RETOUR A VARSOVIE
- selon le temps ct les lieux. J’ai donné ordre à quatre chi-
rurgiens, savoir aux aides-majors Baltz et d’Albavie et aux
sous-aides Bordenave et Wolhert, de marcher sur le grand
quartier général en laissant l’un d’eux dans chacun des gites où il y aura un commandant de place : c’est une ter-
- rible corvée que je leur fais faire. J'ai traversé les trois . ponts de bateaux sans accident et ai trouvé, à Nowy Dwor, . M. Gay, aide-major, qui nous a bien logés. Il y avait trois
cents blessés dans le petit hôpital de cette bourgade, dont cinq dans le cas d’être amputés : j’ai prêté ce soir une de
+ mes caisses pour faire ces opérations, et on avisera demain
* aux moyens d’évacuer sur Varsovie, dont nous ne sommes
plus qu’à huit lieues.
30. — Ma nuit a été très mauvaise. Il fait doux et beaucoup de brouillard. Un des grenadiers, qui, après avoir soutenu hier soir avec tant de courage l’amputation de la cuisse, Sest trouvé mal et sans connaissance, n’a pu se
relever de cette faiblesse et a péri.
Nous sommes partis contents et enchantés de rentrer à Varsovie. En trois heures nous sommes arrivés à Jablona et ai eu la satisfaction de bien me chauffer dans ma belle grotte, où personne depuis nous n’était entré; ma bonne
vieille nous y a fait un bon feu; aussi a-t-elle eu un demi-
- pain de munition et plus d’une livre de jambon excellent,
. sans compler quelques monnaies que nous lui avons - encore données en partant. À cinq heures nous avions
passé la Vistule et à six j'étais déjà bien réchauffé dans mon logement, que par bonheur on a pu nous conserver.
-I1 y à plus de douze cents blessés à Varsovie et le double
de fiévreux. Sa Majesté revient avec sa garde. Le ciel en
… soit loué! Je tremblais qu’elle ne s’obstinât à prolonger
son séjour dans ce pays maudit de la nature et où iln’ya rien à boire que de l’eau de marais et à manger que des
- catouffles et de la vache maigre.
Si j'ai connu le bonheur dans ma vie, c’est bien ici, : dans une chambre chaude et dans un bon lit, où déjà j'ai | avalé un bouillon. Ma toux est excessive et je suis changé à faire peur à {ous ceux qui viennent me voir. J’ai trouvé MA. Poussielque et Gallée, mes principaux, en mules et . bonnets de nuit, se chauffant tranquillement; il y a trois jours qu'ils sont revenus; M. Delacoste n’est pas parti : quels serviteurs ! Ce dernier fera tout ce qu’il voudra avec son ordonnateur en chef, prêtre défroqué, peureux et poltron comme un abbé, se sauvant au premier coup de canon et n'ayant pas le droit de trouver mauvais que les autres en fassent autant.
31. — Après avoir terriblement toussé, n'ayant eu que 4 de courts intervalles de sommeil, j’ai pris dès la pointe du jour deux grains de tartrite de potasse antimoine. Je veux allaquer cette toux par les purgatifs; elle est toute gastique, j'en suis sûr. Les médecins me proposent les potions d’oxymel, d'oxyde rouge d’antimoine, les incisifs, les délayants : : vraies sottises que tout cela.
J'ai passé la journée à tousser, travailler, donner des ordres; enfin à me fatiquer excessivement, car chacun me tombe sur le dos; les malades arrivent par centaines et font vraiment pitié; couverts de boue, hâves, maigres, gelés, déchirés, mourant de faim, se traïînant à peine, ils remplissent les rues, demandent où sont les hôpitaux et . s’y précipitent. Il ne gèle pas, mais il fait une brume glaciale et qui pénètre plus que la gelée. L’armée rentre par parcelles, tantôt un régiment, et quel régiment! tantôt un: peloton. |
notre Éd ed ESS nd à
n - HA (SUITE) CAMPAGNE D'EYLAU
Les hôpitaux. — Commissaires des guerres. — L’orphelin de Schlirock. … — Malades et blessés, — Witienberg. — Une bonne vieille. — Ambulances à Allenstein. — Un Russe dans un poêle. — Ambulances à Wolsdorf. — Bivouac à Hermendorf. — Combat de Hoff. — Bataille d'Eylau. …. — Une alerte. — Le cimetière d'Eylau. — Détresse des blessés. — Conférence avec l'Empereur. — La rapacité des soldats. = Encombrement et misères des blessés, — L'église d'Eylan. — Infirmiers improvisés. — Chirurgiens russes. — Yvacuations forcées. — Eloges de l’'Empe- — reur. — Fiévreux et diarrhéiques. — Arrivée à Osterode. — Réorgani- - salion du service. — Audience de l'Empereur. — Misère de l’armée et des blessés. — « Voici venir ie doux printemps! » — Le général Varé, —. — Officiers blessés. — Les Russes et nos blessés à Eylau. — Mlle Ré- 2 becca. — L'Empereur et les astres. — Récompenses aux chirurgiens, M à Je compile sur lui ». — Remerciements au major général. — …. Amen et millies amen! — Le sous-inspecicur Denié. — Souvenirs de … Frédéric Ir, — Rosenberg ct le printemps. — Projet de chirurgie de …. Latuille. — Finkensiein. — Conférence avec l'Empereur. — Cadres des chirurgiens prussiens,
L- 1° janvier. — Je crois avoir moins toussé celle nuit. Jés le matin j’ai pris vingt-quatre grains de jalap dans un “verre d'eau liède saturée de sucre. On mraccable de demandes ; il faut que je travaille sans cesse; j’ai peu de chirurgiens et le nombre des malades est incalculable. Nous nous servirons encore pendant quelque temps des “chirurgiens polonais; lun d'eux, M. Magnin, qui est Comtois et très aimable homme, a pris en chef le service de l'hôpital de Radziwill. La ville fait de grands sacrifices : le pain est bon; il y a da vin qu’on a acheté et payé fort
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cher. I! a été donné beaucoup d'argent pour le service des hôpitaux ; mais il règne toujours une lenteur de formes, une lourdeur d’action qui font languir le service et souffrir les pauvres malades.M. l’intendant général a attaché un commissaire des guerres à chaque hôpital, et il y en a quatorze : il les bourre, s’en prend à eux de toutes les plaintes qu’il
recoit, et les traite comme des mercenaires; aussi trem-
blent-ils tous sous sa verge et sont-ils debout, nuit et jour, pour faire marcher le service. C’est une plaisante chose que de les voir haletant, courant, demandant, criant, se mettant en quatre, et pourquoi? pour faire la besogne que devrait faire un bon directeur. Mais je suis loin de blâmer la mesure prise par l’intendant général : d’abord il y a une multitude de commissaires des guerres qu’il faut occuper, puisqu'on les a fait venir à l’armée; en second lieu, c'est qu’en effet ils ont plus de temps, plus de moyens
pour faire aller la chose que ne pourrait en trouver un
simple directeur.
Ma tête est bien dégagée et je me trouve infiniment mieux. Demain, je recommencerai.
Sa Majesté est rentrée avec sa cour et sa garde. Il reste des troupes de l'autre côté et de puissantes têtes de pont.