GRATIFICATIONS AUX BLESSÉS
De
- - L'Empereur passant devant le couvent de la Conception a vu soixante charrettes chargées de près de deux cents
des blessés d’'Espinosa, dont il venait de me parler; il a donné ordre au général Bertrand, son aide de camp, de resier là pour les faire placer et soigner. Je suis aussitôt accouru avec six chirurgiens; nous avons forcé la porte d'une salle d'anatomie appartenant à l'hôpital et au collège de chirurgie des Espagnols ; nous nous sommes tous mis à arranger les bancs, à balayer, disposer les tréteaux, les paillasses, et les blessés ont peu à peu élé logés et couchés. Sa Majesté à été contente du rapport du général Bertrand, qui n’a vu que nous, comme c'est l'usage et comme l'Empereur y est habitué.
Il fait beau, mais froid. Il s’agit de faire place aux Français dans les hôpitaux établis et de réunir les Espagnols dans la grande abbaye de San Juan. Je m'y suis rendu. Quels désordres? Quelles ruines ! Tout, dans ce monastère jadis si beau, est plein de chevaux, d'hommes, de débris, de voitures; la pharmacie, la plus belle de l’Espague et estimée cinq cent mille livres, a été culbutée, détruite de fond en comble; à peine notre pharmacien en chef a-t-il pu en sauver quelques bocaux, poteries et alam-
bics.
19. — Il fait assez beau, mais le temps est froid. Cependant il est facile de s’apercevoir qu’on est en Espagne : j'ai vu des hirondelles voltigeant sur la rivière d’Arlanzon et il fait bon se promener au soleil. Je suis allé prendre au palais M. le grand-maréchal Daroc pour l’accompagner dans les hôpitaux, où il avait une distribution d’or à faire aux militaires blessés ; il a donné à chaque officier huit ou neuf napoléons et à chaque soldat trois ; c'est Sa Majesté qui leur fait cette gratification. En atten-
. dant au palais que Son Excellence fût prête, j'ai salué le
prince vice-connétable et causé avec M. le général Savary.
J'ai envoyé au rédacteur du Publiciste V’article suivant : 4
« De Burgos, le 19 novembre,
Ce matin, Son Excellence le grand-maréchal Duroc, accompagné du chirurgien inspecteur général de l’armée et d’un fourrier en chef du palais, a parcouru les hôpitaux et a remis au nom de Sa Majesté une gratificalion aux militaires qui ont été blessés tant devant Burgos qu’à Espinosa. Chaque soldat a eu trois napoléons d’or, ce qui fait : présumer que la part des officiers a été er mais quel qu’eût été le présent, la bonté paternelle du héros qui l’a fait et la douceur affectueuse avec laquelle il a été distribué ne pouvaient que le rendre très précieux aux yeux de nos braves, qui l’ont reçu comme des enfants tendres et reconnaissants acceptent le don d’un père chéri et adoré. »
En allant voir les hôpitaux, j'y ai rencontré le général Mathieu Dumas, qui les visitait aussi de la part du roi; nous ne manquons pas de visiteurs, qui n’épargnent ni les promesses, ni les menaces; mais la détresse et la misère n’y diminuent pas pour cela.
20. — Il fait le plus beau temps du monde; le soleil est aussi fort à midi que dans un beau jour de mai; les hirondelles volent sur la rivière comme en France pendant l’été ; mais le fond de l'air est froid et la nuit a été très froide. La ville de Burgos n’est plus qu’un cloaque ; toutes les maisons sont pleines de Français qui sont deve- « nus plus sales que les Espagnols ; il y a des chevaux et des « mulets dans toutes les allées, dans tous les cloîtres, dans toutes les églises ; les rues sont salies d’excréments à ne savoir où mettre le pied; la boue, les fumiers,"les mares d'urine, les débris des boucheries répandent une odeur infecte. La cour de la résidence de Sa Majesté n’est pas
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