HOPITAL DE TOLOSA
malade, un aide-major qui est chargé de soigner les malades passant et d’en traiter vingt ou trente hors d’état d'aller plus loin; ces infortunés sont dans une corderie ouverte à tous les vents ; c’est ce chirurgien qui fait leur bouillon, leur tisane, leur lit, enfin tout. Le couvent qu'a acheté le maitre de poste conviendrait beaucoup pour un hôpital, mais cet homme ne veut pas le louer et personne ne prend des mesures pour l'y contraindre. Les évacualions passent sans cesse; la plupart des malades sont des conscrits de dix-neuf ans, épuisés, anéantis, sales, déchirés, faisant peine et pitié.
Les routes en Espagne sont superbes ; les monts Pyrénées les rendent quelquelois difficiles : il y à beaucoup à monter el à descendre, mais partout elles sont praticables.
À moitié chemin d’Irun et de Tolosa est une pelite ville appelée Ernani ; nous nous y Somines arrêtés pour voir le gîte d'évacuation que dirige laide-major Gérard, qui voudrait bien obtenir pour un hôpital un assez beau couvent récemment délaissé par des religieuses augustines, mais à qui cette maison ne sera pas accordée parce que le commandant et son fils, espèce de petit fat, très avide, ne Se Soucient pas d’avoir à demeure des malades dans la place, qui les traite en conséquence.
Nous sommes arrivés un peu lard à Tolosa. L'hôpital, établi hors des murs, dans un couvent de franciscains, est encombré et, à sept heures du soir, il y est encore venu plus de deux cents de ces malheureux évacués, tout mouil- Is et grelotant de froid. Ce n’est pas qu'il n'ait fait assez beau et même très chaud dans le Jour ; mais Îles soirées et les nuits, dans ce pays, sont très froides et très humides. M. Lemercier, jeune médecin de cet hôpital, s'est jelé par la croisée dans le délire d’une fièvre nosocomiale et a péri; Son successeur est dangereusement malade ; plusieurs chirurgiens sont alités. Cet hôpital, qui serait bon avec moins de malades, est un tombeau par l'effet de l'encombrement.
Nous sommes partis de bonne heure pour Villareal, où nous avons fait halte. La journée est chaude et superbe. De là, nous sommes allés coucher à Vergara, assez jolie petite ville, dont le commandant nous à logés et bien traités ; j'ai acheté de lui un assez bon cheval pour dixhuit louis. Dans la soirée il est arrivé deux cents malades
accompagnés par un employé; on les a mis sur de la
bonne paille ; il leur a été domné du pain et un verre de bon vin ; à minuit, on a mis le pot ou la marmite au feu, et à six heures ils ont tous eu une bonne soupe, de la viande et du vin. Ils ont continué leur route pour Tolosa : l’aide-major Dembrun, avec deux élèves, est là pour le ser- ‘vice des passants et de ceux qui ne peuvent aller plus loin. Il est difficile de trouver une plus belle route, ni une plus pittoresque. Quoi qu’on en dise, les villages espaanols ne sont pas si misérables. Les pagani font peur ; ils ont un vilain bonnet sur la tête; tous sont habillés de bure couleur de suie, ont des souliers comme les Albanais et autour des jambes un lambeau de grosse étoffe de laine rayée de noir et de brun, qu'ils lient avec des cordeaux ou grosse ficelle. Ils sont laborieux : on les voit cueillir leur maïs, labourer leurs langues de terre, car, à cause des montagnes, des précipices et des torrents, ils n'ont que peu de terres arables. Ils se mettent quatre ou six de front, hommes ou femmes ; chacun est armé à chaque main d’une lourde fourchelte de fer qu’ils plantent avec force en terre tous à la fois ; ils la penchent de leur côté, l’enfoncent un peu plus, et de concert ils soulèvent d'énormes glèbes ou mottes, qu’une personne debout devant ces ouvriers casse avec un outil de fer ; ils passent ensuite une très petite herse traînée par un seul bœuf sur la terre ainsi remuée. Dans ces contrées on ne voit que du maïs et des navets. Les bœufs y sont très beaux. Les chariots sont une simple caisse portée sur un essieu auquel tiennent deux roues faites de planches
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