‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 90 sur 293 · COMMISSAIRES DES GUERRES · texte numérisé non relu

COMMISSAIRES DES GUERRES

pour ainsi dire aux poumons : c'est qu’elle est sonore et

* que le bruit qu’elle fait part de toute l'étendue des poumons.

— Onne conçoit pas comment à force de tousser les pou-

- mons ne se déchirent pas et les vaisseaux de la tête ne se … brisent point.

… 28 — Depuis trois semaines nous travaillons à un - état d'organisation conforme à la décision de Sa Majesté … en date du 22 décembre : il a été présenté deux fois sans … êlre approuvé, parce que les chirurgiens désignés pour les - divisions d’ambulance légère et autres du corps d’armée . n'étaient point portés présents à Varsovie ou aux postes … pour lesquels ils étaient annoncés, se trouvaient la plupart É sur les derrières. Le 27, je remis un nouvel état et donnai - ma parole que tous les chirurgiens y dénommés étaient “ prêts à parlir au premier signal, ou étaient déjà rendus à … leur destination; mais je demandais que, faute de pouvoir - leur payer leurs appointements échus, on mit à ma dispo- - silion quelques mille francs pour les leur distribuer avant de se melire en roule; et aujourd’hui 28, j'ai touché deux … mille francs, que je leur ai partagés par cinquante et cent

. francs pour de suite passer la Vistule et rentrer en cam- “pagne. L'ordre est donné d'aller coucher à Jablona et d’être demain à Pultusk. On a eu tort de ne pas nous diri- À ger sur Seiroch, ce qui nous ferait gagner deux lieues. … J’emmène trente-six chirurgiens montés et vingt-quatre à pied, avec douze charrettes chargées de moyens de - secours. J'ai laissé huit chirurgiens-majors, huit aides et . seulement seize sous-aides pour les hôpitaux de Varsovie; . mais soixante-quatre chirurgiens polonais vont, après mon départ, être distribués sur ces hôpitaux.

2 M. Delacoste, principal du 3° corps, resté malade à . Varsovie, a reçu une instruction très détaillée sur ce qu’il y a à faire, en mon absence, pour que le service curatif

soit assuré; il est chargé de placer les chirurgiens arrie

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vants et de m'envoyer ceux qui ont ordre de me rejoindre. Je laisse à Varsovie mes meilleurs équipages et deux domestiques pour en avoir soin et ne prends que quatre chevaux, une mauvaise voiture et des harnais de peu de valeur, car il gèle fort à présent ; mais, si le dégel arrive, tout oi perdu et il n’y aura que les Hons chevaux Le se tireront des boues.

Il est une heure : je pars; les chemins sont superbes.

29. — Nous avons été seuls au beau château de Jablona. Tous nos chirurgiens sont partis. Tel est l’ordre de Sa Majesté, à qui j'ai promis, sous ma responsabilité personnelle, que j'en aurais toujoursau quartier général environ quarante.

Il fait une gelée franche. Il nous a fallu cinq heures pour » arriver au pont de Bruck, toujours voyageant dans les bois . et recevant de temps en temps des bouffées de neige très « incommodes. Arrivés au pont, nous avons trouvé cents voilures et cinq cents chevaux attendant leur tour de” passer. Mes compagnons sont allés prier le commandant des pontonniers et un chef de l’artillerie de la garde de” nous laisser filer, et nous avons passé la rivière et ses deux” bras sur le pont de plus misérable et le plus branlant qui ait jamais existé. Au delà est un grand château avec des dépendances dont on pourrait tirer parti pour un hôpital, ou au moins un gite. Nous avons poussé jusqu’à Schlirock. Là, nous nous sommes arrêtés pour faire manger les chevaux el manger nous-mêmes : un feu encore allumé au“ milieu d’une grange nous a réchauffés. Près de ce bivouac couvert élait un petit garçon de dix ans, presque nu, beau comme un ange, ayant aux jambes des bottes de Russe, ets sur le corps un corset de femme en pièces : nous l'avons" bien régalé et chacun lui a fait don de quelque monnaie Si nous fussions aussi bien revenus que nous allions, j’au-. rais pris avec moi ce pauvre enfant, qui nous a dit en polo“ nais n'avoir plus ni père ni mère. Tous ces villages sont, dévasiés et absolument épuisés et presque déserts.

