu’on dit, il y fit entrer peu à peu et avec précaution ses Polonais, qui tirèrent sur les habitants et en tuèrent trente, brisèrent portes et fenêtres à coups de fusil et se gorgèrent de butin. Dombrowski, depuis cet affreux et lâche succès, est tombé en défaveur ; son fils a été blessé au bras. On ne peut faire
- un pas dans cette malheureuse ville sans rencontrer des
débris, des vitres cassées, des murs abattus, des maisons
. brûlées, etc.
On y a enfin établi un hôpital dans une église et une
maison adjacente. J’en aï été très content : chaque malade
y a un joli petit bois de lit avec demi-fourniture et du linge ; les aliments n’y sont pas merveilleux, mais je suis . toujours étonné quand je vois donner du pain passable,
du riz, des pruneaux et des œufs, voire un peu de vin et assez de bière. Cet établissement déjà rempli de deux cent vingt-cinq malades et blessés peut être cité pour la régularité et la bonté de son service; il a été organisé sous la direction du chirurgien-major Ristel-Huber, que j’emmène avec sa division. J'ai bien diné chez l'hôte de ce chirurgien-major, où j'ai vu de belles femmes, dont une brune aux yeux concupiscents et au regard lascif et hardi. Nous sommes partis à quatre heures, notre chariot de vin nous suivant {rès bien.
La campagne entre Dirschau et Marienbourg est superbe, riche et bien ensemencée ; les seigles sont en épis; Pavoine est grande et le blé beau. Rien n’est beau comme les plaines que j’ai traversées; on n’y voit que peu de bois: les bords de la route sont plantés de saules, mais les villages sont vastes et bien bâtis.
La ville de Marienbourg est assez jolie. On voit à son
entrée, du côté de Dirschau, un édifice considérable, bâti |
en briques et entouré de fossés : c’est là qu’on a établi Vhôpital. Cet édifice appartenait autrefois aux Templiers, qui le cédèrent aux chevaliers Teutons ; c'était un fort très important pour l’époque; on y voit encore des restes de fortifications assez régulières pour le temps. Le roi de Prusse avait converti ce lieu en magasins pour blés et. effets militaires; nous y avons cinq cents malades et blessés, tous couchés sur un bois de lit et ayant une demifourniture, mais il pue partout. L'hôpital est mal tenu ; on n'a pu ouvrir des courants d’air, à cause de l’épaisseur des murailles, ou plutôt les commissaires et autres gens qui, en mon absence, ont présidé à l’établissement, n’ont ni su ni voulu faire mieux ; ainsi, dans quelque salle qu’on aille, on est infecté par une odeur d’excréments insupportable.
Il est question d’ouvrir un autre hôpital à Marien-. bourg : la bataille qui doit avoir lieu dans quelques jours
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le rendra nécessaire; mais c’est un projet dont on paraît
. s'occuper fort peu.
Il est arrivé hier quatre-vingts blessés du premier corps, lesquels l'ont été dans Le combat du 4, les Russes s'étant jetés en force sur ce corps et sur le 4°, qui à beaucoup souffert. M. le maréchal Bernadotte a été atteint au col d’une balle qui n’a fait que labourer les téquments ; il doit arriver aujourd’hui à Marienbourg, mais il m’est impossible de l’y attendre, tant je suis pressé de rejoindre le quartier général pour m'y préparer à la grande bataille. Les quatre-vingts blessés ne le sont que légèrement : quelques ampulés russes, que j'ai vus à Dirschau, m'ont répondu, quand je leur ai demandé comment ils allaient : « Vanbé, vanbé, très bien, très bien. »
8. — Eveillé de très bon matin, après avoir dormi passablement dans un mauvais lit de plumes qui m’a fort échauffé : le soleil est extrêmement ardent et la journée
- superbe. Jai dirigé sur Christbourg les divisions 2, 8et - 9 de chirurgiens de bataille; les autres se rendent à Rie-
senbourg. Après avoir écrit quelques ordres et pourvu au service de Marienbourg, d’où part la division n°2, j'ai pris à la hâte un peu de café et me suis mis en route, Il était
« six heures et demie. Marienbourg présente l’aspect d’une
… ville forte ; on en fait un point de défense ou une tête de pont; une foule de paysans travaillent sans cesse. On a … palissadé, ouvert des fossés, fait des remparts, de manière qu'en tout état de cause l’armée française sera tranquille
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et pourra se garantir de toute surprise, si elle repasse la Vistule. Il y a dix lieues de cette place à Riesenbourg; les
trois premières sont belles et agréables, à raison de la
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campagne, qui est bien cultivée ; ensuite on arrive à Stuhm,
petite ville autrefois très fortifiée, appartenant aux Templiers et Teutons et située près un lac extrêmement pois-
sonneux. On voit des restes de murailles et de tours bâties
en briques; les fossés sont en partie cultivés en jardins. Nous avons vu un pêcheur dont la pirogue était pleine de poissons ; cet esquif était un sapin creusé ; nous avons acheté pour dix kroches (1) du poisson (perche) pour nous régaler dans une grande maison, un quart de licue plus loin. C’est là que nos gens se sont arrêtés en venant ; ils ont été si satisfaits qu’ils m'ont engagé à m’y arrêter aussi ; c’est une belle maison placée sur la hauteur et environnée de champs bien cultivés. Il y a beaucoup de lacs dans ce pays-ci. Le malheur des habitants va être porté à son comble par l’épizootie qui infeste les étables et pâturages ; la plupart des bestiaux périssent ; j'ignore encore la nature de cette maladie.
Il parait, par ce que j'ai appris en route et à mon arrivée à Riesenbourg, que les Russes nous ont fait beaucoup de mal, le 4; le 6° corps a été écrasé et chassé de Guttstadt ; ses pièces ont élé ou enlevées ou enclouées; la plupart des officiers de l'état-major ont perdu leurs équipages : le trésor a été pillé et il y a en plus sept ou huit cents blessés. Le 4° et le 1” corps ont beaucoup souffert aussi.
Sa Majesté est partie avant lui à midi pour Saalfeld ; on dit qu’elle est à Mohrungen. Nos caissons d’ambulance « sont partis hier. Il n’y a plus personne ici : je pars ce soir « en poste pour Saalleld ; demain mes équipages viendront me joindre. Je laisse à Riesenbourg deux grosses malles, une noire et une à trois clefs; plus une petite caisse pleine de porcelaine; plus un vitchoura, une grosse couverture de laine, un jone, un grand fouet et une dague espagnole : cela m’arrivera quand il plaira à Dieu. Nous emportons du vin, du rhum, du jambon, du pain, de la farine, des biscuits et de l’avoine.