‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 193 sur 293 · MÉDECINS ET CHIRURGIENS · texte numérisé non relu

MÉDECINS ET CHIRURGIENS

Di

est très beau. Partout on trouve de la prévoyance et de l'intelligence de la part des Prussiens. Nous ne faisons rien de bon, ni de propre, nous autres gueur et glorieux, comme dit le respectable M. Coste, parce que nos administrations sont peuplées de voleurs et de brigands ; derniérement on à été à la veille de fusiller six directeurs : c'eût été encore trop peu. On a fait à un quart de lieue de la ville une baraque en plauches, telle que jamais nos faiseurs hospitaliers n’en eussent construit une ; les malades sont parfaitement dans cette vaste tente de bois; Pair, la propreté, les commodités de toute espèce, rien ne leur manque. On ne voit que médecins dans Ja ville de Kænigsberg ; leur chef à cru devoir en montrer beaucoup à la fois, dans la persuasion que Sa Majesté, frappée de ce rare spectacle, ne manquerait pas de prodiguer la décoration à ces zélés fonctionnaires, parmi lesquels il y en a qui ont à peine dix-neuf ans; mais ces messieurs en seront pour les frais du voyage et Sa Majesté, qui avant de parlir a nommé M. le chirurgien principal Chappe officier de la Légion d'honneur et MM. Destouches, Petit, Godefroy, etc., membres, n’a pas même voulu entendre parler de la liste de présentfalion médicale. |

Ce matin, un nommé H..., sous-aide au 44° régiment d'infanterie de ligne, où il a assassiné un officier et d’où il a élé chassé, s’est présenté chez moi avec un habit magni-

fique de chirurgien-major, un sabre à l’asiatique, ete. Je

suis tombé sur lui à coups de pied et de poing el me suis fait bien mal au doigt annulaire de la main droite, à force

. de le frapper; j'ai forcé ce coquin, cet exacteur, ce con-

Cussionnaire à se déshabiller et l’ai chassé en gilet; il est

accusé de toutes sortes de délits dignes au moins des

- galères et j'ai mieux aimé le traiter ainsi que de le livrer à la justice. Ce drôle est de Karlsruhe; il a été à Saint-Do-

mingue.

J'ai vu à midi Son Altesse le prince major général qui

m'a encore parlé de ma demande, selon lui, exagérée et qui, pour me consoler de n’y avoir pas eu assez grand égard, quoique Sa Majesté l’eût adoptée, m'a promis d'en faire réussir la moitié à notre retour à Paris. J'ai diné chez elle en grand gala et fort bien ; elle m'a honoré de toutes sortes de prévenances. J'ai remarqué dans ses objections contre ma liste que, l'Empereur ayant rejeté celle des médecins, la mienne n’aurait{pu passer sans meltre le comble à la défaveur qui accable déjà cette classe d’officiers de santé.

16, 17 et 18. — Ces trois jours n’ont rien offert de remarquable. Ma santé se soutient bien; je suis content de mon logement et, maintenant que je connais notre sort, je me prépare à le supporter. Nous partirons le 25 de Kœnigsberg; le 1° août nous repasserons la Passarge ; le 1% octobre nous aurons repassé l’Oder et le 1° novembre l'Elbe. Ce ne sera donc que l'hiver que nous rentrerons en France; encore y aura-t-il bien quelque accroc qui nous fera manger le reste du pain de l'étranger. Mon épouse élait à Francfort le 5 juillet, se rendant à Paris, où sans doute elle est arrivée : me voilà tranquille et maintenant je puis attendre tant qu’on voudra.

Il a beaucoup plu. Le temps est remis. Je ne parlerai pas des moissons de Kœnigsberg : à plus de deux lieues autour de cette place il n’y aura pas un épi; les chevaux ont tout mangé. On y à de bonnes fraises et chaque jour j'en mange. On distribue ici force harengs, que les soldats négligents mangent sans les avoir fait dessaler, ce qui leur perd la bouche et les dispose au scorbut; on leur donne du

vin. mais quel vin! Ils ont du pain, de la viande, et sont ) ) ) généralement bien. Nous n'avons ici et dans les environs :

que le 4° corps.

Le major général est parti : c’est le général Lecamus qui reste chef du grand état-major général.

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