‹ Journal des campagnes du chevalier de Lévis en Canada de 1756 à 1760 [microforme]Chapitre 12 sur 46 · DES · texte numérisé non relu

DES

De 1756 à 1760‘

Après la paix d’Aix-la-Chapelle, l'expression vague et indéfinie d'anciennes limites de l’Acadie, article 12 du traité d'Utrecht, devint un objet de discussion entre la France et l’Angleterre. La France, après quarante années de silence, prétendit que les Anglois avoient portés ces limites beaucoup au-delà de leur point naturel, et le gouverneur général du Canada, M. le mar-

* La copie des manuscrits du maréchal de Lévis qui 4 servi de texte à la présente publication, a été faite sous la direction et la surveillance de M. Léon Lecestre, élève de l’école des Chartes, archiviste aux Archives Nationales de France. Chaque pièce a été collationnée par lui-même avec un soin et une exactitude qui lui donnent la valeur de l'original.

L'abbé H, R. CASGRAIN,

quis de La Galissonnière, envoya un détachement dans cette partie prendre possession du terrain qu'il prétendoit usurpé. Après des protestations respectives, il fut arrêté qu’on nommeroit des commissaires pour terminer cette difficulté à l’amiable.

Les missionnaires des sauvages qui avoient bien plus d'autorité en temps de guerre qu’en temps de paix, se trouvant intéressés à troubler l'harmonie en cherchant à se rendre nécessaires par le crédit qu’ils avoient sur les sauvages, saisirent avec empressement cette occasion ; et, par leurs correspondances avec les gouverneurs et les ministres, ils parvinrent à persuader au gouvernement que l’on pourroit sans se compromettre faire déguerpir les Anglois de toute l’Acadie en faisant intervenir les sauvages comme vrais propriétaires, au préjudice desquels la France n’avoit pu céder un pays qui ne lui appartenoit pas. Cette idée ayant pris faveur, les sauvages, animés par les missionnaires, commencèrent la guerre et chassèrent les Anglois de toute la presqu'île de l’Acadie jusques à Port-Royal. Mais les Anglois protestoient contre ces actes d’hostilité, qu’ils nous imputoient et que nous rejettions sur les sauvages, peuples libres qui ne reçoivent l’ordre de personne. Pendant ce temps, les commissaires des deux nations, qui étoient à Paris, disputoient, faisoient de gros livres et ne terminoient rien.

En 1753, nous voulûmes enfin exécuter l’établissement de l’Ohio ou Belle-Rivière, projeté depuis longtemps et depuis longtemps nécessaire, mais il s’en

falloit bien que le Canada fût en état de soutenir un si grand projet par la disproportion de ses forces à celle des colonies angloises, dont la supériorité étoit de vingt contre un.

Les Anglois, attaqués aux deux extrémités de nos possessions, qui étoient l’Acadie et l'Ohio, se déterminèrent enfin à l'invasion générale de la colonie françoise, en faveur de l’humanité, disoient-ils, et sous le prétexte d’arrêter les cruautés des sauvages, sans avoir fait à la France aucune déclaration de guerre.

Notre entreprise sur l'Ohio donna lieu au prétendu assassinat de M. de Jumonville, qui fut vengé sur le champ par l’expédition du fort de la Nécessité. Pendant ce temps, l’on faisait à Londres des préparatifs assez puissants pour envahiri. ‘nada dans une campagne.

L'automne de 1754, les troupes destinées à cette expédition débarquèrent dans différents ports de la Nouvelle-Angleterre, selon les lieux où elles devoient agir.

Au printemps 1765, un corps fut porté à l’Acadie, un autre sur Niagara, un troisième commandé par le général Bradock, chef de l’entreprise, sur l'Ohio. Le premier tit le siège du fort de Beau-Séjour à l’Acadie, qui capitula; le second attendit le succès de la marche du général Bradock pour se mettre en mouvement et faire sa jonction ; mais ce général fut attaqué, battu, défait entièrement et y perdit lui-même la

vie ; ce qui fit manquer en entier le projet des Anglois. Les instructions du général Bradock, prises dans sa défaite, ouvrirent les yeux À toute l’Europe et la guerre 8e fit enfin ouvertement.

