L'EMPEREUR ALEXANDRE
pereur Alexandre a trente ou trente-deux ans : c’est un . bel homme ; il doit avoir la taille de quatre ou cinq pouces
au moins; il est blond et a la peau blanche ; sa figure,
sans êlre très belle, a quelque chose de distingué : il est
gras ; son œil est vif; il a un maintien militaire et plein
d'assurance. Il sourit, salue et parle agréablement. Il - porte un habit bleu pâle, simple, avec ses décorations, et
un grand chapeau russe à plumet noir. Son frère le grand- - duc Constantin est plus court, plus ramassé : il a les traits, - et surtout le nes de son père Paul ; il parle, s’agite, rit, folâtre comme un sous-lieutenant. Il porte un bonnet carré, . une pelisse blanche, de longs pantalons dits d’écurie.
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27. — Nous avons fait partir nos quatre bateaux portant près de quatre cents malades avec des vivres pour - trois ou quatre jours ; un chirurgien-major et trois sous- . aides sont partis avec cette grande et belle évacuation. . Deux cents malades sont sortis pour retourner à leurs dra- » peaux ou pour se rendre à pied à Kœnigsberg. J'ai distri- - bué partout des chirurgiens, afin que partout les malades . et blessés trouvent des secours. - Il y a eu une belle manœuvre de la garde à pied; les . empereurs et le grand-duc y ont assisté. J'ai été curieux de les voir revenir : ils sont rentrés au grand galop. La - garde s’est surpassée ; Alexandre était enchanté. Nous
vivons dans la plus grande harmonie avec les Russes ; - tout se passe fort bien. Le roi de Prusse est malade ; c’est - bien lui qu’on a vu entrer hier dans la baraque. J'ai vu M. Benningsen, qui n’est pas beau. En général, la suite de l’empereur de Russie n’est pas brillante. On parle à force de notre prochain départ.
28. — Buona notte. Le soleil a paru dès le matin, mais -iln'ena pas moins plu presque tout le jour à des intervalles - plus ou moins éloignés ; il est même tombé de la grêle.
A une heure, on bâtit une grande salle en planches, dans laquelle les officiers de la garde régaleront leurs con-
frères les Russes. La garde de notre Empereur a reçu
triple distribution pour régaler de son côté celle de Sa Majesté Alexandre. Je crois que c’est ce soir même que cela doit se faire. Il y a grande manœuvre.
Le roi de Prusse a passé le Memel, suivi d’un seul offi-
cier; on était allé à sa rencontre sur le bord du fleuve; …
mais il n’a pas débarqué au point où on l’attendait, de sorte qu’il s’est trouvé délaissé et qu’il a attendu, non sans se désoler, plus de vingt minutes qu’on vint enfin le tirer d’embarras. Alexandre est arrivé le premier ; il Jui a donné la main ; ils sont montés à cheval, sont descendus chez Sa Majesté russe, d’où ils sont allés voir Napoléon, qui est venu à leur rencontre jusqu’au seuil de la porte d'entrée. Ce pauvre Guillaume est bien maigre. Il porte un habit bleu avec deux ou trois boutonnières d’argent sur le collet et les parements ; il a un shako à la russe avec un plumet noir, ce qui le fait paraître encore plus long ou, si l’on veut, plus grand. En tout, il a une triste mine et il paraît si mélancolique que chacun est porté à s’apitoyer sur son sort. Notre Empereur le traite avec plus de bonté
que de distinction ; il s’en faut bien qu’il ait reçu l’accueil «
et les honneurs délicats et galants. qu’on prodique à
Alexandre, mais aussi les Prussiens n’ont fait que des.
sotlises.
J'ai rédigé l’état de présentation de trente candidats M
pour une récompense. Le voici :
Liste des chirurgiens à la suite de la Grande Armée qui
ont particulièrement mérité, pendant la campagne, que Sa Majesté daignät leur accorder une récompense.
Cuéoimu, chirurgien-major, la décoration de la Légion d'honneur. GaLLée, chirurgien principal, — — |
Larocue, chirurgien-major,
LEPROUST, — BaAncEL ainé, —— Cozs, — Le Roy, — LECLERC, —- LacouR\ÈRE, Picarn,
CHARMEIL, chirurgien-major,
Le Verr (Marcel), Damiexs,
… BarRère, MULTON, Faure,
> FOUILLOTTE, Boyer, Le VERT (J.-F.) ARBEY,