‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 227 sur 293 · PALIN I ONE 7 CNT MP ES · texte numérisé non relu

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ENTRETIEN AVEC L'EMPEREUR #19 ; } qui ont passé la nuit en plein air et sans feu sont très

malades. Ce matin il y a plus de cent grenadiers de la garde dans ce cas; ils sont roides, peuvent à peine se soutenir, ont le corps froid, la peau resserrée et rugueuse,

des douleurs dans tous les membres, des vertiges et la

figure à peine reconnaissable; on les conduit dans un hospice civil où, après la retraite, plusieurs de nos blessés el malades ont été généreusement soignés. C’est dans cet hospice qu'est mort le sieur ..., faisant fonctions de chirurgien principal au corps du maréchal Moncey, le digne ami du commissaire, grand voleur comme lui et qui, comme lui aussi, eût été chassé ignominieusement si la mort ne m’eût prévenu.

- Aranda est une grande et assez belle ville; elle a été pillée par le 1* corps, mais des patrouilles empêchent à présent le pillage et ceux des habitants qui sont restés sauveront quelque chose; tout est plein de troupes et de chevaux et mulets ; on fait de bonnes distributions.

Je suis allé voir un ancien couvent au delà du pont, dans lequel était, il y a six mois, un assez bel hôpital. Les chasseurs de la garde y sont logés ; j’y ai trouvé quatre-vingt-trois malades mal couchés, mais qu’on y nourrit assez bien ; c’est un médecin espagnol qui les soigne; on pourra en placer six cents dans ce beau local et les fournitures ne manqueront pas. Vis-à-vis est un hospice civil où l’on réunirait avec beaucoup d’avantages cent blessés ; il y a une salle à alcôves, et les meubles, quoique inutiles, sont encore là. La garde ne manque de rien; on lui distribue des moutons vivants, que l’on compte pour vingt livres pesant, sans la peau; elle tue des cochons et boit à force.

Comme je revenais, j'ai. rencontré à l'entrée du pont Sa Majesté, qui n’a demandé des nouvelles de mon service et de celles des hommes de sa garde qui ont tant bu à Lerma; je l'ai accompagnée jusqu’au bout du pont,

toujours causant avec elle. Quelle tête! Quel corps ! Hier, cet homme toujours plus étonnant est venu de Burgos à Aranda toujours au galop et n’ayant relayé que trois fois : il y a vingt-six lieues. Aujourd'hui, il est à cheval dès les neuf heures du matin, voyant tout, ordonnant tout, passant en revue un corps, faisant marcher un autre corps, etc.

J'ai vu le domestique d’un officier supérieur de la garde, qui, ayant insulté son maitre, a eu le poignet en partie coupé par le sabre de celui-ci ? c’est un homme estropié. La plaie était très béante; j'ai rapproché les lèvres et tâché de remettre en contact les lendons, mais la flexion du poignet est perdue et il y aura ce qu'on appelle faussement fausse ankylose. Bienaise eût fait la suture de ces tendons. Eût-il bien fait? Aurait-il réussi? Je réponds que non. Les anciens cousaient aussi les tendons; c’est une pratique qui mériterait d’être examinée et retouchée.

Ce matin, Sa Majesté passant en revue le 95° d’infanterie, un soldat est sorti du rang et lui a dit que depuis dix-sept aus il servait avec honneur et en brave homme; qu’il avait fait les plus pénibles campagnes et que sur sa paie il économisait quelques sols pour soulager la vieillesse de sa mère, ce qui a été attesté par le colonel. L'Empereur lui a donné l2 croix et fait partir quatre cents livres à l'adresse de la viec:ile mère.

L'autre jour, il passait en revue un régiment de dragons. Un sous-lieutenant lui dit que depuis quatre ans il avait ce grade sans avoir pu monter plus haut : « Moi, lui répondit l'Empereur, j'ai été lieutenant pendant sept ans, el ça n’a pas nui à mon avancement. »

Douze hommes de différents régiments d'infanterie viennent d’être blessés mortellement par le commandant de la place, qu’on croit avoir été ivre en commettant cette: action coupable. Un de ces soldats a eu l’une des tubérosités occipitales détachée par un coup de sabre : cet apokepharmismos est très dangereux à cause du cervelet

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