La France, voyant que les Anglois ne cherchoient qu’à l’amuser, envoya, au commencement de 1755, un secours de troupes de terre commandées par le baron de Dieskau, maréchal de camp, et M. de Rostaing, colonel. Ce secours étoit composé des régiments de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn, et d’une augmentation de quelques compagnies des troupes de la Marine. Elle envoya aussi le marquis de Vaudreuil pour relever M. Duquesne dans le gouvernement général de la colonie. En arrivant au Canada, à la fin de juin, avec partie seulement du susdit secours, l’autre ayant été prise en chemin, et ayant appris que les Angloïis s’emparoient de l’Acadie, M. le marquis de Vaudreuil, de concert avec M. de Dieskau, résolut d’aller faire le siège de Choagen, fort situé au Sud du lac Ontario, à la rive gauche de l’embouchure de la rivière du même nom. Il avoit fait arriver à Frontenac les régiments de Guyenne et de Béarn; et le reste étoit en marche, lorsqu'il apprit que les ennemis avançoient vers Saint-Frédéric et étoient déjà sur le lac Saint-Sacrement.

Ce fut alors qu’il apprit la défaite du général Bradock pai le sieur de Contrecœur, capitaine des troupes de la Marine, qui commandoit dans toute la partie de la Belle-Rivière et qui étoit particulièrement chargé

de la défense du fort Duquesne; et, sur l’avis qu’il eut de la marche des ennemis, il prit la résolution d'envoyer le sieur de Beaujeu au-devant de l’ennemi, tant pour le reconnoître que pour le combattre dans le défilé qu’il avoit à passer, s’il voyoit jour à le faire avec succès. Son détachement étoit composé de quatrevingts soldats, cent-vingt miliciens, et environ quatrecent-cinquante sauvages.

A six heures de là, on rencontra l’ennemi. Sa marche étoit un ordre de bataille; des divisions de quatre de hauteur sur seize de front, qui se doubloient au premier coup de fusil, fermoient cette colonne ; quatre obusiers et quatre canons de douze, chargés à cartouches, marchoient à la tête; deux canons de six étoient au centre, et quatre à la queue avec deux mortiers.

Notre avant-garde composée d’une vingtaine de sauvages fit son cri et sa décharge de fort loin, et aussitôt l’artillerie des ennemis fit retentir les bois.

Les sauvages, étonnés du bruit du canon et de l'effet de ceux qui étoient chargés à cartouches ainsi que des obusiers, firent leur première décharge et prirent la fuite; les Canadiens les suivirent, et l’un entraîna l’autre, de manière que tout fut rompu.

Dans ce moment, M. de Beaujeu fut tué, et fut remplacé par lesieur Dumas, devenu l’ancien capitaine des troupes de la Marine, qui fit alors de nouveaux efforts pour rallier les troupes. À quoi ayant réussi, il marcha à cett: colonne couverte par le bois qui déroboit à l’en-

nemi la disproportion de nos forces ; notre feu vif et soutenu en imposa ; la colonne s'arrêta et redoubla son feu de pied ferme, tandis que le sieur Dumas envoya des officiers solliciter les sauvages qui, retirés hors de portée, attendoient l’événement.

Alors la première division des ennemis se rompit pour faire place à la seconde; ce mouvement rétrograde ranima nos troupes ; l'ennemi fuit; les bois retentirent du cri de Vive le Roi! et les sauvages revinrent à la ch:rge. Heureusement le canon les éloigna du front et leur fit gagner le flanc de l’ennemi. Alors la supériorité de cette mousqueterie étonna bientôt les Anglois par la quantité de morts et de blessés qu’ils eurent dans un moment. Nous vîmes la tête flotter, et, l'instant d’après, nous fûmes maîtres de la première artillerie ; le reste de l’action ne fut plus qu’une déroute complète.

