LES FONDRIÈRES
toussé avec plus de facilité que pendant les précédentes, je me suis occupé d'assurer le service de dix-neuf cents
. malades restant à Varsovie. Je suis convenu avec les mé-
decins Duval, Brassier, principaux : Jusserandot, Rampon et Mourge, ordinaires, que chacun ferait ses efforts pour Soutenir ce service jusqu’au retour de nos chirurgiens. Je n'ai laissé de ceux-ci que six sous-aides pour les visites el distributions ; les médecins et pharmaciens feront le reste. M. Magnin, médecin comtois établi depuis vingt-cinq ans en Pologne, se chargera d’un hôpital avec six chirurgiens polonais. Sa Majesté ayant défendu d’évacuer, ce mot a été pris à la lettre et M. l’intendant général n’a pas voulu que les trois cents vénériens fussent envoyés à Lowicz ; quant aux quatre cents galeux, M. Duval m'a promis de leur donner leur billet de sortie pour aller à l'ennemi avec les autres.
À deux heures je partis à cheval avec mon Jeune ami Le Vert et un seul domestique. Mon chariot de poste, tout disloqué qu’il est, marche attelé de deux bons chevaux et chargé de bons vivres, de pots, casseroles, mouton crà, chandelles, linge à pansement, charpie, couvertures pour bivouaquer, avoine, etc. Quel fleuve majestueux que cette Vistule! Sa largeur est huit fois comme Ja Seine. Cependant on le traverse sur un misérable pont établi moitié
sur des bateaux et moitié sur des chevalets. Sur ce frêle pont, si peu digne de la maguificence du fleuve, mais si . utile et si favorable aux projets de Sa Majesté, cent mille
hommes ont passé ou vont passer, les cavaliers à pied, un à un, et l'infanterie par trois; les voitures attendent
eur tour ; la nôtre ne passera guère qu’à cinq ou six heures
du soir.
. Nous voilà passés et remontés à cheval, mais quels chemins! Les voitures du pays disparaissent au milieu de boues délayées et s’engloutissent dans des fondrières de
Plusieurs pieds ; personne ne veut ou n'ose les aider à
RTS M À à
sortir de là; il faudrait entrer jusqu’à mi-cuisse. Cependant je plains les pauvres paysans et leurs bestiaux, et plus que personne je nrintéresse à leurs chariots, sur lesquels jecompte pour la journée de demain,
Le canon se fait entendre. D'abord je crois qu’on tire sur une reconnaissance ou une avant-garde, mais les coups se multiplient et la fusillade s’en mêle : c'est une position qu’on veut prendre et défendre. Arrivé à Jablona, un de nos chirurgiens, Gascon et très loquace, n’annonce que l'Empereur en est parti à six heures du matin (il avait passé au faubourg de Praga à quatre); il ajoute que tout le monde a ordre d’avancer, qu’on se bat depuis trois heures, etc. Au lieu de coucher en cet endroit, comme me l'avait ordonné Sa Majesté, je pousse plus loin, bien décidé à bivouaquer et à attendre où il plaira à Dieu le crépuscule qui doit être le signal de la mort et de la douleur pour les uns et celui de la gloire et des honneurs pour les autres. Nous faisons deux lieues et demie par une pluie froide et à travers d’épaisses forêts que nos gens travaillaient à éclaireir pour l'utilité de leurs bivouacs. En cheminant, je réfléchis au bavardage de mon Gascon et me rappelle qu’il ne m'a parlé ni de nos charrettes d'ambulance, ni de l’ordonnateur, ni du directeur principal. Qu'irai-je faire si près du champ de balaille, me suis-je dit, si j'arrive les mains vides de moyens de secours? Alors, , tournant bride, je suis revenu à Jablona, ayant fait cinq grandes lieues très gratuitement. Ge matin était parti de Varsovie le susdit Gascon avec ordre de me découvrir une” certaine grotte isolée dans le bois derrière le château et deu my faire porter de la paille et allumer du feu. À mon, retour de la malencontreuse corvée, j'ai trouvé mon“ homme, qui n’a obtenu sa grâce qu’à la vue de cette” grolte charmante, où un bon poêle, un bon feu de chemi-. née, des matelas et de la paille étendus par terre on désarmé ma colère ; j'ai séché habits et bonnet de poil el É
D” 27 LOT LR. | te M CEE ARE CE EE NS PE | Lt à M Lie 5 A AE Es Oleh EN SM AU GS EE 0 NT ete à JU TE RER EE OP on DATA SAS EME DES CR MORE pr ee 21