FRIEDLAND ET TILSIT
Blessés de Heilsberg. — Nuit de bivouac. — Les Russes et nos blessés. —
L'apothicaire de Heilsberg. — Retour à Eylau. — Marche sur Koœnigsberg. — Ambulances improvisées. — Bataille de Friedland. — L'Empereur au bivouac, — Les ambulances. — Blessés russes. — Bivouac « bouche sèche ». — Dîner champêtre. — Cent mille hommes défilent. — Journée de bivouac. — Passage de l’Alle. — Conférence avec l’Empereur, — Courez après le vinaigre. — Marche sur Tilsit. — Prisonniers français à Tilsit. — Préliminaires de paix. — Séjour à Tilsit. — Entrevue des deux empereurs. — Évacuation des malades. — L'empereur Alexandre. — Souris malin... — Le roi Guillaume. —— Demande de récompenses. — Le major général. — Festin de fraternité,
IT. — Nous étions partis à dix heures pour le grand quartier général, qui devait être, disait-on, à Peterswalde, à quatre lieues de Guttstadt ; la nuit assez noire, approche d'un orage, rien n’avait pu nous retenir ; quarante chirurgiens étaient avec moi; mais on avait oublié de prendre un guide. Après avoir fait une lieue, y voyant à peine, nous n'avons pu trouver notre chemin ; mon caisson avait suivi un parc d'artillerie et tenait la bonne direction. Ayant pris à gauche, je me suis vu sur le point de m'égarer et, ne sachant à qui m’en prendre, ni à qui m'adresser, je me suis mis dans une colère qui m’a fort incommodé. Après avoir crié, injurié, pesté, personne ne pouvant ni me conduire, ni m'indiquer mon chemin, j'ai pris le parti de rentrer à Guttstadt, où le factionnaire de la porte ne voulait pas me laisser rentrer. J'ai donné ordre à tout mon monde d’être prêt à trois heures du matin ; je me suis jeté sur la paille tout habillé; il était minuit, il pleuvait et
l'obscurité était profonde. On avait mis sous un avant-toit mon char à bancs et les chevaux dans une écurie. J'ai dormi près de trois heures, et aujourd’hui 11, jour très remarquable, je me mets en route pour le quartier général.
IL fait un temps affreux; la pluie tombe à seaux et le froid est désagréable. Nous sommes partis à trois heures ; on marche pendant plus de deux heures dans un bois épais et dans un chemin étroit; plusieurs fois, il a fallu se jeter de côté pour laisser passer des voitures chargées de blessés ou allant aux munitions. L’ennemi a fait beaucoup d’abaltis et essayé de mettre le feu à une extrémité de la forêt. Les blessés défilaient à force, presque tous à pied, et blessés à la main ou à l’avant-bras; nous en avons rencontré plus de cinq cents. En sortant du bois nous avons vu les voitures et équipages de Sa Majesté rassemblés dans un pré, vis-à-vis un camp abandonné par les Russes, camp fait élégamment avec des branches de sapin disposées en pyramide et formant de belles huttes recouvertes d'écorces d'arbres; devant ces maisons, qui ont une porte avancée en périsiyle, est un large parapluie, aussi en branches de sapin, sous lequel était le faisceau d'armes; on y voit une enceinte pour les chevaux, des buvettes, etc.; enfin cette demeure militaire présente un aspect assez curieux et assez imposant. C’est là qu’on s’est battu hier et avant-hier : les Russes nous ont fait infiniment de mal; il paraît que nous avons eu environ deux mille blessés, parmi lesquels se trouvent des officiers de marque. Le général Roussel a été touché à la tête par le boulet, qui lui a brisé le crâne; il est dans un état comateux qui présage une mort certaine et prochaine. Le général Ferey à été atteint d’une balle morte. Un autre général a eu la malléole externe du pied droit emportée. Le général d'Espagne à été légèrement blessé; le colonel du 55° à été tué; une foule d’officiers supérieurs à péri ou été mise hors de combat. Les Russes ont des positions