‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 47 sur 293 · ZURICH · texte numérisé non relu

ZURICH

- hôpital, mais il a été impossible d’en trouver. Un seul

convenait : c'était la superbe maison des orphelins, mais on n'a pas cru devoir demander cet asile des malheureux enfants que la pitié généreuse des habitants et de quelques fondateurs a recueillis et entretient décemment ; l’adminisiration de cette maison est un modèle de bonne économie et de fidélité.

Le 16, il arriva des blessés venant de l’'Engadine. Ils avaient fait près de cinquante lieues par un froid excessif, par la pluie, et n’ayant rencontré que deux seuls gîtes, encore très mal approvisionnés; on les avait amenés par terre Jusqu'au lac de Wallenstadt : ils avaient été embarqués sur ce lac; puis avaient fait le trajet de terre qu’il

faut parcourir pour gagner le lac de Zurich, sur lequel on

les avait rembarqués.

Ceux qui n'étaient que légèrement blessés s’en tireront; les autres sont déjà clairsemés Il est vrai qu'ayant élé blessés dans un état de misère, après avoir jeûné où n'avoir vécu que du plus détestable pain; après avoir

- été en proie à l’intempérie des saisons pendant huit ou

LE

neuf jours d'évacuation, sans que les pansements eussent

été renouvelés plus d’une fois; après avoir pu se livrer

à foules sorles d’excès ou d'imprudences pendant le

voyage, après tant de contre-temps fâcheux, il était bien difficile qu'on les sauvat.

Le 14, un bataillon de la 76° demi-brigade fut surpris par

les montagnards révoltés dans la ville de Schwitz, lesquels

massacrèrent cent volontaires ou officiers, entre autres le

. chef et deux capitaines; un grand nombre fut blessé dans

- la défense qui eut lieu lorsqu'on eut pu courir aux armes.

- Les paysans de ce canton étaient tous armés, les uns de bonus fusils, les autres de mauvais; ceux-ci de cassetêtes, etc. Cette arme leur est familière et elle est terrible; ceux qui en sont frappés périssent tous par la multiplicité des trous faits au crâne par les pointes dont cet instrument

meurtrier est hérissé; ils l’appellent peigne à retaper les Français. Tous les blessés furent évacués par les lacs et arrivèrent le 17.

Les révoltés ayant fait mourir dans d’alfreux tourments plus de cent de nos gens faits prisonniers à Dissentis, à six lieues de Coire, on fit marcher contre eux un détachement tiré de la division du général Ménard; le jeune Burcke, aide de camp du général Masséna, fut invité à diriger cette force, qui devait punir les coupables et venger la mort de nos malheureux compagnons. Les rebelles, pour faire périr leurs victimes, avaient inventé les tortures les plus inouïes. À

Chaque commune révoltée venait réclamer un nombre de prisonniers proportionné à sa force ; on se les disputait et c'était à qui ferait souffrir le plus les siens. Ils avaient pris deux pièces de canon et ils étaient armés des fusils qu’ils avaient enlevés à nos gens. On les poursuivit vivement; un pont qu’ils gardaient fut enlevé avec les deux pièces de canon; quinze cents périrent, les armes à la main ; on réduisit en cendres le village de Dissentis et l’abbaye, d’où les moines, meneurs et excitateurs de ces révoltés, s’élaient enfuis, hors deux qui furent fusillés en voulant se dérober aux flammes, et pendant l'incendie on tua encore trois cents individus qui s'étaient cachés dans les maisons, ou que l'espoir du pardon amenait aux pieds

des vengeurs. Nous eûmes cent quinze blessés. Celte

expédition eut lieu le 18.

Le général Soult, d’un autre côté, fut envoyé le 13 contre ;

les révoltés des environs du lac de Lucerne; il reçut de leur part plusieurs décharges vigoureuses, au moment où il allait débarquer, et il eut cent dix blessés, qui furent

évacués sur Lucerne; à la suite de son corps de troupes.

marchait lambulance de l'avant-garde ayant pour chefs les citoyens Chapotin et Frillot.