Après la défaite du général Bradock, on résolut de suspendre le siège de Choagen, de faire rétrograder seulement les régiments de la Reine et Languedoc et de marcher au lac Saint-Sacrement par le lac Champlain, sur la frontière de la Nouvelle -York, avec environ huit cents soldats de la Marine ou Canadiens, quatre cents sauvages et les deux susdits bataillons. M. de Dieskau se mit à la tête de ce détachement au commencement du mois de septembre. Comptant fortement sur les sauvages pour cette expédition, il laissa les deux bataillons eu arrière, dont il ne prit qu'un détachement de deux cents hommes; il fut

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vers le fort Lydius *, d'où il se rabattit sur sa droite pour marcher à l’armée ennemie qui étoit sur le lac Saint-Sacrement. Chemin faisant, il rencontra un détachement des ennemis de deux cents hommes, qu'il défit entièrement; les Canadiens et les sauvages l’abandonnèrent et poursuivirent les fuyards jusqu'aux retranchements du lac Saint-Sacrement, où était campé le colonel Johnson avec un gros corps de troupes d’environ quatre mille hommes, de manière que M. de Dieskau arrivant avec les troupes réglées de son corps, il ne lui fut pas possible de faire aucune disposition, les sauvages et les Canadiens de son avantgarde s’étant engagés dans le bois et occupés à fusiller avec les ennemis. M. de Dieskau s’avança avec les troupes réglées pour tâcher de remettre l’ordre; mais il fut d’abord blessé et reçut peu après une seconde blessure qui, le mettant hors d’état d'agir et même d’être transporté, ne lui permit plus de pouvoir donner aucun ordre. Les sauvages et les Canadiens, dispersés dans le bois, se retirèrent en désordre, et les troupes réglées firent l’arrière-garde en bon ordre aux ordres du chevalier de Montreuil, aide-major général, qui fut joindre les deux bataillons de la Reine et de Languedoc, qui étoient restés à quatre lieues en arrière, aux Deux-Rochers de la baie du lac Champlain, aux ordres du sieur de Roquemaure, lieutenant-colonel du régiment de la Reine, à qui le com-

* Ce mot est toujours écrit Zidieux.

mandement des troupes de terre resta, M. de Dieskau étant prisonnier et M. de Rostaing ayant été tué au bat naval sur le vaisseau l’Alcide. La perte de ce détachement fut égale à celle des ennemis; il y eut beaucoup de monde tué ou blessé de part et d'autre. Après que ce détachement fut réuni aux deux bataillons, il se replia au fort Saint-Frédéric, d’où il remarcha, ai commencement d’octobre, pour construire un fort à Canilivn, distant de cinq lieues dudit endroit. Les nuuot: en firent un à l’cadroit où ils étoient, appelé fort Georges, situé au fond du lac Saint-Sacremert, où on laissa des garnisons de part et d’autre. On ioriif, les must: C1 côté du lac Ontario, et toutes les troupes entrèreut «: cintonnement dans le commencement de décembre. On laissa à Frontenac et à Niagara de fortes garnisons ; on savoit que les ennemis avoient établi deux forts au portage de la rivière de Corlac pour la mettre en sûreté, dont un à chaque extrémité, et qu’ils y avoient amassé des provisions pour l’entrée de la campagne prochaine. On résolut d'enlever ces forts sans trop les connoître, ni le chemin pour y arriver. Un sauvage de la Présentation, nommé Oratory et Anoyot, devoit conduire cette expédition dont on destina le commandement au sieur de Léry, lieutenant de la Marine, auquel on donna un détachement d’élite de trois cents hommes, dont cent sauvages et trente hommes de troupes de terre commandés par un sergent ; le reste de la Marine ou Canadiens.

Ce détachement, qui devoit partir à bonne heure, ne partit de la Chine que le 26 février; et, malgré tous les obstacles de la saison qui n’étoit propre ni à aller à pied, faute de neige, attendu l’hiver doux qu’on avoit eu, ni par eau par les revers du froid qu'il fit dans ce temps, il arriva à la Présentation le 7 mars. Il prit des vivres pour un mois et se mit en chemin le 12. Le sauvage qui devoit guider le détachement s’6chappa; mais on le rattrapa après bien de la peine et avoir longtemps erré et jeûné pendant deux jours. Le détachement arriva le 26 à un quart de lieue du fort. Des sauvages anoyots, qu'il avait trouvés la veille, lui ayant rendu compte de la situation des forts, il marcha le 27 et arriva sur le chemin entre les deux forts, où il prit des charriots chargés de vivres. Après avoir fait halte et s’être reposé, il se détermina à attaquer le fort qui étoit en haut de la rivière de Choagen, où il y avoit cinquante hommes commandés par un lieutenant. Tandis que les uns fusilloient sur le fort, les soldats des troupes de terre et autres furent à la porte dudit fort qu’ils enfoncèrent dans l’espace d’une heure de temps avec un bélier, malgré les grenades et coups a fusils. On entra dans le fort et l’on fit main basse sur tout. Le feu ayant pris à la poudrière obligea de sortir, et à peine eut-on le temps de s’écarter que le fort sauta. Le détachement repartit le même jour, et, manquant de vivres et de souliers, il s'arrêta à la baie de Nyanwauré où les bateaux le joignirent ; et il rentra à Montréal le 9. Les ennemis ont perdu

dans cette affaire quatre-vingts hommes, compris l’escorte du convoi; et nous un soldat de la Marine et un sauvage, et neuf blessés. On trouva peu de provisions dans ce fort, qui n’étoit qu’un entrepôt.

