‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 218 sur 293 · COUVENT DE MIRANDA · texte numérisé non relu

COUVENT DE MIRANDA

années, je prélérais les jeunes gens, lorsque je trouvais en eux de grands moyens; enfin qu’il m'avait annoncé luimême qu'il avait fait droit à toutes mes demandes et qu’il était singulier qu'ayant accepté de ma main plusieurs employés, il n’eût pas accueilli un choix pour lequel je me croyais le juge le plus compétent ; qu’au surplus je n'avais guère trouvé à l’armée qae des espèces de chirurgiens sans instruction ni bonne volonté, auxquels par dérision on avait donné le nom de chirurgiens de pacotille; que le service élait à faire mal au cœur et que je ne voulais très décidément pour chirurgien en chef que M. Willaume ou M. Chappe, sujets brillants, robustes, actifs, façconnés à mes principes, que Sa Majesté m’accorderait sans hésiter si je pouvais me décider à porter atteinte à l'autorité du ministre de qui je devrais les recevoir.

14. — Parti pour Miranda, à huit lieues de Vittoria. Temps superbe. Route comme il yen a peu en France, vraie promenade pour les hommes et les mulets. On passe sous un fort qui semble pendre à un rocher à perte de vue : à la retraite de Madrid, on avait laissé dans ce fort une compaguie avec des vivres ; l’ennemi n’a pas osé Vattaquer ; nous les avons délivrés en marchant en avant. Miranda a été horriblement pillé par nos gens ; trois maisons sont encore en feu. Nos soldats ne furent nulle part plus avides de butin, ni plus atroces dans leur brigandage; ils ont saccagé partout, violé dans les églises les tombeaux, brûlé les autels, volé les ornements et les vases sacrés ; ce spectacle fait horreur. Le beau couvent des franciscains, qui leur a servi de caserne, convient beaucoup pour un hôpital; mais où trouver des fournitures, des aliments, du linge, des hommes? J'ai vu couler le vin

+ à grands flots, et le soldat, ivre ou courant s’enivrer,

entrer dans les caves jusqu’à mi-jambe; farine, blé, orge, meubles, tout y a passé; on entretient les feux des bivouacs

avec des cadres dorés, des balustrades, des devant d’autel, et chacun s’indigne à cette vue, sans oser réprimer de si exécrables actions. En haut de Miranda sont les ruines d’un vieux château qui n’a point été bâti par les Maures, ainsi qu’on le dit communément, mais par les anciens ducs de cette ville.

Le chirurgien principal et le division du quartier général du premier corps ont été retenus d'autorité par le souschef de l’état-major de ce corps à une demi-lieue de Miranda, tandis qu’on se battait à Espinosa et que M. le maréchal Victor avait huit cents blessés avec très peu de chirurgiens; ce sont ceux de Bilbao qui ont fait le service des journées du 10 et du 11. Le sieur Gault (c’est le nom dudit sous-chef) est un gros homme qui, tout adjudantcommandant qu'il est, n’est ni très au fait de la guerre, ni exempt de peur, au moins pour les autres ; il a commis un délit militaire dont Sa Majesté l’eût puni si j'avais voulu me plaindre de cet homme trop cauteleux et trop absolu. Au reste, ces chirurgiens pour qui l’on craignait les dangers du voyage de Miranda à Espinosa, quoique plusieurs officiers l’eussent fait sans accident, ne paraissent que mé-

diocrement empressés de se rendre à leur vraie deslina-

tion, quoique sachant qu’on se bat et qu’il y a des blessés à leur corps.

L’extérieur de la sacristie de l’église offre des têtes et ornements dans le genre égyptien et moresque : M. Desgenettes prétend que cette construction n’est pas dans le style arabe et que ce peuple, par une défense de sa loi, ne figure nulle part des têtes d'hommes.

À minuit, on a battu et sonné la générale. On ne sait ce qu’on a vu ou n’a pas vu. Chacun s’est disposé à partir ; le désordre a élé grand et la frayeur aussi; vingt paysans armés eussent, en lâchant quelques coups de fusil, mis en déroute tout le quartier général. On prétend que, dispersés par le maréchal Victor, les confédérés se sont jetés dans

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