‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 228 sur 293 · ORGANISATION DU SERVICE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU SERVICE

et des bords tranchants des os formant l'ouverture ; il faut commencer par adoucir ce biseau. Deux autres sont déjà morls, ayant eu à la tête cinq ou six coups de sabre chacun. Le plus jeune ayant été frappé sur l’épaule gauche, le sabre a coupé la clavicule et l'artère sous-clavière; il a péri sur-le-champ. On ne sait ce que deviendra cette affaire.

26.— J'ai peu dormi ef, toussé beaucoup : je tremble que ma toux ne ressemble à celle de Pultusk, qu’elle ne soil gastrique.

Je suis logé au rez-de-chaussée, dans un taudis humide, froid, sans vitres, et je n’ai que quelques braises dans un vieux pot très puant.

La nuit a été froide et humide; il fait du brouillard ce malin. L’ennemi étant encore assez près d’Aranda, Sa Majesté restera en celle ville jusqu’à ce que l’on ait dissipé ou battu les trente mille hommes que l’on dit être entre Madrid et nous; on tâche de les attirer et de les retenir pour leur livrer un combat décisif; d’après cela, il faut que je fasse place dans nos espèces d’hôpitaux pour quelques centaines de blessés.

J'ai écrit à S. À. le major général la lettre suivonte :

« MOonNSEIGNEUR,

« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse qu'il se {rouve aux dépôts, même aux petits, de la plupart des régiments plusieurs chirurgiens dont la présence y est inutile. Dernièrement j’en ai rencontré deux qui se rendaient au petit dépôt du 119° d'infanterie en vertu d’un ordre de leur colonel, lequel prévalut contre celui que je leur donnai de me suivre au quartier général. Cet abus enlève à l’armée active un grand nombre de chirurgiens qui y sont . devenus absolument nécessaires.

« ILest mort dans les hôpitaux de Pampelune, pendant les dix premiers jours de novembre, deux cenl trente-sept

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malades, ainsi qu’il est constaté par les mouvements cijoints, etdepuis la mortalité a fait des progrès encore plus effrayants : la plupart des chirurgiens sont alités; ce sont, d’une part, un encombrement sans exemple, et, de l’autre, le manque de fournitures et de moyens alimentaires et médicamenteux qui produisent cette perte extraordinaire. Il ne faudrait en cette ville que trois hôpitaux, et il yena huit; trois mille malades y seraient bien et les huit mille qu'on y a réunis sont très mal.

« Il est temps, Monseigneur, qu’on metle à notre disposition quatre cents de ces soldats mutilés volontairement ou par accident, de ces hommes qui suivent de loin l'armée sans jamais la joindre, pour en faire des infirmiers qui auraient un costume distinctif, un enrôlement particulier, de bons officiers pour les commander, et qui, distribués par escouades dans les hôpitaux les plus proches de l'armée et à la suite de la chirurgie dite de bataille, y rendraient des services dont nous sommes généralement privés. II n’y a pas un seul infirmier français dans toute l’armée ; aussi les malades et blessés y sont-ils extrêmement malheureux el mal soignés.

. Ne serait-il pas utile, Monseigneur, d’avertir les militaires qu’ils s’exposent à périr asphyxiés en se chauffant dans les chambres fermées avec la braise et à plus forte raison avec le charbon qu’ils y allument ? Il faut que Pun et l’autre, et principalement le dernier, aient brûlé pendant quelque temps en plein air pour en dégager le gaz ou les émanations mortelles que la combustion y développe abondamment. » |

Je me rappelle que le 22, accompagnant M. le grandmaréchal qui distribuait de l'or aux blessés, je lui en fis M voir un dont le shako avait été percé d’outre en outre par « un boulet qui avait effleuré, mais non touché la peau. Je lui parlai du vent du boulet, vieille erreur que des milliers de faits semblables devraient depuis longtemps avoir

ra = "à !

# VOILA BIEN DE LA TENDRESSE ! à 123

détruite. Ce soldat se portait bien : il n’avait rien senti, sinon qu’on lui arrachait son bonnet.

Ordre de partir à quatre heures du matin pour se diriger sur la gauche d’Aranda.

26. — J’ai toussé horriblement et très peu dormi; je suis décidément pris et il est temps que nous arrivions à Madrid. Il fait du brouillarA et le temps est froid. Je laisse trois chirurgiens à Aranda pour l’hôpital, où un médecin espagnol fait la visite. Ce matin, il y existe plus de deux cents malades ; la garde en fournit beaucoup ; c’est la suite des excès crapuleux qu’elle a faits ces jours passés. Sa Majesté arrivant à Aranda, il s’éleva aussitôt un cri général et extrêmement fort de Vive l'Empereur ! Le lendemain, à son diner, Sa Majesté raconta plaisamment qu'ayant entendu ce cri, elle s’était dit à elle-même : « Oh! oh! voilà bien de la tendresse ! » mais qu'ayant ensuite réfléchi à l'abondance du vin dans le pays, elle avait décidé à part elle qu'il y avait du Bacchus plus que d’autre chose dans tout cela.

Au moment où nous allions partir est arrivée la nouvelle que les corps d'armée de Castaños et de Palafox avaient été complètement battus, taillés en pièces ou dispersés, ce qui a fait révoquer l’ordre du départ et fait reprendre la route directe de Madrid. Tout ce qui avait pris à gauche est revenu ; mon ambulance du quartier général, partie de très

bon malin, sera obligée de revenir; la campagne, au

moyen de ce succès, sera bientôt terminée et très probablement nous serons à Madrid le 2 décembre. On m’a volé, en plein jour, tous les sacs de pain et d'orge qui élaient attachés devant ma voiture : le soldat est brigand d'habitude et il ne distingue plus entre l'Espagnol et le

Français. Quoique très affecté de cette perte, je n’ai pu

m'empêcher de rire en voyant les grimaces de mon cocher Picard : jamais Jocrisse, dans son désespoir, ne fut plus

plaisant. Le temps est nébuleux, froid, désagréable. Notre hôpital se monte ; on nettoie partout; demain la pharmacie sera en activilé; j'ai pris des mesures pour qu'il y ait un médecin français.

M. le major général vient de me répondre qu’il avait écrit au ministre de la guerre et au ministre directeur pour enrôler comme infirmiers tous les conscrits mutilés et qu'il avait communiqué mon, avis sur les dangers du charbon et de la braise allumés en un lieu elos à MM. les - maréchaux d'Empire commandant les corps d'armée. Nous aurons donc des infirmiers militaires, mais quand ? N’importe, il faut commencer.

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