NUIT DE BIVOUAC
- excellente tasse de café à l’eau faite dans ma cafetière de campagne; voire la petite goutle a eu son tour. Or, il ne s'agit plus que de mon lit. Mais mon vôgelé est là ; je le débarrasse des paquets et de la mauvaise paille qui len- - combrent; je le remplis de bonne paille sèche; je soulève - le siège et le renverse en arrière; je m’y étends à dix . heures du soir; on me met le coussin sous la tête, ma . chabraque sur les pieds, ma couverture sur le corps, le tablier de cuir sur la couverture, et me voilà endormi au « bout d’un quart d'heure jusqu’à trois heures et demie, que la voix de M. le grand-maréchal Duroc et celle de M. Daru
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- m'éveillent. Les chevaux ont été très bien. Toute l’armée
- a été tranquille. Les bivouacs de nos chirurgiens étaient à - côté de moi.
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D 12. — Je me suis levé de bonne heure pour causer du «service à MM. Duroc et Daru. J'ai rappelé au premier mon - projet de chirurgie de bataille et lui ai fait sentir combien “il nous importerait qu'il fût adopté; je me suis plaint de “ne pas avoir un seul servant et lui ai recommandé surtout «cet article en lui parlant de nos mutilés de Posen et de la “manière dont nous nous assurons qu'ils se sont volontai- rement privés d’un doigt. Quand nous les pansons, nous “leur proposons une légère Opération qui a le merveilleux avantage de faire repousser le doigt perdu : ils s’y refusent, se cachent, se sauvent; d’où nous concluons que ces “drôles-là se sont mis hors d'état de servir. J'ai pris un bouillon, me suis promené avec M. Boyer, ai vu mon monde, donné des ordres et me suis remis au lit, où j'ai dormi deux heures, ce qui fait que je me porte très bien. L’ennemi a fait de grands mouvements. On n’a pas encore
iré un coup de canon. Sa Majesté est à cheval depuis trois heures. On est à Heilsberg. Je pense qu’on va partir.
— Nous sommes partis à neuf heures avec M. l’intendant général, suivi de trente chirurgiens assez bien montés, ce
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qui a paru lui faire plaisir. Le temps était excessivement chaud et à l'orage. Nous avons traversé les différents champs de bataille et y avons vu beaucoup de chevaux francais et quelques corps de nos soldats; on ne peut se dissimuler que nous n’ayons perdu beaucoup de monde. La position de l'ennemi était inexpugnable : c’est un grand
bonheur qu’il Pait abandonnée. Il à fait sa retraite avec
ordre et dans le silence : on eût désiré que notre armée l’inquiétât davantage et même qu’on le tournât hier soir et dans Ja nuit; mais notre Empereur en a jugé autrement et on doit croire qu’il a eu de fortes raisons pour cela. Tout marche sur Heiïlsberg. Nous y sommes arrivés à onze heures, et, dès la première maison du faubourg, nous avons vu combien il en avait coûté aux Russes pendant les journées précédentes : leurs soldats blessés et laissés par eux dans la ville y ont été trouvés au nombre de quatre
cents; sans doute ils en ont emmené quatre fois autant,
car tous ces infortunés étaient intransportables, à raison de la gravité de leurs blessures. Selon leur coutume, ils étaient entassés dans les maisons; je les aï toutes fait visiter et trente chirurgiens ont été chargés de les panser et opérer; on les réunira dans un seul local, qui sera leur hôpital, et ce sera la ville qui les nourrira et fera soigner sous l'inspection d'un de nos chirurgiens français. Parmi ces blessés étaient quatre-vingt-deux de nos soldats, presque tous très blessés, et que les Russes avaient faits prisonniers et assez bien traités. Ces braves gens se sont accordés à nous dire que les chirurgiens de l’armée russe les avaient pansés de préférence à leurs propres gens, et, en effet, nous en avons trouvé trois à qui ils avaient
appliqué le tourniquet, dans la crainte (assez vaine) d’une,
hémorragie. Nos blessés disent que les Russes les traitent mieux. que les Prussiens; que. ceux-ci leur mettent sur leurs plaies du linge noir et grossier, tandis que les autres
y emploient du linge fin et très blanc, ce qui est générale-