‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 40 sur 293 · ARRIVÉE DE NOUVEAUX BLESSÉS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE NOUVEAUX BLESSÉS

- quait; les habitants nous ont apporté jusqu'aux rideaux

dés fenêtres, mais rien n’était coupé, et que l’on juge de

l'embarras où l’on doit être lorsqu'il faut couper du linge

à mesure qu'on fait des pansements ou des opérations.

. Point de charpie non plus : on y a suppléé par les étoupes - et le lin. Jai vu deux volontaires attelés à une petite charrette sur laquelle ils ramenaient leur camarade blessé. D’autres portaient un blessé sur un brancard de branches et sur leurs épaules ; d’autres, sur des fusils liés ensemble avec leurs mouchoirs, canon contre canon; ils passaient deux fusils ainsi liés sous les jarrets et, avec deux autres

pareillement attachés, ils portaient le trone, moyennant

… d'autres mouchoirs ou un sac à pain passés sous les ais-

selles et dans l’anse duquel ils avaient enfilé leur fusil.

… D'autres enfin les portaient sur leurs épaules, comme les

enfants ont coutume de se porter; ils n'avaient sur leurs

"épaules que les jambes et les cuisses ; des camarades placés

- derrière portaient les bras el le tronc.

…. La journée du 5 nous a fourni à l’avant-garde et à la 2° division plus de cinq cents blessés. Plusieurs sont morts à leur arrivée à ambulance. Le citoyen Cohorn, chef de bataillon, aide de camp du général Decaen, a recu une

. balle sur le muscle pédieux du pied gauche : l’incision

que j'ai faite n’a pu me faire découvrir ce corps étranger et il a fallu renoncer à l’extraire ; il est parti de suite pour

“Schaffhouse, d’où il se rendra à Strasbourg. Plusieurs “officiers étrangers parlant tous latin sont arrivés aussi avec des plaies plus ou moins considérables. En général, nos

troupes ont essuyé de très près un feu terrible de mous- -queterie et de mitraille. J'ai amputé la cuisse à un conducteur d'artillerie qui avait été frappé au genou d’un boulet ‘de 3. Un grenadier est arrivé avec treize coups de sabre, “dont plusieurs avec lésion du crâne et un qui coupait

l'angle de la mâchoire inférieure, les muscles latéraux du

col, les jugulaires et, selon le citoyen Lauzeret, les caro-

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tides, ce que je n’ai pu croire; cette plaie était effrayante ; on y eüt caché la main ; nous y avons fait trois points de suture. Ce jeune homme plein de valeur et de courage était déjà abaltu et désarmé quand un hussard de Barco, à qui même il avait remis sa montre et son argent, l’a lâchement traité de la sorte. Un autre grenadier est arrivé avec sept coups de sabre, dont un absolument pareil, mais moins profond que le précédent : c’est encore un hussard de Barco qui a commis cette lâcheté; le grenadier s'était rendu et avait mis bas son fusil. Un hussard d’Esterhazy est arrivé avec l'oreille et la joue coupées et tout le processus alvéolaire, Un sergent-major de la 2° demi-brigade a reçu une balle qui est entrée à la hauteur du cartilage xiphoïde à gauche et sortie à la même hauteur huit pouces en arrière. Cet homme excessivement robuste était dans des angoisses affreuses; 1l ne respirait qu'avec peine; il se voyait mourir. J'en ai parlé plus haut. Ses plaies étant découvertes, il inspirait et expirait par leurs ouvertures avec un bruit effrayant. Ilest mort à minuit, le diaphragme ouvert. Un sergent de la 7° atteint d’un boulet de 7 à l'épaule est arrivé avec une plaie si étendue et dans un tel élat de faiblesse qu’on s’est contenté, pour le satisfaire, d'y appliquer un peu de linge.

Notre wurst n’est pas encore revenu et il est six heures du soir. L’ennemi, qui avait ce matin repoussé le centre de l’armée, a été repoussé à son tour; il est, dit-on, au delà de Stokach. La division de gauche et celle de droite -ont fait aussi des pertes considérables et en ont causé de bien plus grandes encore à l’ennemi. La journée du 5 nous. coûte quinze cents blessés. On n’a cessé d’amener des prisonniers ; il en est passé au moins trois cents aujourd’hui . par Engen.

Nos pauvres chirurgiens sont bien las : depuis cinq heu- res et demie du matin ils n’ont cessé d’être à l’œuvre ou « de courir derrière la ligne pour recueillir les blessés; ils «

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