‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 230 sur 293 · Je suis content de ma nuit et ma toux ne sera · texte numérisé non relu

Je suis content de ma nuit et ma toux ne sera

rien. J'ai à m'applaudir d’avoir pris hier quelques grains

de jalap ; ce matin j’ai encore pris douze grains; on m'a procuré de la cassonnade, qui me fait grand plaisir. Ceci passé, Je me porterai bien set hiver.

L'hôpital contient aujourd'hui trois cent vingt malades, qui y sont horriblement mal; il n’y a point d'employés, point d'infirmiers, point d’ustensiles, point de linge; les

denrées n'y manqueront pas et les malades pourront boire

du bon vin.

Le temps est assez tempéré pour la saison, mais toujours du brouillard. Il faut que l'hiver soit froid dans ce pays-ci ou que les habitants soient frileux, car on s’y habille bien chaudement. |

Les gros équipages avec les deux tiers du quartier général de Sa Majesté sont partis ce matin. Nous partirons demain.

29. — On n’a reçu qu’à onze heures et demie l’ordre de départ. Après avoir assuré avec quatre chirurgiens le service de lhôpital contenant trois cents malades, je me suis mis en route assez joyeux : il a fait beau jusqu’à six heures : le ciel était clair et la lune a fini par percer les brouillards qui se sont emparés sur le soir de l'horizon. Le chemin est très mauvais et la journée est de treize lieues de France. Arrivé, non sans peine, à neuf heures du soir à Fresnillo de la Fuente, j’ai trouvé ce gîte encombré d'hommes et de chevaux. Accoutumé à chercher fortune et ne craignant rien tant que le bivouac, je suis entré au hasard dans une cassine obscure où j'ai vu M. le général Lariboisière endormi devant un bon feu ; j'ai reçu du bon ami l’hospitalité la plus gracieuse et nous avons couché ensemble sur la paille, ce qui ne m’a pas empêché de dormir jusqu’au

jour ; mes gens ont couché dans la voiture, après avoir fait et mangé de la fricassée à un bon feu de bivouac. Ayant tiré mon petit couteau blanc, que j'avais tant promis à mon épouse de lui rapporter, il faut que je Paie oublié ; tant il y a que je lai perdu. Il a fait froid pendant la nuit.

30. — Ce matin, le temps a été extrêmement froid et nébuleux ; le brouillard pénètre et mouille. Nous nous sommes trouvés à la queue d’un convoi d’artillerie de plus de trois cents voitures. Arrivés sur les hauteurs, à deux lieues du logement, il a fallu s’arrêter et attendre jusqu’à midi l’écoulement des équipages et des trains, ce qui a été très long, car il n’a pu passer qu'une voiture à la fois; encore a-t-il fallu l’enrayer pendant près d’un quart d’heure. Cette descente est affreuse ; javais mis pied à terre. Je me suis arrêté au premier village et y ai préparé dans une baraque du foin et de l’orge pour nos mulets et chevaux qui, contre mon attente, ont paru au bout d’une demiheure ; nous nous sommes bien reposés et peut-être trop longtemps. Nous étant remis en chemin, nous avons encore eu le malheur de rencontrer les convois et, qui plus est, dix régiments de dragons qu’il a fallu laisser passer. La route est par intervalles assez bonne. Pour arriver au haut de la côte par où l’on s’est battu ce matin, nous avons mis beaucoup de temps : cette côte est extrémement rapide et longue. Les Espagnols auraient pu nous arrêter tout court : c'était leur intention; mais mal com-

mandés ou trop peureux, ils n’avaient mis en position

que deux pièces de canon et n'avaient que cinq mille hommes, que les Polonais et quelques troupes de ligne

ont eu bientôt débusqués. Le capitaine polonais a eu la +

cuisse percée et traversée par un biscaïen et de plus il a recu à l’épaule droite deux coups de feu avec fracture de l'articulation ; M. Larrey a amputé la cuisse et je doute que ce brave homme en réchappe.

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