‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 21 sur 293 · INTRODUCTION LU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LU

laquelle il nous étonna autant par la profondeur de ses vues que par le luxe et la justesse de ses citations (1). » Quatre jours avant sa mort, il fit venir le curé de Saint-Gervais et reçut de lui les secours et les consolations suprêmes de la religion. Pendant toute la durée de sa maladie, ses confrères ne cessèrent de faire prendre de ses nouvelles avec la plus vive sollicitude; tous voulurent assister à ses funérailles, et ce fut au milieu de regrets unanimes que sa dépouille mortelle fut conduite au cimetière du Père-Lachaise, où plusieurs discours furent prononcés sur sa tombe : Larrey, entre autres, tint à adresser un dernier adieu à son éminent collègue; c'était, on l'a dit, le courage qui honorait le courage (2).

Peu de temps après la mort de l’illustre Franc-Comtois, un de ceux qui avaient pris la parole à ses obsèques publia une notice biographique dans laquelle il rendit hommage à son savoir et à ses vertus (3). L'année suivante, l’Académie des sciences, belleslettres et arts de Besançon entendit, dans sa séance publique du 26 août, un ancien chirurgien en chef des armées de la Répu-

blique célébrer les mérites du créateur des ambulances mobiles

de l’armée du Rhin. Son éloge fut également prononcé à la Société d'agriculture, sciences et arts du Bas-Rhin. Enfin, au mois de janvier 1827, parut une vie écrite par le neveu à qui Percy avait légué ses manuscrits (4). Membre de l'Académie de médecine et ancien chirurgien principal des armées, M. Laurent était plus à même que personne de retracer la glorieuse carrière de son oncle : il l’a fait avec une véritable piété filiale, et son livre est la source à laquelle ont puisé les auteurs des panégy-

; (4) G. Laurenr, Histoire de la vie et des ouvrages de P.-F. Percy, p. 245. ; (2) A -F. Sizvesrre, Eloge historique de M. le baron Percy, p. 23. (3) 1d., Notice biographique sur le baron Percy (P.-F.). Paris, de limprimerie de Mme Huzard, 1825, in-8° de 30 p. (Extrait des Mémoires de la Société royale et centrale d'agriculture, année 1825.) (+) Histoire de la vie et des ouvrages de P.-F. Percy, composée sur les manuscrits originaux. Versailles, de l'imprimerie Daumont, 1827, in-8° de 547 p., portrait.

riques lus à l'Académie de médecine le 28 février 1828, et à l'Académie des sciences le 18 novembre 1833. Ce n'est pas. qu'il ne règne une certaine confusion dans cet ouvrage, où l’on n'a pas assez tenu compte de l’ordre chronologique des faits. IF est divisé en deux parties : la première raconte la vie de Percy; la seconde énumère ses titres à l'admiration des savants et des. lettrés. On peut reprocher à M. Laurent d’avoir écourté le récit. des campagnes de l'Empire; on ne voit pas, par contre, pourquoi il a inséré intégralement plusieurs mémoires qui avaient. déjà été publiés dans le Magasin encyclopédique. Cette biographie est néanmoins la plus complète de toutes; sa valeur scientifique: est incontestable; on y trouve étudiées toutes les questions, thérapeutique des plaies d'armes à feu, fractures comminutives des os, traitement des plaies contuses de la tête, extraction des. corps étrangers, amputations ; emploi des ligatures, de l’eau, du feu, etc., qui, traitées par Percy avec une précision jusque-là inconnue, font que ses écrits, suivant l'expression de Flourens,

« resteront à jamais comme un des plus beaux monuments ques la science ait élevés à l humanité (1)

Disons maintenant quelques mots de l'ouvrage auquel, tout.

imparfaite qu'elle est, cette notice sert d'introduction. Dès ses premières campagnes, Percy avait contracté L'habi-

tude de noter pour ainsi dire au jour le jour tout ce qui lui arri--

vait, entremélant ce récit d'observations scientifiques curieuses. Dans son livre, M. Laurent avait fait de nombreux emprunts à ce journal; Flourens en avait parlé dans la bibliographie qui

termine son éloge historique; il importait de savoir ce qu'il était.

devenu. Après bien des recherches, j'ai fini par le découvrir en

Égypte, et il m'a été donné de constater que son intérêt était

(1) Éloge historique de Pierre-François Percy, p. xuix.

