‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 68 sur 293 · SANS-SOUCI · texte numérisé non relu

SANS-SOUCI

commencée par le grand Guillaume, a été achevée par son descendant. C’est un modèle en son genre. Soixante fils d'officiers, également orphelins, sont entretenus dans cette maison aux frais du roi, qui donne cinq éCus prussiens (20 francs) par mois pour chacun d'eux; à mesure qu'ils grandissent, ils passent à Pécole des cadets à Berlin. Jai vu les cinq lazarets destinés aux bataillons de service près le roi : état misérable: en tout ils n’offrent que cent quatre-vingt-neuf places. J'ai retenu l’immense salle d'instruction pour les troupes pendant l'hiver, pouvant contenir trois cents lits : c’est un local incomparable; plus la caserne des gardes du corps, avee les écuries, qui sont des plus belles ; on y mettra huit cents malades. Il faudrait qu’on relint ici deux mille malades, au lieu de les évacuer sur les derrières, où ils se perdent el périssent de misère. D'ailleurs comment renvoyer des malheureux jusqu'à \Wittenberg, où il n’y a rien, par des chemins de sable im praticables et à travers des pays et villages absolument ruinés? Après diner, je me suis rendu à Sans-Souci, tout près de Potsdam. Le château en est assez joli : on y montre la chambre de Voltaire, celle du grand Frédéric, les tables sur lesquelles ils écrivaient, ete. Le moulin de Sans-Souei est R, qui rappelle d’intéressants souvenirs. Il y a des bosquets, de belles allées de verdure, des pavillons chinoïs, une vue superbe et un hôtel où logeaient les étrangers de marque qui assistaient à la grande revue, qui

Jamaïs n’a été que de quatorze mille hommes : on les faisait q )

manœuvrer dans une plaine devant Sans-Souci. J'ai vu tout cela sans grande émotion. L’ameublement du château qu’habita le grand homme est pitoyable ; les tableaux sont la plupart de Watteau; il y a une galerie d’antiques res-

faurés. En général, les statues et tableaux du pays sentent

le tudesque et sont de mauvais goût, mais on y bâtit bien el'avec élégance.

26. — Parti le 26, à sept heures du matin, pour Berlin. La route, qui est de trois milles (six lieues), est la plus belle que j'aie jamais rencontrée; elle est plantée d'arbres et pratiquée à travers des forêts de sapins ou sur de beaux lacs. À droile et à gauche, à mesure qu'on approche de la capitale, on trouve de beaux villages et de charmantes maisons de campagne, d’un bon goût, avec jardins anglais, serres et ornements bien choisis. L'Allemand se complaît à embellir son manoir rustique ; enclin aux idées mélancoliques, il aime tout ce qui peut nourrir et satisfaire ce penchant.

Quel coup d’œil imposant, quel spectacle que celui de Berlin! La porte et la rue par lesquelles on y entre sont superbes ; les édifices de cette immense cité sont majestueux ; les rues sont la plupart tirées au cordeau; on ne leur reproche que d’être pavées en cailloux inégaux; elles sont pourvues de trottoirs. Les temples, Pancienne résidence, l'arsenal, les casernes, mille maisons de particuliers prouvent par la beauté de leur plan, par l'élégance de leur architecture, par la hardiesse de leurs dimensions, qu'à Berlin, autant qu’à Paris, il y a du génie, du goût et des talents. Les sociétés savantes fourmillent en cette ville. Les arts y sont assez en honneur. Nous y avons trouvé les habitants pleins de confiance et de sécurité, venant audevant de nous, mais ayant un air effronté, cynique, rodomont; on dit que les Prussiens sont les Gascons de l'Allemagne; ceux de Berlin méritent Papplication de ce proverbe. Il a été recommandé par Sa Majesté d’user de modération et d’égards envers eux; on lui obéira, quoique à chaque pas on soit tenté de frapper ou de découvrir une foule de fanfarons qui viennent vous regarder sous le nez.

L'Empereur ne laissera ici qu’un escadron, qui a ordre de

se replier aussitôt qu'il verra revenir en force Pennemi. Cependant il a donné ordre d’y avoir un hôpital de quatre cents lits. Les Autrichiens valent mieux que ce

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