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LES PENDUS DE MONDRAGON

épaisses de chêne, sans raies ni jantes. C’est l’essieu qui

tourne, et non les roues, et il crie à vous briser les oreilles : c’est ainsi que devaient être faites les voitures romaines. La voiture vide ne crie pas; chargée, on l’entend de très loin et l’on prétend que la douane s’est Opposée à ce que l'usage des autres voitures s'établit, parce que le bruit que font ces misérables carrioles avertit les douaniers quand il y a risque de contrebande. C’est sur ces misérables voitures qu’on évacue un à un, ou deux à deux au plus, nos malades, de sorte que, pour une évacuation un peu considérable, il faut une file de charrettes qui ne finit pas.

Je répète encore que les routes d’Espagne, du moins celles que je suis, sont très agréables et parfaitement entretenues : on marche presque constamment entre des rochers à pic ou de hautes montagnes, et une rivière ou un torrent formant de temps en temps des cascades superbes et faisant aller des usines.

J'ai vu, non sans horreur, pendus au même arbre, trois cadavres hideux, qui y sont depuis deux mois : c’est près Mondragon et voici ce que le commissaire des guerres de celle ville m’a raconté. Le commandant de Salinas, où j'irai coucher ce soir, ayant fait fusiller sept paysans reconnus pour assassins de plusieurs Francais, celui de Mondragon, homme intrigant et jaloux de faire du bruit, ne voulut pas rester au-dessous de son camarade, mais les assassins lui manquaient ; il fit extraire trois

voleurs des prisons de la place, lesquels étaient détenus

depuis einq mois, et sans forme de procès il les fit mettre à mort et pendre à un arbre pour faire parler de sa vigilance et de sa sévérité. Mais il refusa à ces malheureux la consolation d’avoir un prêtre et de mourir en habit de franciscain, tandis qu’à Salinas de véritables coupables avaient été conduits à la mort accompagnés chacun d’un

* prêtre, ayant un froc religieux et entendant réciter autour

d'eux les prières pour les agonisants, ce qui a fait dire de l’un qu’il était un juge intègre et généreux, et de Pautre qu'il n’était qu'un bourreau altéré de sang et impitoyable. Je ne garantis rien.

I y a à Mondragon un hospice civil où sont plusieurs de nos blessés : ce sont les chirurgiens de la brigade hollandaise qui y font le service ; ils feraient mieux d’être à leurs corps. Je laisse, pour le gîte &’ évacuation, un aide-major du 5° hataillon du train, M. Gay, qui se lirera d’affaire comme il pourra,

Plus loin que Mondragon est une petite ville appeiée Escoriaza. Quoiqu’elle n’ait rien de curieux, à l'extrémité il y a un ancien couvent de franciscains, dans lequel on a établi un hôpital qui ÿ serait parfaitement si on y avait des bois de lit ou des tréteaux avec des planches, et des fournitures ; mais tout manque, même les aliments. Cependant il y a une salle où vingt-cinq malades gravement affectés sont assez bien couchés. Dans la suite, cet hôpital se montera, car on n’évacuera que le moins possible et désormais aucun malade ne repassera la Bidassoa, rivière avec un pont de bois tout neuf qui forme la limite entre les deux pays.

Me voilà à Salinas (a sale). Je ne veux pas aller plus”

loin, quoiqu'il n’y ait que quatre lieues de cet endroit à Vittoria. Il a fallu monter une côte très rapide pour arriver à Salinas. Je suis logé chez le curé qui, selon lusage, n’a rien à m’offrir ; mais le chirurgien-major de la troupe westphalienne, Schwartz, me procurera à souper chez son commandant. Point de gîte ni d’hospice. Ville extrêmement pauvre.

12 novembre. — Enfin je suis rendu au quartier géné-

ral, à Vittoria, et j'y suis arrivé de bon matin. Sa Majesté en est partie avant-hier, s’informant si je viendrais bientôt et chargeant M. l'intendant général de m'envoyer promp-

Lo

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