‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 263 sur 293 · MUSÉE DU PRADO · texte numérisé non relu

MUSÉE DU PRADO

pés ni couverts, non plus que les lauriers-amandiers. Les serres sont très ordinaires. J’ai vu de beaux herbiers ; les

plantes du Chili, du Mexique, du Pérou se trouvent dans

ces herbiers, mais non dans les serres, où nous n'avons trouvé ni l’arbre du kina, ni celui du café, ni le poivrier, elc., de sorte que c’est un jardin charmant pour la promenade, mais assez peu riche en plantes très rares, quoiqu'il en contienne plusieurs que nous n'avons pas chez nous. M. Mathieu-Faviers, que J'ai rencontré, n’a appelé pour me dire qu’hier, à son diner, Sa Majesté avait

-eu la bonté de parler de moi et de dire que ma physio-

nomie lui convenait beaucoup et qu’il était satisfait de m'avoir vu et connu.

J'ai composé l’article suivant pour être publié dans ur. journal français :

« De Madrid, le 25 janvier.

« Aujourd'hui, à trois heures, Sa Majesté le roi d'Espagne a visité les hôpitaux de sa capitale. Les habitants se sont portés en foule sur son passage, montrant le plus grand désir de voir leur nouveau souverain, et admirant la piété modeste et charitable de ce bon prince qui, après avoir porté jusqu’au trône du Dieu des armées l'hommage solennel de ses vœux, ne dédaignait pas de descendre jusqu’au fit de douleur de l’homme malade pour lui payer le tribut le plus touchant de sensibilité et de bienfaisance. Les Espagnols émus ont avoué qu’ils n’avaient jamais été édifiés de cette manière. Au reste, cette douce et compatissante philanthropie est une vertu de famille : si le roi

Joseph en a hérité, si elle se peint dans ses traits, dans

son langage, dans ses actions, à quel degré son auguste frère ne la possède-t-il pas ? « On a loué... »

7et 28. — Hier, il a fait un temps superbe; chacun

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se promenait au Prado. Je suis allé voir le Musée d'histoire naturelle ; j'y ai trouvé des choses superbes et excessivement riches, entre autres un morceau d’or natif pesant seize livres, venant du Pérou, et une masse d'argent recouverte seulement d’une petite couche de muriate, laquelle masse pèse deux cent deux livres. Les vases en chalcédoine, en jaspe, en sardoine, ornés de pierres précieuses, el en camées ne manquent pas dans ce riche cabinet. … : La mortalité est effrayant et hors de toute proportion dans presque tous nos hôpitaux. Ceux de Pampelune seraient bientôt déserts par l’énorme quantité de malades qui y périssent journellement, si les cadavres de ces infortunés n'étaient aussitôt remplacés, sans changement de grabat, par de nouveaux malheureux qui y mourront à leur tour, et toutes ces victimes de l'encombrement, de la plus détestable administration, de l’insouciance des autorités, des spéculations de l’avarice, la mort les choisit parmi les jeunes conscrits de vingt ans. Il est vrai que ces soldats sont déjà épuisés lorsqu'ils arrivent à l’armée; la route, la mauvaise nourriture, la vermine, les insomnies, l’habitation pendant la nuit dans des églises froides, dans des couvents abandonnés, où des milliers d'hommes, et surtout de prisonniers espagnols, ont laissé leurs ordures et où il faut coucher sur la dure, sur le pavé, exposé au froid, à l'humidité, aux émanations putrides et infectes, toutes ces causes, et surtout la nostalgie qu'elles contribuent encore à augmenter, jettent ces nouveaux soldats dans l’état le plus fâcheux et déterminent bientôt les maladies qui les moissonnent. La plupart périssent épuisés ; ils s’éteignent sans regrets ni douleur. La dysenterie en tue un grand nombre ; la fièvre nosocomiale en fait succomber encore davantage ; et les mauvais soins, la malpropreté, le défaut de secours, la pénurie de linge, le manque de médicaments, le méphitisme des salles convertissent ces hôpitaux hideux et dégoûtants en autant d’asiles

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de la mort ou, comme le dit le soldat lui-même, en vrais cimetières. Les officiers de santé, et particulièrement les chirurgiens, meurent pêle-mêle avec les autres malades ; on en perd souvent à Pampelune et à Saint-Sébastien. De jeunes étudiants arrivant de France se trouvent tout à COUP plongés dans une atmosphère empestée ; pleins de la premiére ferveur, ils s’abandonnent à leur zèle et à leur sensibilité, et bientôtils sont sacrifiés avec ceux qu'ils croyaient pouvoir sauver,

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