‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 221 sur 293 · HOPITAUX DE BURGOS · texte numérisé non relu

HOPITAUX DE BURGOS

major du régiment d'infanterie légère, qui les à prati-

quées à un quart de lieue de la ville, près d’un petit pont où

. nous avons trouvé en arrivant les jambes et bras qu’il

avait coupés et qu’il aurait bien dù faire cacher ou enterrer, car il faut toujours autant que possible dérober ce spectacle à la troupe qui passe.

Les expressions manquent pour peindre les horreurs,

les excès abominables dout la soldatesque s’est souillée à

- Burgos, le jour et le lendemäin de son entrée en cette ville

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justement célèbre, et qui, Sans ce brigandage, nous eût fourni abondamment tout ce qui nous aurait été nécessaire. Les moines et les premiers habitants ont fui épouvantés ; le soldat écumant de rage et n’écoutant plus la voix de ses chefs s’est jeté comme une lave dévorante dans les églises, dans les maisons, dans les couvents ; il n’a rien épargné; les tabernacles, les sacristies, les meubles, les planchers, les tombes, tout a été brisé, arraché, levé, déplacé pour chercher de l'or et des bijoux. Demain je poursuivrai le cours de mes visites et n’aurai qu’à m'indigner de plus eu plus de ce qui frappera mes tristes revards.

Je suis logé dans la maison d’un chanoine que l’on dit

mort; tout y est sens dessus dessous; on y a volé de la

cave au grenier.

17. — Je me suis décrassé et habillé pour voir nos hôpitaux, l’un dit de Barantès et l’autre de la Conception ; ils ont été construits pour la garnison espagnole et sur un plan vicieux ; les salles sont longues et n’ont d’air et de Jour que par la porte d’un côté et une grande croisée à l’autre extrémité; à droite et à gauche sont des alcôves numérolées, dans chacune desquelles est un grabat ; il faudra absolument ouvrir des soupiraux et des croisées latérales, au moyen de quoi la salubrité se rétablira et l’on aura de fort beaux établissements.

J'ai vu panser à Barantès les neuf amputés du 12; ils vont bien. Dans cet hôpital, comme à la Conception, les Espagnols sont confondus avec les Français, ce qui dégoûte ceux-ci et leur fait dire, lorsque les aliments sont mauvais ou qu’ils manquent, qu'on donne les meilleurs où qu’on en trouve bien aux Espagnols, qui pourraient bien, en effet, recevoir des préférences de la part des adminislrateurs, qui sont de leur nation. Les Français n’exercent

qu'une Écnfaite surveillance dans les hôpitaux ; ce sont.

les Espagnols qui les dirigent, et cette fois il n’y a pas un sol à gagner ou à voler pour nos administrateurs ; aussi n’en voit-on pas. Tout est Espagnol, jusqu'aux infirmiers, qui ont chacun leur petit pot devant le feu, selon la mode du pays, et ne font que le moins d'ouvrage qu’ils peuvent. Ayant vu à un foyer de Barantès vingt-huit petits pots, j'ai jugé qu’il y avait vingt-huit servants, et cependant tout était sale et malpropre; si on leur ôtait la petite jouissance du petit pot, ils s’en iraient tous, à ce que disent les Espagnols ; mais nous essaierons de les nourrir à la francaise, et avec de la douceur et de la fermeté on en viendra à bout. La pharmacie est espagnole, excepté quelques pharmaciens francais.

Ce que j'ai vu à Barantès, je ’ai trouvé à la Conception : mêmes salles, mêmes abus, mêmes habitudes. Le vin manque depuis trois jours à l’un et à l’autre. Ici, il y a des officiers espagnols malades et beaucoup de soldats de cette nation qui sont affectés de fièvre ataxique, ce qui nuit beaucoup à leur guérison. M. Kayser, sexagénaire, chirurgien-major de l'hôpital de la Conception, est affecté d’un phlegmon érysipélateux, près le poignet droit, avec tension, chaleur âcre et couleur rutilante de la peau; il faut le faire vomir, entretenir la liberté du ventre et employer les fomentations et bains émollients animés de teinture de kina. Ce malade est débile, maigre, usé, bilieux ; on a proposé de faire une incision selon la direc-

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