L'ORPHELIN DE SCHLIROCK 125

Nous sommes arrivés à Pultusk à cinq heures et demie. La ville est assez belle pendant l'hiver et par la gelée : quand il dégélera, la place sera couverte de deux pieds de boue et peut-être de quatre d’eau. Il y à un évêché, un séminaire, un hôpital de sœurs du pot et une abbaye de bénédiclins dans ce petit endroit. Nous avons eu, après l'affaire du 26, près de deux cents blessés entassés les uns sur les autres; il y en a eu cent chez les sœurs et deux cent vingt-cinq dans la maison du vicariat. Celle-ci est Éévacuée et dans les autres j'ai trouvé cinquante-deux fractures compliquées et vingtampulations. Les lits de Phôpital des sœurs n’ont que cinq pieds de long; les pauvres blessés y sont très mal, et ceux qui ont une fracture à la jambe ne pourront échapper à un raccourcissement de plusieurs pouces ; du reste ce local est assez propre pour le pays. La, comme ailleurs, les religieuses sont dures, avares, égoïstes et pleines de vices ou de défauts; ce n’est que chez les jeunes, encore dans la ferveur de la vocalion, qu'on rencontre de l’humanité; rien n’est plus intraitable et plus méchant que les vieilles, et à Varsovie, dans la maison de 'Enfant-Jésus où nous avons cent cinquante malades ou blessés, c’est la même chose qu'à Pultusk et partout où il exisie de ces femmes-là, qui pourtant valent encore mieux que les hommes pour soigner les malades.

À l’abbaye des bénédictins quatre-vingts blessés sont couchés sur un peu de paille et n’ont aucune espèce de

. fournitures. Leurs camarades leur ont procuré quelques

vieilles couvertures, quelques mauvais plumons et autres

ellels, qui, déjà sales et dégoûtants par eux-mêmes, le sont

- devenus encore bien davantage par la graisse, le pus, le

sang, les crachats dont ils sont souillés. Quelques amputés,

» malgré ce misérable état, sont guéris: Il y a des fractures

qui vont bien. Quand la commission civile fournissait les

. vivres, ils élaient assez bons ; on en a remis l’entreprise

aux Français, et dès lors tout a été altéré, frelaté. On a eu

beau crier : cela a continué jusqu’à la nouvelle de l’arrivée de Sa Majesté à Pultusk. Alors on a donné du meilleur vin; on à changé la paille, procuré du linge à pansement, elc.

À mon arrivée, le général Baville, commandant la ville, me donne connaissance d’une lettre du maréchal Davout, portant ordre aux officiers de santé en chef des hôpitaux de Pultusk de se rendre à la commission civile, et de là dans les villages où, selon le rapport des médecins du pays, il régnait une épidémie. J’ai voulu charger de ce soin MM. Micaleff et Boudet, du 3° corps, que commande le même maréchal, d'autant mieux que déjà ils avaient fait un rapport sur ce bruit trop accrédité; mais ils allaient partir, et cela les eüt dérangés ! Après quelques courses et informations, j'ai appris que l'épidémie en question n'était que la faim et la disette et que le remède et l’antidote seraient des comestibles, dont l’armée n'avait laissé aucune provision. De plus, un médecin polonais ayant distribué aux habitants des milliers de fioles pleines d’une liqueur préservative cherchait tout uniquement à en faire payer l’apothicaire de Pultusk qui les fournissait, et avec lequel il devait sans doute partager. Tout s’est borné à cela.

J’ai vu chez les sœurs, parmi les fractures compliquées,

un dragon qui, ayant eu une fracture complète par l'effet

d'une chute de cheval et la gangrène d'hôpital lui ayant détruit une partie des muscles, se trouvait dans le cas le plus malheureux : les os fracturés se montraient avec leurs pointes nues; un vide affreux régnait autour d’eux, et la cuisse laissait à peine la triste ressource de l’amputation. L'hôpital est puant : en y entrant, on est frappé d’une odeur de fromage pourri qui annonce Îles grandes suppu-

rations. La pharmacie est faite par les sœurs. Point de. |

fumigations.

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