COMBAT SUR LA NAREUW
de suite ai envoyé chez l’ordonvateur Pour savoir ce qu'étaient devenus les charrettes et employés. On m'a en même temps remis l’ordre de la main du prince major général de coucher à Jablona avec tout mon monde ct d’en partir avant le jour Pour me rendre au pont de la Narew; l’aide de camp porteur de cet ordre avait celui d'aller jusqu’à Varsovie. Je serai bien ce soir ct jusqu’à demain à trois heures du matin. Quelle journée! Chacun pense qu'elle sera terrible et plus sanglante qu'aucune des précédentes. Mais laissons faire notre grand homme : il sait maitriser la fortane et abattre ses ennemis.
24. — Depuis dix heures du soir Jusqu'à trois heures . du matin on a liré; le canon et la mousqueterie n’ont cessé de se faire entendre. Je n’ai pas dormi du tout et la toux ma horriblement fatigué, Il faisait trop chaud dans notre grolle et ma course pénible autant qu'inutile de la soirée n'avait pas peu contribué à cet accès ; nous avons d’ailleurs été dérangés par quelques chercheurs de logements el par la fâcheuse nouvelle que nos charrettes d’ambulance - légère, que nous comptions trouver à Jablona, n’avaient
paru nulle part, ce qui exposait MA. de l'administration à toute l'animadversion de Sa Majesté, à qui elle avait répondu de leur existence et de leur arrivée.
À deux heures, debout. Chemin faisant, mon ami m'a conscillé de monter en voiture, ce qui m’a bien réussi; j'y ai dormi deux heures au moins au milieu de nos bagages. Arrivé à ia pointe du jour à Nowy-Dwor, bourg tout récemment bâli, en place d’un autre qu’une terrible inondation a fait disparaître, il y a quelques années, j'ai appris que VEmpereur était un quart de lieue plus loin, dans un . mauvais village, où on a établi un pont sur la Narew, . que les gens du pays appellent aussi le Bug, parce que . celte rivière s’y jette à peu de distance de là. J'ai su aussi * qu'il y avait eu environ trois cents blessés, dont soixante-
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dix affectés gravement et le reste sans gravité. Il n’a été fait que trois amputations, dont deux du bras et une de la jambe. M. Bousquet, chirurgien-major du ... d’infanterie, chargé de l’ambulance d’une division du 3° corps, faisait le service : je lai remplacé par M. Douche et ses quatre sous-aides. Sa Majesté étant montée à cheval à huit heures, je me suis trouvé sur son passage ; elle m'a fait appeler pour me demander combien nous avions de blessés. Je Jui ai dit environ trois cents, dont les trois quarts n’avaient que des blessures légères. J'avais vu un peu auparavant Son Altesse le prince major général, à qui j'avais rendu le même compte. Jai assisté à quelques pansements et montré aux jeunes gens à pincer et élever la peau pour en couper lestement un pli sur une balle qu'ils voulaient extraire à un bussard russe, près Paisselle. Pendant une autre opération, on a volé dans la poche de côté de lhabit de M. Bousquet une bourse de quarante louis, qui étaient toute sa ressource depuis l'incendie qui a ruiné tout son régiment en réduisant en cendres les caissons enfermés dans une grange près Posen.
L'Empereur a logé dans une chétive baraque de bois; le prince Alexandre dans une plus mauvaise encore. La garde impériale a bivouaqué, officiers et soldats. On défile à force sur le pont, qui se rompt à tous moments, ce qui retarde le passage du Bug. Les Russes ont abandonné la position qu'on leur avait tant contestée cette nuit; ils sont réunis dans leur retranchements à deux lieues plus loin; c'est là qu’il s’agit de Les attaquer.
Nous avons ce soir deux cent cinquante blessés à Nowy- Dwor, où nous sommes revenus chercher un abri jusqu’à deux heures du matin, instant fixé pour notre départ. Le
service est excessivement difficile, les moyens de transport
nuls, les chemins affreux. Ce pays a été mangé par les Prussiens, les Russes et les Français : quelle désespérante situation ! Je tousse beaucoup, n’ai point d’appétit et n’en