Le Roi ayant résolu d'envoyer de nouveaux secours au Canada et de remplacer les officiers supérieurs qu’il y avoit fait passer l’année dernière, fit choix du marquis de Montcalm, du chevalier de Lévis et de M. de Bourlamaque, qui furent pourvus des grades, le premier de maréchal de camp, le second de brigadier, et le troisième de colonel. Les bataillons de la Sarre et de Royal-Roussillon furent destinés pour ce secours avec quelques officiers d’artillerie et des ingénieurs. Le tout fut assemblé à Brest au commencement de mars 1756 et arriva heureusement au Canada sur la fin de mai.

M. le chevalier de Lévis étoit parti de Brest le 6 avril sur la frégate La Sauvage, et, après 56 jours de navigation, il arriva à Québec le 31 mai, où M. de Montcalm étoit arrivé le 18 et parti le 22 pour Montréal, où M. de Lévis fut le joindre, après avoir disposé les troupes pour se mettre en marche et fait partir en deux divisions, la Sarre, les 6 et 7 juin, Royal-Roussillon les 10 et 11. Il arriva à Montréal le 15 au soir et où, après avoir conféré avec MM. de Vaudreuil et de Montcalm sur les opérations de la campagne, il partit avec le dernier pour Carillon, le 27 juin, où ils arrivèrent le 8 juillet.

Sitôt l’arrivée du secours, il fut convenu qu’on com-

menceioit la campagne par une démonstration offensive vers Carillon tandis qu’on disposeroit toutes choses à Frontenac pour le siège de Choagen que l’on tenteroit, s’il y avoit moyen au milieu de la campagne ; on se fortifia dans tous les postes.

M. le marquis de Montcalm resta peu de temps à Carillon ; il remit au chevalier de Lévis le commandement de l’armée et partit le 15 juillet pour Montréal où il fut conférer avec M. le marquis de Vaudreuil pour ledit siège.

LE 16 JUILLET

M. le chevalier de Lévis envoya quarante-six sauvages et vingt-et-un Canadiens aux ordres du sieur Pecaudy, officier des troupes de la colonie pour reconnoître les environs du fort Georges.

Le sieur de Saint-Martin, officier des troupes de la colonie, est revenu de détachement, et les sauvages portoient trois chevelures faites du côté de Sarasto, où on avoit fait beaucoup de dégât dans la campagne.

LE MÊME Jour

M. le chevalier de Lévis a été reconnoître le chemin qui conduit de la Chûte de Carillon jusqu’à l’en-

trée du lac Saint-Sacrement à la rive gauche de sa sortie ; il a passé à la rive droite pour reconnoître en même temps cette partie.

Le 18

Le susdit détachement du sieur Pecaudy est rentré; il a surpris près le fort Georges un détachement qui faisoit du bois, dont il dit en avoir tué plusieurs hommes; etila apporté quatre chevelures et mené deux prisonniers qui dirent que les Anglois n’avoient pas beaucoup de monde audit fort, mais qu’ils doivent avoir à dix milles dudit fort une armée considérable.

Les sauvages dudit poste s’en sont allés suivant

leurs usages avec leurs prisonniers et chevelures dans leurs villages et ont promis de revenir dans vingt jours.

Ledit détachement du sieur Saint-Martin avoit laissé derrière trois sauvages qui viennent d'arriver avec une chevelure qu’il a fait près d'Orange et dit avoir vu monter beaucoup de troupes.

Le 20

Les Abénaquis, au nombre de quarante-deux personnes se sont portés au camp du Portage pour être plus à portée d'aller en parti.