Le 25, l’ennemi entoura le fameux fort de Luziensteig,

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LES RÉVOLTÉS DE SCHWITZ x9

la clef de l'Italie, et le prit avec la 14° demi-brigade tout entière et toute l’artillerie; il y eut peu de blessés. Le général Lecourbe se trouva dès lors coupé et forcé de se Jeter sur Bellinzona.

Le 19, le général Soult, à la tête d’un corps de troupes composant auparavant Pavant-garde, marcha contre les révoltés de Schwitz, qui avaient brülé Altorf et qui infestaient les environs du lac de Lucerne. Ces gens avaient pour chef un nommé Schmidt, ancien officier suisse au service de France; ils avaient fait construire des canons de bois longs de douze pieds, ayant quatre pouces de dia-

mètre, et pouvant tirer cinq ou six coups chacun, bien cer-

clés en fer et montés sur des affûüts faits à la hâte; ils en avaient vingt-cinq, ce qui devait tirer cent et quelques coups.

Le premier éclala au premier coup; les autres tirèrent, mais mal. Ils avaient aussi des retranchements com-

posés de balles de coton, de mousseline, de toile, de

soieries, et c'était derrière qu'ils se battaient. Leur chef ayant été lué à la première décharge des Français, ils prirent la fuite et on leur tua deux cents hommes; on ne fit pas un seul prisonnier; le soldat fit un énorme butin. Telle était l'ignorance de ces révoltés qu’au lieu de faire feu sur les Français avant leur débarquement et lorsqu'ils élaient encore sur les bateaux, ils avaient attendu qu'ils

fussent à terre.

Pour descendre, il n’y avait qu’un endroit resserré, où

un seul bateau pouvait aborder; encore le terrain y était-il

. limoneux ; avec de l’expérience, ils eussent mitraillé tout le

corps de Soult.

Le 26, l'ennemi s’est emparé de Coire, de Mels, Sargans

et Wallenstadt. Nous avons eu des blessés, entre autres un officier, à qui un coup de pointe de sabre a piqué l'artère

d'Art € 4

crurale (à ce qu’on a cru d’abord, mais l’événement à prouvé le contraire) : nul accident.

C'était contre les révoltés de Schwitz que marchait le général Soult, dont les troupes débarquèrent le 19, à la hauteur de Seedorf et se portèrent sur Atfingtihsen en suivant les deux rives de la Reuss. Les autres débarquèrent à la gauche de Fluelen et se portèrent en avant de Bürglen pour couvrir la vallée de Schachenthal.

Le 1°* prairial, l'ennemi s’est emparé de Saint-Gall, où il est entré à quatre heures du soir sans coup DRE, On y a laissé les magasins et effets. Les malades ont été sauvés. Un chariot qui portait six de ceux-ci, dont deux officiers, ayant versé, l’un de ces officiers, qui à peine était remis d'une fracture du bras, s’en est fait une autre au même bras; l’autre s’est pareillement cassé ce membre.

Le 2, l’ennemi s’est avancé sur Winterthur. Le 3, cinquante hussards ont été sabrés dans un petit bois près cette ville par d’autres hussards ennemis en embuscade.

Le 4, le quartier général est parti pour Aarau.

Le 5, le général Masséna s’est rendu à trois heures du matin en avant de Winterthur, a parcouru la ligne occupée par la division du général Ney et a livré bataille. L’ennemi a résisté jusqu’à cinq heures du soir sans perdre un pouce de terrain et à cette heure il a commencé à se retirer; mais c'était pour prendre en arrière de meilleures positions. Nous avons eu sept cents blessés et plus de deux cents morts. Le 6, on a recommencé et, à onze heures du malin, il s’est livré un combat qui a duré jusqu’à la nuit; le général Masséna avait formé un corps de grenadiers, croyant qu'avec ces braves il repousserait l'ennemi; ils ont été laillés en pièces et fusillés, Ce jour il y a eu mille blessés, presque tous sons chasseurs et cara- , biniers.

Le 7 et le 8, on s’est encore battu. Hier 8, il a fallu abandonner Wititerthur et se retirer sur ride siya. eu encore beaucoup de blessés; nous avons fait quinze «

y à un petit hôpital, et et Rheinfelden, où il y a

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