‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 224 sur 293 · HORREURS DES ÉVACUATIONS · texte numérisé non relu

HORREURS DES ÉVACUATIONS

plus propre que le reste de la ville ; j’y ai vu une rivière d'urine d'hommes et d’animaux et des tas d’un fumier pourri, mêlé de viandes, d’ossements et d’excréments humains qui en rendaient l'aspect aussi insupportable que la puanteur en est extrême. M. le grand-maréchal Duroc doit avoir donné des ordres pour enlever ces immondices dangereuses pour la santé © notre Empereur. ;

21. — Ila fait ce matin, après une nuit froide, un brouillard des plus épais : le soleil a pris le dessus ; il est chaud et réfocillant. Je comptais partir pour Lerma, sachant que intention de Sa Majesté est que je suive son quartier général, qui se rend en ce lieu; mais, n'ayant encore aucun ordre, ma voiture était déjà devant et mon cheval m'attendait à la porte lorsque j'ai trouvé plus de quatre-vingts voitures de blessés et de malades se dirigeant sur l'hôpital de la Conception ; dès lors, j'ai renoncé à mon projet de départ pour m'occuper de ces infortunés. Environné de dix chirurgiens accourus pour me seconder (ceux du premier corps, d’où venaient ces voitures, n’y ont pas paru, excepté les deux qui avaient accompagné l'évacuation), je me suis mis en devoir de porter et faire porter les blessés et de les gîter le moins mal possible. IL y avait cinq jours que la plupart n’avaient quitté la charrette qui leur avait servi de moyen de transport et de lit ; . leur paille était pourrie ; quelques-uns avaient sous eux

un matelas qui était sali du pus de leurs plaies et de leurs excréments ; ils étaient couverts de lambeaux de tapisserie, de rideaux, de pièces de damas, de mauvais draps de paysans, etc. Nous les avons descendus, non sans peine, et, plusieurs ayant besoin d’aller à la selle, il a fallu les lenir suspendus pour leur en donner la possibilité ; ces manœuvres bien pénibles et excessivement dégoûtantes - ont duré près de deux heures ; c'était une puanteur insup- . portable. Les plaies n’avaient pas été pansées depuis quel-

ques jours ou l'avaient été légèrement ; plusieurs étaient déjà gangrenées. Quelques fractures s'étaient assez bien maintenues , d’autres étaient dans l’élat le plus fâcheux ; il y avait deux amputations, l’une de la cuisse et l’autre de la jambe, et, en général, tous les cas sont graves. O dou- M leur! ô honte! il n’y a rien pour coucher ces pauvres « gens, pas même une paillasseg pas même de la paille. Les matelas qu’ils ont apportés nous ont heureusement servi pour une partie, leurs lambeaux et guenilles aussi. Il a fallu débarrasser une chapelle où les tombeaux avaient été ouverts ; ceux-ci refermés, nous avons enlevé les bancs, la chaire à prêcher, et trente blessés ont été déposés, les uns sur des planches avec une poignée de paille pourrie ou un matelas qui leur appartient, et les autres sur le pavé. Point de linge, point de chandelles, point de vivres. Il n’y a pas eu moyen de renouveler un pansement, de réchauffer ces malheureux ; nous avons attendu jusqu à neuf heures du soir, espérant qu’il nous arriverait quelques secours, mais nous n'avons vu personne ; On est seu- M lement venu pour compter les victimes de la plus cou- : pable imprévoyance, de la plus barbare insouciance ; on a fait un rapport numératif à M. l’intendant, et voilà tout, … C’est partout de même : à Pampelune, où il y a huit w hôpitaux et des milliers de malades, on est dans le dénue- E. ment le plus déplorable et l'encombrement porté à l’excès M fait périr chaque jour dix-huit ou vingt malades ; les chi rurgiens le sont tous ou ont été. La mortalité fait des progrès effrayanis. Sans vin, la plupart du temps sans médicaments, sans linge ni fournitures, douze cents malades M où il n’en faudrait que quatre cents, comment avec tout « cela obtenir la moindre quérison ? 4

PASS" CHILONS ET DCR ES

22. — Dès la pointe du jour on m’a envoyé par un gendarme l'ordre au nom de Sa Majesté de suivre le quartier « général impérial et de me rendre à Lerma, distant de douze

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