‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 260 sur 293 · CRIMINELS ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

CRIMINELS ESPAGNOLS

revus que quand nous n’en avions plus besoin. Je les avais excusés en supposant qu'ayant apprêté les bœufs, quelqu'un s'était trouvé là qui les avait enlevés ; mais je me suis convaincu que les drôles ne valaient pas grand'chose, lorsque m’étant aperçu, à un quart de lieuc, que j'avais oublié mon petit bouc et l'ayant envoyé chercher, ces hypocrites ont refusé de le rendre et soutenu qu'ils ne l'avaient pas. jusqu’à ce qu'ils aient vu le sabre tiré contre eux ; alors seulement ils l'ont rapporté.

La route est belle, mais triste : point de culture, point de village ; des torrents, des rochers nus, des montagnes couvertes de neige. Nous sommes arrivés de bonne heure à l’église et à la maison où nous avons été si mal le 23 : on à donné du pain aux mules et on les à fait boire à ja superbe fontaine ; ensuite nous nous sommes acheininés vers la fameuse montagne, que cette fois nous avons montée et descendue sans aucune difficulté. J'ai fait ce chemin en partie à pied, regardant l'immense pays qu’on découvre depuis le sommet de cette Sierra et allant voir de temps en temps sur les côtés de la route les cadavres des Espagnols que nos gens ont tués, ces jours derniers. On dit que ces misérables ont été tirés des prisons, où quelques crimes les avaient fait enfermer, et que le duc de l’Infantado et autres chefs espagnols leur ont fait jurer sur le Saint Evangile qu’ils mériteraient leur pardon en assassinant le plus de Français qu’ils pourraient; en conséquence, ils avaient été distribués dans les auberges et bonnes maisons de Madrid à titre de domestiques et ils ne remplissaient que trop bien leur affreux engagement. Parmi eux, il y avait aussi des colporteurs de libelles, de pamphlets séditieux, etc. On en a pendu plusieurs et je pense que tous pourraient bien y passer.

Nous sommes arrivés à deux heures à Guadarrama ; j étais incertain si j'y passerais la nuit, ou si j'irais à l’Escurial ; après avoir un peu balancé et ayant trouvé à faire

mettre pour cinq livres un vieux fer de devant à mon cheval, qui avait perdu le sien, j’ai pris ce dernier parti.

29. __ I] n’y a pas eu moyen de voir les tableaux de l'Escurial : tout y est sous le scellé. Le général Lariboisière n’en à vu que trois, dont un représentant la bataille de Saint-Quentin, par Paul Jordaens ; tous les autres sont invisibles. Les appartements,çdu roi sont mesquins. On a mis les scellés au Panthéon, à la sacristie, partout enfin.

Ce matin notre hôte, qui m'a donné hier soir et ce malin du chocolat, a osé réclamer pour cela quatre piéeettes : nous l’avons envoyé paitre et, comme il ne nousapas compris et que je lui ai fait beaucoup de gestes de politesse, il a pris le parti de se contenter de cette monnaie. Le chemin de l’Escurial est beau, mais le terrain est aride ; on n’y voit que des roches primitives ; le chêne vert et les pins imilent un peu le printemps ; l'herbe pousse et verdoie ; les étourneaux font un ramage assez beau ; il y en a une multitude dans ce pays ; j’en ai vu sur toutes les cheminées de l’Escurial et je ne croyais pas qu’ils chantassent aussi agréablement. Il a fait beau, mais un peu froid. À moitié chemin sur la montagne, nous avons tous risqués d’être enlevés par un vent terrible, qui a culbuté plusieurs fantassins. En avançant vers Madrid, j'ai rencontré un beau troupeau de moutons de race conduits par des Espagnols et des Français ; ils broutaient l’herbe le long du chemin et trouvaient bien à vivre.

C’est aujourd’hui que le roi Joseph a fait son entrée à Madrid : les portes et fenêtres des maisons sont drapées d’étoffes de toutes les couleurs ; c’est la mode du pays. On a conduit le Sire à l'église, où on lui a fait baiser cinquante reliques ; on a chanté le Ze Deumet ce soir il y a uneillumination générale, qui consiste en cierges gros comme le bras, ou en bougies et chandelles, selon la richesse ou la libéralité des habitants, que l’on fait brûler aux fenêtres.

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