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On a fait passer ce jour des boîtes au camp du Portage appelé ainsi à cause qu’il est à l'entrée du lac et à celle de la Châte qui est à l’endroit où on décharge pour porter dans le lac y ayant une lieue de cascades; M. le chevalier de Lévis est entré dans tous les détails pour y mettre l’ordre.

Le 21

Le détachement du sieur Duplessis, officier de la Marine, partit pour aller reconnoître la rivière à la Loutre. Les Anglois nous avoient pris ou tué du monde dans cette partie; il n’a reconnu aucune trace ni vestige qui annonçât qu'ils eussent suivi cette rivière.

Le 2

Il arriva soixante-quatre sauvages qui venoient en guerre et un convoi de dix-sept bateaux chargés de vivres.

LE MÊME JOUR

M. le chevalier de Lévis fit part à M. le marquis de Vaudreuil de son ordre de marche et de bataille en cas que l’ennemi vint à lui.

Le 23

Le sieur La Colombière, officier de la Marine, est

parti pour aller en guerre avec quatre officiers, quatre cadets, soixante-et-onze François et cinquante-six sau vages ; le même jour, il est déserté trois soldats der troupes de la Marine.

Sur l'avis que M. le chevalier de Lévis eût qu'il devait être attaqué, il fit la disposition générale de ses troupes, ainsi qu'il suit:

Ordre de marche et de bataille du corps des troupes de terre du camp de Carillon commandé par M. le chevalier de Lévis, brigadier des armées du Roi, donné le 17 juillet 1756.

Au premier signal que l’on pourra entendre des deux boîtes du camp de M. le chevalier de la Corne, qui sera répété par deux autres boîtes qui sont placée au poste de la Chûte, auquel le fort de Carillon répondra par deux coups de canon, toute l’armée prendra les armes à la tête de son camp; on distribuera de la poudre et des balles et l’on prendra des vivres pour deux jours; le camp ïestera tendu, les soldats ne prendront point leurs kavresacs.

Il sera commandé cinquante hommes, un capitaine et un lieutenant de chaque bataillon qui resteront à la tête de leur camp, auxquels les drapeaux seront remis. Il sera aussi commandé vingt hommes par chaque compagnie de la colonie, qui sont composées de soldats de la Marine et de milices, qui seront commandés par M. de Saint-Vincent, capitaine, et M. Du-

DU CHEVALIER DE LÉVIS 49 muy, lieutenant, qui s’assembleront et se tiendront en bataille à la tête de leur camp. Ce détachement, de même que toutes les gardes, sera aux ordres de M. de Roquemaure, lieutenant-colonel commandant le régiment de la Reine.

Messieurs les officiers-majors auront attention de ne laisser à ce détachement que les soldats qui sont les moins en état de marcher, étant destinés à la défense du camp, du fort et des bateaux.

Six compagnies du bataillon de Royal-Roussillon, y compris celle des grenadiers, avec la compagnie de M. de Bonne, composée des soldats de la Marine, s’embarqueront dans les bateaux qui sont pour cela disposés à la garde du camp du régiment de la Reine. Ces six compagnies et celle de M. de Bonne seront aux ordres de M. de Poularies, capitaine des grenadiers au régiment de Royal-Roussillon.

M. de Poularies fera embarquer le plus promptement qu’il lui sera possible les troupes qui seront à ses ordres; il se rendra à la Chûte, où il débarquera du côté du Sud et se rendra par terre, suivant le chemin du portage, au camp de M. le chevalier de la Corne. Il combattra l’ennemi, s’il le trouve débarqué ou en disposition de le faire.

Les sept autres compagnies du bataillon de Royal- Roussillon avec la compagnie de Le Verrier, composée des troupes de la Marine ou soldats de la colonie aux ordres de M. le chevalier de Bernets, lieutenant-colonel commandant le bataillon de ORNE ge

rendront par terre au poste de la Chûte, d’où il suivra toujours par terre la côte du nord de la décharge du lac Saint-Sacrement pour se rendre au camp de M. de Contrecœur.

M. le chevalier de Bernets joindra ses troupes à celles de M. de Contrecœur, combattra avec vigueur l'ennemi s’il est débarqué ou en disposition de le faire. :

Le régiment de Languedoc avec la compagnie de Sabrevois et celle de M. de Saint-Vincent, aux ordres de M. de Privas, lieutenant-colonel commandant le bataillon de Languedoc, se rendront par terre au poste de la Chûte, où, selon les circonstances, M. le chevalier de Lévis lui donnera des nouveaux ordres. M. de Privas disposera ses troupes au poste de la Chûte en homme de guerre, et les tiendra toujours prêts à marcher au premier ordre.