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4 encore plus grand que ne le faisaient supposer les fragments

; qu'on connaissait déjà. Que M. Charles Laroche, ingénieur à la Compagnie du canal de Suez, veuille bien agréer mes remerciements pour la bonne grâce avec laquelle il m'a autorisé à publier le manuscrit dont il est possesseur : je ne crois pas m'abuser en avançant que les souvenirs de son grand-oncle sont appelés à

. fournir une importante contribution à l'histoire des guerres de la République et de l'Empire.

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- Le journal des campagnes de Percy est malheureusement … incomplet : plusieurs des cahiers dont il se composait ont dis-

paru, et mes démarches auprès des arrière-neveux du grand

savant ont abouti à la certitude qu’on ne devait pas se flatter de - l'espoir de les retrouver. Ceux qui restent sont au nombre de treize. Il y a d’abord un cahier cartonné sur lequel ont été … transcrites en partie les notes relatives aux campagnes de 1799, - de 1800 et de 1805 ; de nombreuses pages sont restées blanches ; : d’autres sont remplies par des ordres: de service, des versets de ï l'Écriture ou des extraits des auteurs classiques, Cicéron, Virgile, - Horace, Lucain, etc. Viennent ensuite douze petits cahiers bros chés, de trente à quarante pages chacun, consacrés aux cam- “ pagnes de 1806, de 1807, de 1808 et de 1809. Là encore, il y à des lacunes ; mais ces lacunes ne sont pas très considérables. Chaque cahier tenait sans peine dans la poche d’un vêtement - et Percy y recourait constamment. On le voit écrire en plein air, à sur ses genoux ou sur un caisson d'artillerie dont il se fait un d. pupitre; le plus souvent, c'est au lit, à la lueur d’une lampe — fumeuse ou de quelque cierge pris dans une église; jamais il ne

; se sépare de ce muet confident et laisse rarement passer un jour — sans grossir son bagage de souvenirs. Ce sont du reste des notes

k: tout intimes; rien n'indique que dans la pensée de leur auteur # elles aient été destinées à la publicité; elles n’en ont que plus de 4 saveur, et, pour me servir d'un terme dont on a souvent abusé, leur réunion constitue un livre réellement vécu.

Le mérite du journal de Percy, c'est de mettre en lumière ce … que les récits de guerre relèquent plus ou moins volontairement

à l'arrière-plan. Les opérations militaires ne regardaient pas

l'infatigable organisateur; ce qui le préoccupait avant tout, c'était d'assurer le fonctionnement de son service, et navrants sont les détails fournis par ses cahiers sur les obstacles qu'il rencontrait dans l'accomplissement de sa tâche. On se laisse aller à partager son indignation contre l'incurie des directeurs des hôpitaux; bon nombre de ceux-ci ne pensaient qu'à réaliser des profits criminels sur les médicaments ou sur la nourriture des malades, et on ne songe pas à s’en étonner quand on voit parmi quels gens tarés se recrutaient trop fréquemment ces fonctionnaires. Le journal du grand chirurgien abonde en renseignements sur les souffrances des victimes de la guerre; il nous fait, en particulier, assisteraux évacuations précipitées danslesquelles, couverts d'habits en lambeaux, grelottant de fièvre et dégouttant de sang, des centaines d’infortunés enduraient des tortures comparables à celles des scélérats condamnés au supplice de la roue; leurs gémissements forment, si je puis ainsi parler, le leit-motiv de cette douloureuse symphonie. Il faut lire le récit de l'arrivée à Burgos de plus de quatre-vingts chariots de blessés et de malades couchés sur un peu de paille pourrie : Percy, qui allait monter à cheval, aide lui-même ces malheureux à descendre de voiture et les soins les plus rebutants n’ont rien qui l'arrête. Quoi de plus horrible que la peinture de l’église où sont entassés les uns sur les autres les prisonniers russes d’Eylau? La puanteur qui se dégage de ce charnier est telle que les chirurgiens envoyés par l'empereur Alexandre n’osent y pénétrer. Quelle description dépassera la vigueur de celle de l’ambulance de la Maison-Rouge à Friedland? Les jambes et les bras coupés s’amoncelaient aux deux côtés de la porte; cent chirurgiens français, couverts de

sang, passèrent toute la nuit à amputer des membres; l'air retentissait de cris déchirants, et l’on devine ce que Percy ressentait devant ces scènes lugubres, sur lesquelles, de son propre aveu, il ne se blasa jamais. | -@

C'est là l'envers de la gloire, et il ne faut pas craindre de le “ montrer. Dans l'ardeur du combat, on ne prend pas garde aux «

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