‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 41 sur 293 · ENCOMBREMENT · texte numérisé non relu

ENCOMBREMENT

ont eu vingt fractures compliquées à panser, ce qui seul a

coûté dix heures de temps; les grandes opérations sont

venues ensuite, et puis les pansements sans nombre et sans

fin qu’il a fallu faire; celui du grenadier aux treize coups de sabre a duré cinq quarts d'heure. Nous avons évacué

sur Geisingen, où est le quartier général des administra-

tions : il s’y trouve en ce moment un chirurgien de

1" classe, le citoyen Willaume; quatre de 2°, Gaillardot,

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- Laisné, Gouvion et Jouvenot; plusieurs de 3°, y compris

les chirurgiens de l’hospice antérieurement établi en cette

- ville, de sorte qu’ils ont pu suffire au service des blessés qu'on a évacués sur eux. Il a fallu remplir les granges, et

les blessés ont eu froid. C’est un grand obstacle à la quérison que l’état de souffrance où se trouvent les blessés

- après une affaire : s’ils avaient chaud en hiver et qu'ils ne

fussent pas brûlés par le soleil en été, les blessures seraient moins orageuses. Plusieurs fractures comminutives tant de la cuisse que de la jambe ont été réduites après

. les profondes incisions et l’extraction des esquilles : on

les a évacuées dans la nuit. Il serait à désirer qu’on w’évacuât jamais de tels blessés; mais comment faire pour les

soigner, une fois l’armée partie? On laisse bien un hôpital; mais quelques malades isolément ne peuvent quère être laissés.

Six carabiniers blessés de coups de sabre sont venus

- dans la nuit. Ils ont chargé dans le jour contre les cuiras-

- siers d'Empire et, ayant voulu pointer comme de coutume,

- sans songer à la cuirasse que ces gens-là cachent sous la

» vesie, ils n’ont pu percer. Dans une deuxième charge ils - ont sabré et fait beaucoup de mal. |

Le 6, on a été tranquille : l’enuemi avait perdu plus de

- quatre lieues de terrain; le général Souham l'avait chassé

. au delà de Stokach. Le quartier général militaire devait

- aller à Aach; notre wurst y est; tous nos blessés ont été évacués.

Le temps est superbe : il fait chaud et les nuits sont assez douces. Il est rare de voir un plus beau printemps; mais celte belle saison est perdue pour les pays malheureux où les hommes se font la querre. La nature semble prendre part à la tristesse des habitants : les arbres mutilés, les haies dévastées, les quérets foulés par les combattants, les maisons ruinées, rien ne se ressent de la douce influence du printemps; les champs sont délaissés; la charrue solitaire y attend en vain les bœufs dont les guerriers se sont nourris ou les chevaux qu’ils ont emmenés avec eux. Les oiseaux chantent encore autour des habitations, mais l’homme y pleure; ils se livrent au plaisir dont la saison leur inspire le goût et le besoin, le plaintif habitant verse des larmes en voyant son épouse et ses enfants auxquels il ne pourra plus donner de pain. Le printemps enfin n’existe point pour les contrées qui sont le théâtre de la guerre; le philosophe peut y venir penser; l'amant de la nature doit s’en tenir éloigné; l’un y puisera des tableaux sombres et pourra y déployer de grandes idées ; l'autre y gémirait et y serait trop malheureux.

Sur cinq cents blessés qui nous sont arrivés hier, il . en est mort cette nuit quarante environ. Un officier autrichien jeune et d’une belle figure y a succombé d’une blessure au bas-ventre. La plupart des Autrichiens ont sur leur cœur le portrait d’une femme : quand nos soldats ne le leur prennent point, ils se consolent de leurs blessures et de leur captivité en baisant ce cher portrait; ceux qui parlent latin disent : Est carissima imago bene amaiæ. Les soldats, et plus volontiers les sergents, ont « des bagues aux doigts et un petit meuble quelconque que leur a donné leur amie : c’est un grand chagrin pour eux, quand on les leur enlève; aussi recommandé-je bien qu'on respecte ces objets, dont la possession influe RIRES % sur ces infortunés. N

On voit ici les morts, les mourants; on entend les cris, «

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