Le régiment de la Reine partira de son camp après qu'il aura été joint par les compagnies de MM. de Vassan et de Vergor; le régiment de la Reine sera aux ordres de M. de Montreuil, premier capitaine de ce régiment. Il prendra le chemin de la grande garde du capitaine pour se porter en avant des abattis d’où il marchera daus les bois suivant le plateau pour se porter à même hauteur que le poste de la Chûte.

M. de Montreuil, conjointement avec MM. de Vassan et de Vergor, feront faire des découvertes bien avant dans les bois et se porteront aux endroits où ils

DU CHEVALIER DE LÉVIS 51 apprendront que l’ennemi paroîtra, pour le combattre, ce qu’ils feront avec le zèle et le courage dont ils sont capables.

MM. de Montreuil, de Vassan et de Vergor se concerteront ensemble pour les dispositions qui tendront au bien du service.

Les troupes de la Marine et celles de la colonie combattront à leurs façons sur les ailes des troupes de terre. M. de Montreuil détachera aussi tous les bons tireurs de son régiment qui se battront à la canadienne, et il ne tiendra qu’une partie de sa troupe en gros pour recevoir ceux qui combattront à la canadienne, pour que, dans le cas qu’ils fussent obligés de se replier, ils le puissent faire avec sûreté derrière la troupe, qui sera en ordre, qui fera tête à l’ennemi et donnera le temps aux troupes qui auront combattu à la légère de se rallier et de recommencer le combat.

MM. de Montreuil, de Vassan et de Vergor auront la plus grande attention de ne pas se laisser couper la retraite par l’ennemi; et, dans le cas qu'ils fussent forcés et obligés de se retirer, ils feront la retraite par le chemin qu’ils auront tenu et feront ferme à la tête des abattis pour favoriser la retraite aux troupes qui combattront aux camps avancés et à la Chûte.

M. le chevalier de Lévis se tiendra à la Chûte pour être à portée de donner partout ses ordres où MM. de Montreuil, de Vassan et Vergor lui enverront des gens sûrs au travers des bois pour l’informer de ce qui se passera dans leur partie.

Comme M. de Privas fera occuper les hauteurs du poste de la Chûte, il sera facile d’établir une communication pour être informé de ce qui se passera à la partie des régiments de la Reine et de Languedoc.

M. de Roquemaure accélèrera les défenses du fort, fera mettre en batterie les pièces de canon, disposera toutes choses pour le bien du service, et, en cas d’accident, pour que tout soit en état pour assurer la retraite à toutes les troupes qui viendront camper entre le fort et la redoute.

Il y aura un officier, un sergent et un caporal de chaque corps pour se tenir auprès de M. le chevalier de Lévis. Il faut qu’ils soient bons marcheurs et en état de porter des ordres.

Le 24

Il est arrivé cent quarante-deux hommes de recrues pour la Marine.

LE 25 Rien de nouveau.

Trois fours ont brûlé, ce qui a obligé d'envoyer à Saint-Frédéric pour avoir du pain.

LE MÊME JOUR

Le détachement de M. de la Colombière est revenu ; il a apporté quatre chevelures et tué, à ce qu'il dit, une trentaine d'hommes aux environs du fort Georges; six de ses sauvages sont restés derrière.

Lefils de M. de Contrecœur s’est tué par accident.

Le 28

Le sieur d'Hébecourt, capitaine au régiment de la Reine, est parti avec quarante hommes pour aller

reconnoître et plaquer un chemin en suivant la rive droite de la rivière, depuis vis-à-vis Carillon jusqu’à Saint-Frédéric.

LE MÊME JOUR

M. Duplessis, officier de la Marine, partit avec cinquante hommes pour aller à la rivière à la Loutre, à la rivière Boquette et au Rocher-Fendu pour protéger les convois.

Les Iroquois, Abenaquis, Epinengs, Mississagués

et Algonquins ont demandé à tenir conseil à M. le chevalier de Lévis ; l’orateur lui a assuré qu’ils étoient prêts à faire sa volonté et l’assuroit par trois branches de porcelaine de leur fidélité.

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