PROJETS DE RÉORGANISATION
J'avais en partant donné ordre de faire filer mon caisson sur Haslach; mes chevaux de main le suivirent de près; le 15, ils se rendirent à Gengenbach et la nuit du 15 au 16 ils arrivèrent à une heure du matin à Strasbourg.
Le 20, le général Jourdan, que j'avais soigné depuis le 13, partit pour Paris, laissant le commaudement en chef au général Masséna, qui était arrivé la veille.
Le 21, l’armée fut organisée en centre, gauche et
droite : les deux divisions de Bernadotte, quartier général
à Manheïm, composèrent la gauche; le corps de troupes du général Souham à Kehl, Offenbourg, Kork; le centre et la droite, quartier général à Bâle; cette dernière aile est la plus forte.
Le 22, nous fûmes convoqués, d’après notre vœu, chez le commissaire en chef à l'effet d’aviser aux moyens d’assurer le service ; l’agent en chef était parti pour Paris; il était représenté par le jeune Marchand. Il fut arrêté que les ambulances seraient ravitaillées et portées à un tiers de plus; qu'il n’y aurait que trois grauds corps d’ambulance en état de fournir chacun deux sous-divisions considéra-
- bles; qu’à la suite du quartier général on ferait marcher
un magasin bien pourvu et dans lequel on pourrait en
tout temps puiser, soit pour établir les hôpitaux d’évaeuation, soit pour remplacer les objets consommés au corps d’ambulance ; qu'il y aurait à chacun desdits “corps deux commis aux évacuations, un plus grand nombre d'employés et des infirmiers en quantité suffisante, plus un coutelier, des blanchisseuses, etc. Marchand promit de procurer tout cela, mais nous n’y comptons point. Il nous assura qu’il arrivait mille fournitures de Paris, ce que je niai par la raison que pour porter mille fournitures il faudrait dix guimbardes et que depuis trois ans il n’a pas été vu sur une route une seule charrette portant des approvisionnements d’hôpitaux. Il fut arrêté que les officiers de santé en chef auraient un caisson à quatre chevaux.
Nous avions eu, le 17, une conférence semblable chez le citoyen Schiellé, ordonnateur de la 5° division : il y fut arrêlé qu’on rétablirait les hôpitaux des Enfants de la patrie à Strasbourg, de Molsheim et d'Ensisheim, ce qui a eu lieu aussitôt.
Le 23, je publiai la lettre honorable et congratulatoire écrile, au nom du général en chef, par le citoyen Vaillant aux officiers de santé de l’armée, relativement au zèle, à la grande activité et au dévouement courageux qu'ils avaient montrés pendant le cours de la campagne. Déjà le général Jourdan avait exprimé dans une lettre au ministre, en date du 8, la grande satisfaction qu'il avait de la manière de servir de ces officiers de santé.
Le 18, je reçus la lettre la plus longue et la plus impertinente du conseil de santé : jy répondis le 19 et ne le fis qu’en bafouant ces baladins.
Le 23 au soir, ordre de partir avec le quartier général pour Bâle.
Le 24 arriva à Strasbourg le citoyen Mouron, inspecteur général des hôpitaux, envoyé par la régie d’après l’ordre le plus urgent du ministre, à qui on avait persuadé que le service était dans l’état le plus déplorable et que les blessés que nous avions eus étaient encombrés dans les hôpitaux, et presque sans secours, faute de moyens. Le citoyen Mouron s’est assuré en arrivant du contraire; il a répandu de l'argent et ravivé le service ; nous avons obtenu de lui un plus grand nombre d’infirmiers, des commis aux évacuations et beaucoup de ressources dont nous manquions.
Le 29, je suis parti pour Huningue. À mon passage à Neuf-Brisach, j'ai vu à l’hôpital plusieurs blessés, de l’état desquels j'ai été satisfait. En entrant dans une salle, j’entendis des cris plaintifs : c’était une voix flûtée, que je reconnus aussitôt pour celle d’un pauvre tétanique; j’allai au lit d’où elle partait et y trouvai un jeune volontaire ayant