‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 20 sur 293 · INTRODUCTION LIL · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LIL

d'articles, dont quelques-uns n'ont pas vieilli. Il collabora à la

Biographie universelle : sa vaste érudition l'avait préparé de longue main à cette tâche, et il eut la joie d'y associer un de ses neveux (1). Il publia aussi un certain nombre de dissertations dans le journal /’Hygie (2). Les Académies de Vienne, de Berlin et de Madrid le comptaient parmi leurs associés correspondants. Partout son nom était cité avec honneur ; la province qui l'avait vu naître était justement fière de la gloire qu'il faisait rejaillir sur elle, et, au mois d'octobre 1824, le conseil municipal de Besancon prit une délibération aux termes de laquelie son buste en marbre fut placé dans la grande salle de la bibliothèque publique de la ville.

Percy venait d'entrer dans sa soixante et onzième année. Doué d’une constitution athlétique, il paraïssait appelé à fournir

- encore une longue carrière; l'âge avait blanchi sa tête sans

courber sa haute taille; mais on ne mène pas impunément une vie aussi laborieuse et aussi dure. À la phlegmasie chronique des viscères du bas-ventre dont il avait ressenti les premières atteintes en Espagne vinrent se joindre les symptômes d’une hypertrophie du cœur. Il se fit quelque temps illusion sur la gravité de son ‘état, se flattant de célébrer l’année suivante la cinquantaine de son doctorat en médecine, au sujet de laquelle son ami Goercke lui avait écrit de Berlin, huit ans auparavant : « Que de satisfaction j'éprouverais si je pouvais assister à votre fête jubilaire, mon cher camarade, et être témoin participant des hommages rendus à vos grands mérites, à jamais mémorables dans l'histoire des hommes illustres qui ont éclairé la chirurgie de notre temps ! » De nouvelles crises le désabusèrent, et, lorsqu'il quitta Montjay pour rentrer à Paris, ce fut avec la pensée qu'il ne

£: (1) Les articles que Percy a publiés dans la Biographie universelle en

LA —. ‘collaboration avec son neveu Laurent sont signés P. et L.

(2) Ces dissertations furent réunies en volume après sa mort. Cf. Opus- «cules de chirurgie, d'hygiène, et critiques médico-littéraires publiés dans

l'Hygie, par le baron P. Percy et C.-J.-B. Cornet. Paris, chez Mlle Delau-

- may, 1827, in-8° de xxx11-296 p., portrait.

reverrait pas la campagne à laquelle il s'était si profondément attaché; sur une des ports de son jardin étaient gravés ces mots : Dum spiro, spero ; au moment de son départ, il écrivit au-dessous de cette inscription : Speravi, spe erravi. Dans les premiers jours du mois de décembre, tout le monde remarqua l'altération de ses traits à l'enterrement de son collègue Deschamps ; chargé de lire l'éloge funèbre de l’ancien chirurgien en chef de l’hospice de la Charité (1), il eut quelque difficulté à se faire entendre; sa voix, d'ordinaire forte et sonore, arrivait avec peine aux auditeurse: « L'air, dit-il en revenant du cimetière, semble ne pouvoir parvenir à mes poumons. » Pour se délivrer de ces étouffements, il eut l’imprudence de recourir au jalap à haute dose, qui lui avait bien réussi pendant la campagne de Pologne; sous l'influence de cette médication intempestive, son mal s'aggrava, et, malgré tous les soins dont son épouse et ses amis l’entourèrent, il expira, le 18 février 1825, après une longue et cruelle agonie.

Ses derniers jours furent d'un chrétien et d’un sage : la mort n'était pas pour effrayer celui qui l'avait si souvent affrontée sur les champs de bataille ; il aimait à s’entretenir de sa fin, et, dans les moments de répit que lui laissaient ses souffrances, il disait qu'il l’apercevait à travers un voile transparent et qu'il frappait à coups redoublés pour rompre l'obstacle qui l'en séparait. Lorsque sa famille en larmes le conjurait de ne pas tenir un aussi triste langage : « Pourquoi? répondait-il. Cet entretien ® m'est aussi agréable que si je me promenais dans un jardin planté de roses. » L'intelligence demeurait d’ailleurs entière.

« Nous l'avons vu, rapporte son neveu, quinze jours avant de succomber à sa maladie, entouré de ses anciens confrères les plus distingués, au nombre desquels se trouvait le patriarche de la médecine française, l’illustre et savant Portal, fournir « presque seul aux frais d'une conversation toute scientifique, dans

(1) Institut royal de France. Académie royale des sciences. Funérailles | -de M. Deschamps. Discours prononcé à cette occasion, le 10 Xbre 1824, par le baron Percy. Paris, imprimerie de Firmin Didot, 4824, in-#° de 6 P

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